Même esprit, même rythme, "Le Parrain 3" ne marque, même 15 ans après le deuxième opus de la trilogie, aucune rupture de style ou de ton. La mise en scène de Coppola est une nouvelle fois magistrale, transformant une courante histoire de mafieux en tragédie moderne, conférant au Parrain une dimension shakespearienne. Et, à cet égard, le monologue que tient le personnage d'Al Pacino auprès du cercueil d'un ami assassiné rappelle ouvertement la tragédie classique.
Et puis, dans cet esprit, il y aura plus précisément ce dénouement implacable et funèbre,
au cours duquel se joue simultanément et en différents lieux
, le destin de l'ensemble des personnages du film : un long et intense moment où le tempo savamment dosé, le suspense et l'émotion, dans une ultime flambée de violence, forment une séquence mémorable.
Ainsi, on retrouve le parrain Michel Corleone, toujours redoutable en affaires mais,15 ans après que Coppola l'a laissé à sa folie meurtrière, c'est un homme vieillissant, las et marqué par la culpabilité, que l'on suit dans ses transactions douteuses avec les financiers du Vatican.
L'Eglise est omniprésente ici. En tant qu'institution charitable auprès de laquelle Michael Corleone espère obtenir sa rédemption ; et surtout en tant qu'organisation nébuleuse dont Coppola pénètre les arcanes vaticanes pour y dénoncer un affairisme glauque (à cause duquel, peut-être, le très éphémère Jean-Paul 1er...)
Au long de l'intrigue, de ses règlements de compte et de ses coups bas qui sont l'ADN de la trilogie, le cinéaste prouve que cette seconde suite au "Parrain" n'est pas vaine. La personnalité nouvelle de Michael Corleone que dessine Coppola, celle de son impétueux filleul (Andy Garcia), s'imposent par la qualité des portraits et l'intérêt réel qu'ils présentent. Et Al Pacino, remarquablement entouré, s'y montre à nouveau magnifique.