Si le terme « Nouvelle Vague » désigne le mouvement qui propulsa durant une petite dizaine d’années, le cinéma français à l’avant-garde du cinéma mondial, à la même époque la manière de filmer était aussi en pleine évolution ailleurs dans le monde. En Angleterre avec le « free cinema » porté par John Schlesinger, Tony Richardson, Karel Reisz et Lindsay Anderson, en Italie avec Michelangelo Antonioni et Marco Bellochio, en Pologne avec Andrzej Wajda, Roman Polanski et Jerzy Skolimowski ou encore en Tchécoslovaquie avec Jin Menzel, Vera Chytilova ou Milos Forman. Au Japon derrière Yosujiro Ozu, Kenji Mizoguchi et Akira Kurozawa ce sont Nagisa Oshima, Yoshishige Yoshida, Shohei Imamura et Hiroshi Teshigahara qui frappent à la porte. Une « Nouvelle vague française » certes célébrée mais dont l’influence a sans aucun doute été un peu surestimée notamment dans sa forme esthétique qui aujourd’hui a passablement vieilli ajoutée à une certaine vacuité du propos qui apparait désormais comme évidente sans parler d’une prétendue révolution concernant la direction du jeu d’acteur qui n’a pas vraiment fait école sur le long terme. Qui encore aujourd’hui regarde les films de Jean-Luc Godard, Éric Rohmer, Jacques Rivette ou Jean Eustache ? Même le très talentueux François Truffaut, chef de file du mouvement qui était en réalité un classique qui s’ignorait semble pâtir aujourd’hui de cette désaffection Hiroshi Teshigahara se voit accoler le label « Nouvelle Vague japonaise » avec « La femme des sables » présenté au Festival de Cannes en 1964 et sélectionné pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère la même année. Le jeune réalisateur ayant commencé sa carrière dans le court-métrage en 1955, rencontre le romancier et dramaturge Köbö Abe avec lequel il collabore pour « Le traquenard » en 1962. Deux ans plus tard à partir de son roman « La femme des sables » (Prix du Yomiuri en 1962), puis une troisième fois en 1966 pour « Le visage d’un autre », Köbö Abe retrouve Teshigahara. C’est en réalité une petite équipe soudée en complète harmonie artistique (Chef opérateur, directeur artistique, monteur...) qui se forme pour ce qui sera désigné ensuite comme une trilogie dont la renommée a sans dommage franchi les décennies. Pour « La femme des sables », l’intrigue inédite et déroutante proposée par Köbö Abe ajoutée à la mise en scène tout aussi envoûtante et sensuelle qu’oppressante de Teshigahara amène le film jusqu’aux frontières du fantastique. Ce curieux mélange fait encore aujourd’hui de « La femme des sables » un film unique qui n’a rien perdu du pouvoir hypnotique de ce voyage mental d’un homme en questionnement qui renaît autrement à la vie après s’être cru perdu. Junpei, un professeur (Eiji Okada) entomologiste à ses heures perdues quitte dès qu’il le peut la vie citadine spoiler: dont il abhorre les contraintes bureaucratiques clairement évoquées par les tampons et les documents administratifs en surimpression qui servent de crédo au générique.
C’est sur les plages de sable fin de la région d’Omaezaki qu’il tente de dénicher l’insecte rare en quête d’une nouvelle espèce qui pourra porter son nom. Imprudent il rate son train du retour. Des villageois lui propose de passer la nuit sur place. Commence alors sans crier gare la descente dans un monde inconnu symbolisé par une énorme fosse de sable au fond de laquelle se trouve une maison en bois où habite une jeune veuve (Kyöko Kishida) et que le professeur rejoint au moyen d’une échelle de corde aussitôt retirée une fois ses deux pieds posés au sol.
