Cette berceuse composée par Christopher Komeda, dès le début..... Est si envoûtante ! Roman Polanski fit ses débuts aux Etats-Unis à l'occasion d'une collaboration avec Robert Evans et William Castle, qui avaient acquis les droits d'adaptation du roman à succès d'Ira Levin. "Rosemary's baby", sans doute l'un des meilleurs films d'horreurs paranoïdes, associe l'habileté de Polanski à aborder des sujets mettant mal à l'aise aux recettes narratives éprouvés de Hollywood. La fragile Rosemary Woodhouse (Mia Farrow) et son ambitieux mari comédien (John Cassavetes) emménagent dans un élégant immeuble new-yorkais. L'héroïne sombre dans la folie lors d'une grossesse difficile ou (autre interprétation possible) devient la cible de son mari et de ses voisins satanistes pour faire venir l'Antéchrist au monde. Le récit d'Ira Levin propose un point de vue féministe sur le mariage, conçu comme un piège, et sur la société établie, perçue comme une bande de conspirateurs visant à sacrifier l'indépendance d'une femme pour assurer l'avénement d'une anti-utopie domestique. Dans le film, les éléments démoniaques, qui influenceront "L'exorciste", l'emportent sur la critique sociale. Mia Farrow montre une certaine ambiguïté, à laquelle les seconds rôles contribuent par une déférence qui fait frémir. Polanski souligne l'aspect sinistre du faste de Manhattan, tandis que l'habile intrigue de Levin apparaît de plus en plus mordante, conduisant le film vers un paroxysme à la fois terrifiant et subtilement sentimental. "Rosemary's baby" est une perle du cinéma fantastique et l'un des meilleurs films de Roman Polanski. L'angoisse y est distillée très progressivement et d'une façon... Diabolique. Au début, on s'étonne des craintes diffuses qu'éprouve la jeune femme. Elle entend des bruits, ouvre un placard : rien. Ce placard sans mystère va pourtant s'imposer à notre imagination comme un lieu étrange, menaçant. Les faits ordinaires s'accumulent, certains moins ordinaires que d'autres, mais tous vraisemblables. Il n'y a pas lieu de les interpréter. Nous pensons que Rosemary perd un peu son sang-froid (et la raison) à cause de son "état". Et puis, nous doutons. La fin est une vraie surprise. Pour installer ce climat de tension et de peur, Polanski n'a recours à aucun "effet spécial". C'est le triomphe de la suggestion. Un éclairage, un craquement de meuble imperceptible, un regard ambigu, un sourire suffisent à nous troubler. Le suspense va crescendo, en un spectaculaire tour de force. Il faut ajouter que cette histoire de diable n'est pas innocente. Bien qu'agnostique, Polanski aime jouer avec le surnaturel. Il l'utilise comme symbole de la malédiction des "damnés de la Terre". Ce film est une stupéfiante allégorie sur le Mal.