Assez rapidement Junpei comprend qu’un piège s’est refermé sur lui. L’intrigue si elle peut parfois emprunter le chemin du suspense n’est que le prétexte à examiner le cheminement mental s’opérant chez Junpei qui après des phases successives (incrédulité, rébellion, désespoir, soumission, acceptation, intégration) finit par appréhender auprès de celle qui lui est entièrement dévouée une autre approche de son parcours terrestre, loin des contraintes de la vie en société qu’il cherchait à fuir pour y retourner dès que l’heure de reprendre ses activités sonnait. Un apprentissage radical par la contrainte sans aucun doute regrettable mais qui est peut-être le plus efficace pour sortir d’un asservissement qui ne dit pas son nom. La liberté dans les sociétés occidentales peut en effet s’avérer une contrainte poussant toujours leurs membres à se projeter vers un avenir dont ils n’ont que l’illusion de la totale maîtrise. Une question fondamentale posée à l’homme par le scénario à portée métaphysique mais aussi politique de Köbö Abe que Teshigahara parfaitement accompagné par les images d’Hiroshi Segawa (magnifiques gros plans et jeux de lumière avec le sable omniprésent) et la musique de Töru Takelitsu, illustre avec poésie et sensualité à travers la relation amoureuse intense qui finit par lier Junpei à cette femme des sables qui restera pour lui comme pour le spectateur conquis un insondable mystère.
Du sable, encore et partout... Dès les premiers minutes du film, on pénètre dans un univers particulier, comme à l'écart du monde, en suivant le héros dans ces dunes presque désertes. Ce qui ne devait être pour lui qu'une simple balade à la recherche d'insectes rares se transforme vite en cauchemar : spoiler: il se retrouve prisonnier dans une maison coincée au milieu des dunes . La majeure partie du film se limite donc à une sorte de face à face entre l'homme et la femme qui vivent dans cette bicoque de fortune et aux tentatives imaginées par le héros pour fuir. C'est tout l'aspect psychologique lié à ce huis-clos que le réalisateur souhaite nous montrer, mais aussi comment l'homme pris au piège passe de la rébellion à la manipulation, la violence, la servilité pour finir par la résignation.
Au cœur de ce drame, figure cet étrange village en vase clos, une sorte de dictature miniature fonctionnant selon ses propres règles, où toute normalité a cessée. spoiler: Il y est ainsi tout naturel de kidnapper un simple promeneur pour le forcer à effectuer une tâche sans fin, tel un nouveau Sisyphe : déblayer le sable qui revient sans cesse autour de la maison.
Le rythme du film est assez lent, et ce face-à-face (2h20, tout de même!) souffre de quelques longueurs. Mais on reste fasciné par le dilemme du héros et saisi par la tension qui monte peu à peu entre les deux personnages. Saluons également les choix très esthétiques du réalisateurs, notamment les magnifiques plans sur les dunes et la musique expérimentale, qui créent une atmosphère des plus singulières.
Réflexion sur la contrainte, la liberté, le renoncement à celle-ci, mais aussi sur la brutalité qui sommeille en nous et se réveille dès que le vernis de la société s'effrite, «La femme des sables» est une œuvre singulière et marquante.
Vous voulez une anecdote les mecs ? Non ? M'en fous, je vais quand même vous la dire : c'était peut-être moi qui délirais complètement à ce moment là, mais quand j'avais vu "La cage" de Granier-Deferre pour la première fois, je m'étais dit "eh, mais attends voir, ça me rappelle vaguement un vieux film japonais cette affaire là". Mais plus moyen de me rappeler le film en question. Et, il y a quelques jours, sans le savoir évidemment, un internaute m'a plus qu'aidé. Il y a fait référence dans un commentaire. Il m'a suffit de lire le nom de "Femmes des sables" et d'un coup, ça a fait tilt. Il a absolument fallu que je m'y recolle. Bon, comment parler de ça ? Parce que là, c'est quand même très exigeant. Il y a mille et une interprétations possibles et le plus énorme, c'est qu'elles se valent toutes. Et franchement, quand la femme raconte comment elle a perdu son mari et sa petite fille, ça interpelle vraiment. Avant tout, ce film est un pur exercice de style, expérimental jusqu'aux bouts des ongles. Mais aussi un vrai truc de cinéaste. A ce titre, la première moitié du film relève de l'exceptionnel. L'histoire tient en trois lignes, mais c'est la mise en scène qui frappe. Entre des prises de vue audacieuses, ce gros plans sur le sable qui dégringole telles des cascades et cette gestion du rythme imparable, c'est à ne plus savoir où donner du regard. Seulement, y a un problème de taille et c'est une vraie douche écossaise : 2h25 au planchot, c'est un fait, mais les 45 dernières minutes sont laborieuses et assez pénibles à suivre. On en ressort presque avec un sentiment de gâchis. Si bien qu'avec 10 minutes de plus, cela aurait été le décrochage assuré.
La Femme des sables est une expérience cinématographique unique, à la fois envoûtante et dérangeante. Teshigahara nous plonge dans un univers onirique et oppressant où l'homme, confronté à l'absurdité de son existence, est réduit à l'état de simple grain de sable. Ce film pose des questions fondamentales sur la condition humaine : la quête de sens, la liberté, la solitude, la mort. Le personnage principal, prisonnier d'une situation absurde, nous invite à une introspection profonde. Son combat contre le sable, qui est aussi un combat contre lui-même, est une métaphore puissante de la lutte de l'homme contre son destin.
J'ai été profondément troublé par ce film. Il m'a laissé une sensation de vide et d'angoisse, mais aussi une immense admiration pour l'audace de Teshigahara. Je pense que c'est le genre de film qui marque durablement et qui ne laisse personne indifférent.
Prix spécial du jury à Cannes en 1964 ( à l'époque prix qui correspond au meilleur film de la sélection officielle après la palme d'or), " la femme des sables" est une œuvre marquante
Réalisée par H. Teshigahara auteur de la nouvelle vague japonaise à la filmographie peu fournie quantitativement et dont peu de ses films sont parvenus jusqu'à nos écrans.
Il faut être clair, on a ici affaire à un film de portée métaphorique qui renvoie chaque spectateur à son interprétation personnelle.
Un instituteur passionné par les insectes part à la recherche d'un spécimen rare dans un désert de sable. Il croise un groupe de pêcheurs qui lui proposent de passer la nuit dans une maison située au fond d'un cratère de sable ou une jeune veuve vit seule.
Mon hypothèse est que le réalisateur veut nous brosser de manière symbolique la vie des êtres humains.
Selon l'auteur, l'individu est naturellement épris de liberté, mais poussé par la société qui a besoin de lui pour qu'il se reproduise et travaille, il est contraint à renoncer à ce qu'il souhaite naturellement avant de finir par accepter sa condition.
Si la première partie est franchement très réussie et passionnante, la seconde tire parfois (un peu) en longueur.
Tres bien interprété par les deux acteurs ( l'acteur masculin Eiji Okada occupait le premier rôle dans "Hiroshima mon amour ") c'est finalement un huis clos qui ne manque pas de rythme malgré la simplicité du scénario qui tient toutefois le spectateur en haleine.
Le thème sera traité des années plus tard, sous une autre forme par le réalisateur Hongrois Bela Tarr dans " le cheval de Turin".
C'est un film à connaître, que l'on ne doit pas confondre avec " la femme insecte" du japonais Imamura réalisé à la même époque.
Film qui frise avec la folie. Un instituteur se retrouve prisonnier dans une maison située au pied d'une falaise de sable qui ceinture la bâtisse. Les villageois l'obligent, lui et l'occupante des lieux, à remplir chaque nuit des sceaux de sable dans le but d'empêcher l'ensablement complet du village. C'est une lutte entre l’individuel et le collectif. L'instituteur défend sa liberté d'aller où bon lui semble, tandis que la communauté énonce un intérêt supérieur qui s'impose à chacun. Dans cette lutte, le prisonnier n'a clairement pas les atouts, mais les villageois l'obligent habilement à cohabiter avec une jeune et jolie veuve dans l'espoir qu'ils s'apprivoisent l'un l'autre et que l'instituteur finisse par accepter son sort. La promiscuité forcée entre ces deux prisonniers, leur personnalité si différente, la pression exercée par le village rend le film captivant et donne lieu à des scènes marquantes, la fête nocturne où le village au complet pousse ses prisonniers à copuler n'étant pas la moindre.
Lent, original, esthétique, soigné, ce film N&B aux accents kafkaïens nous plonge dans une atmosphère étrange, un monde improbable dont le personnage principal est… le sable. La musique originale de Takemitsu complète cette œuvre d’art dont le seul défaut est d’être un peu trop longue.
Selon mon opinion il est un film qui pose beaucoup d'intérêt, mais justement pour la cinématographie qui est trés forte. Malheureusement ce n'est pas le même cas avec l'histoire elle-même, il y a des lacunes logiques qui sacrifient le réalisme. Le pire, le message du film est très pseudo philosophe il essaye d'être une histoire parallèle du Sisyphus ou encore de signifier quelque chose d'importance pour la vie humaine, mais évidemment il se trompe. Les comédiens étaient véritables, spécialement le protagoniste, l'entomologiste. La musique est parfait et elle reussi à créer une ambiance appropriée pour le film.
Le film de Teshigahara a conservé intact son incroyable pouvoir de fascination, tant au niveau de la forme (un poème visuel, véritablement envoûtement) que du fond, qui lui est indissociable - une fable métaphysique sur l'existence humaine et sur la quête de liberté. Une liberté que l'homme cherche désespérément dans le monde extérieur, résolument opaque, alors que ce n'est qu'en lui-même qu'il peut y accéder, en acceptant l'absurdité de ce monde qui l'emprisonne dans ses désirs et ses peurs. Peut-être la meilleure adaptation (imaginaire) que l'on puisse faire au "Mythe de Sisyphe" d'Albert Camus. Un film qui touche à l'essence même du cinéma et à son incroyable puissance suggestive.
Cette histoire de prisonnier d'une maison de sable est particulièrement originale et le traitement ne l'est pas moins. Difficile à rattacher au genre fantastique, quoique. Plus proche d'une forme onirique et perverse, pile poil entre Masumura et Oshima. Noir et blanc extraordinaire. Dialogues réduits à leur simple expression mais la mise en scène est prodigieuse. Surprenants rapports entre l'homme et la femme ensablés, qui ne correspondent jamais à ce que l'on attend. Les 2 h 30 passent comme une lettre à la poste en dépit d'un léger essoufflement à mi-distance. Indispensable pour les amateurs de cinéma japonais
"La femme des sables" est une oeuvre atypique, à la fois originale pour l'époque tout s'inscrivant dans ce renouveau du cinéma japonais, plus iconoclaste, libre et audacieux. Son réalisateur et ses scénaristes partent d'un concept loufoque et tissent, à partir de celui-ci, une intrigue aux accents de thriller qui flirte même avec le genre horrifique avec sa musique angoissante et ses passages oppressants. L'ambiance qui s'installe est palpable et donne une bonne partie de sa saveur à ce huis clos. On pourrait la qualifier d'hypnotisante, d'envoûtante et rend ce long métrage japonais passionnant même si l'on ne comprend pas toutes les subtilités de l'histoire et ses aspects symboliques. Intelligemment mis en scène, le film soulève beaucoup d'interrogations et peut générer de nombreuses interprétations mais nulle doute que l'Homme est au centre de celles-ci. Une curiosité cinématographique qui prend aux tripes.
La seule chose dont on peut être certain avec ce film, c'est qu'après l'avoir vu on n'a pas envie de poser un seul orteil sur une plage et qu'on préfère définitivement prendre ses prochaines vacances à la campagne ou à la montagne. Maintenant si les grandes lignes de cette oeuvre, visuellement superbe et imaginative, qui n'a pas la moindre once de convention sont compréhensibles, le fond peut faire l'objet d'un milliard d'interprétations. Déjà rien que le cataloguer dans un genre est une gageure, drame de la survie ???, thriller ???, conte ??? critique sociale ??? ; à vous de choisir. En tous les cas, une oeuvre envoûtante, surtout dans la dernière heure et demie, d'une poésie brutale voir même primaire aussi riche et inspirée dans la forme que dans le fond.
Film particulièrement étrange que cette "Femme des sables". L’histoire est celle d’un entomologiste qui se retrouve prisonnier, mais en compagnie d’une jeune veuve, d’une hutte se trouvant au fond d’une fosse dans la dune. La mise en scène est vraiment de qualités (certains plans sont assez novateur), la photographie est très envoûtante et les deux comédiens principaux que sont Eiji Okada et Kyoto Kishida interprètent leur personnage avec beaucoup d’émotions. Hiroshi Teshigahara réalise une œuvre assez forte et surprenante et elle mériterait d’être découverte par un large public.