"Ragtime" est une fresque puissante sur les tensions raciales aux Etats-Unis au début du XXe siècle; toutefois, le film met du temps à dévoiler sa nature. Sa première partie est d'ailleurs déroutante en ce qu'elle présente un certain nombre de lieux, de personnages et de relations sans pour autant fixer un enjeu très net. Cette manière de procéder par petites touches donne à cette écriture sa singularité : on suit entre autres une famille bourgeoise abritant une jeune femme noire et son bébé qu'elle avait abandonné, le procès d'un milliardaire qui a tué un architecte, lé début d'une histoire d'amour entre un jeune homme timide et une future actrice. Forman ne réalise donc pas le grand portrait de l'Amérique sous un angle prudent et didactique; il croque une galerie de personnages saisis dans tout ce qu'ils peuvent avoir de sensible, de ridicule et de rageur. En se focalisant sur des émotions variées, Forman évite non seulement le piège de l'académisme mais fait encore mieux : il saisit le caractère intolérable et cruel de certaines situations, en particulier dans une seconde partie beaucoup moins éparse où le racisme provoque au premier degré une colère naturelle mais les situations qu'elle engendre possèdent quelque chose de tout à fait burlesque que le cinéaste n'atténue pas, bien au contraire. Après que la voiture de Coalhouse Walker Jr a été endommagée par une bande de pompiers racistes, le pianiste noir tente de se plaindre auprès des autorités locales mais se trouve renvoyé telle une balle de ping-pong de bureau en bureau. Le burlesque est présent dans l'injustice mais aussi dans la vengeance orchestrée par la communauté noire. Alors que Coalhouse se barricade avec quelques-uns de ses acolytes dans une bibliothèque, ceux-ci se déguisent à l'aide de masques blancs qui ne sont pas sans rappeler ceux utilisés par les membres de Ku Klux Klan : renversement politique provocateur ou simple clin d’œil ironique ? Farceur, le cinéaste sait interrompre le rire par une violence froide tout en désamorçant celle-ci dans la seconde qui suit par une réplique comique ou un plan incongru. Mais pour avoir une telle habileté dans cette variation de tonalités, pour être aussi inventif à travers une écriture d'abord très dense avant qu'elle ne se resserre, il faut avoir une vraie hauteur de vue sur le sujet abordé. C'est peu dire que Milos Forman est à son affaire et qu'il ne traite pas son histoire en touriste : il a un parti pris très clair et la connaissance pointue qu'il a de son propre art lui permet de déployer ses digressions comme bon lui semble (il se permet même une belle parenthèse personnelle et décalée à travers un personnage de cinéaste) avant de finir sur un suspense redoutable. Un très beau film à travers lequel le cinéaste peut étaler tout son talent et son originalité.
Un très grand film qui n’a eu à sa sortie ni le succès ni le retentissement mérité. Plusieurs caractéristiques du film peuvent l’expliquer : pas de star médiatisée (à l’exception peut-être d’un James Cagney de 80 ans qui campe un commissaire absolument délectable), pas d’histoire linéaire, pas de scène d’anthologie, pas de personnage principal (ou de « héros »), pas de thème central donnant une « direction » à l’œuvre, et plusieurs personnages essentiels n’ont même pas de nom… Alors pourquoi est-ce un très grand film ? C’est un film fastueux : la reconstitution de l’Amérique du début du siècle est magnifique, les scènes collectives sont impressionnantes et plusieurs décors multiples et variés ne sont utilisés qu’une seule fois ; on ressent les moyens mis sur le tournage. C’est un film riche : les différentes histoires se croisent, les personnages, en partie ayant réellement existé et en partie fictifs, apparaissent, disparaissent, réapparaissent et les thèmes abordés sont importants : la situation sociale, le racisme ordinaire et la discrimination (l’ascenseur social existe pour les immigrés, mais pas pour les noirs), la question de la morale face à la loi et aux conventions. C’est un film intelligent et subtil, jamais ostentatoire, où les personnages se révèlent souvent différents de la première perception qu’on en a eue. Enfin c’est un film jouissif, avec des moments pleins d’humour et des moments dramatiques, dont on se dit pendant les deux trente cinq qu’il dure, qu’on voudrait qu’il le fasse un peu plus. Il n’y manque qu’un peu d’émotion ou de magie pour être un chef d’œuvre.
Milos Forman dépeint l’Amérique du début du vingtième siècle dans tout ce qu’il y a de plus consternant, l’injustice, le racisme, la suprématie du blanc sur le noir avec cet ascenseur social qui peine à se mettre en place dans cette société arque boutée sur ses préjugée. La restitution d’avant-guerre est particulièrement léchée avec une ambiance et une mise en scène réussie. Il est pourtant dommage que le scénario soit si décousu dans la première partie et il faut attendre plus d’une heure pour que l’intrigue emporte le spectateur. Si les différentes intrigues du début éclairent partiellement la suite, elles ne s’avèrent pas nécessairement indispensables. Le message ethnique est fort, presque trop facile. Un zeste de subtilité eût été le bienvenu. « Ragtime » reste un film intéressant et pertinent qui amène à se poser quelques questions sur la dignité humaine.
Scénario solide, émouvant et drôle, mise en scène classique et fluide, interprétation d’une remarquable justesse, décors somptueux et musique sublime de Randy Newman... Un grand film populaire. A voir absolument.
Malgré sa durée excessive, Ragtime mélange les genres : le drame social, le message ethnique, la comédie et le drame avec beaucoup de facilité. Milos Forman démontre son talent de metteur en scène.
Parmi les films réalisés par Milos Forman, Ragtime (1981) n’est pas le plus connu. Ce n’est pourtant pas le moins ambitieux. La fresque déployée durant deux heures et demi en CinemaScope (photogrammes au format 2,35) donne à voir l’Amérique de la Belle Epoque. La ressortie simultanée en salles et en Blu-ray du quatrième film américain de Forman offre l’opportunité de le découvrir ou le redécouvrir. Le cinéaste filme une société américaine en construction sur fond de discrimination raciale. Près de quarante ans après sa réalisation, Ragtime garde toute sa pertinence. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com
J'ai vu ce film de Milos Forman en version restaurée dans le cadre du Festvlal Lumière 2018 et ce fut un vrai plaisir. Au départ c'est flamboyant, ça part dans tous les sens dans une Amérique du début des années 1900 , immigrants, familles bourgeoises, cabaret, salles de cinéma muet, assassinat, enfant abandonné par une jeine femme noire. On s'y perd un peu, puis le scénario se rétrécit, certains récits entamés disparaissent puis réapparaissent ça et là juste un peu, mais tout s'entrecroise.. Le thème principal devient celui de l'homme noir qui a été bafoué, humilié et demande une justice qui ne lui sera pas rendue dans un pays où les négros ne sont pas lés égaux des blancs. Il se lance alors dans ce qu'on appellerait aujourd'hui terroriseme, mais y gagne en humanité. L'intérêt du film est qu'il est traité sans militantisme. Les personnages ( à l'exception du capitaine des pompiers) sont complexes, ni tout à fait bons, ni totalement mauvais et donc on s'y attache La mise en scène est superbe. Chaque scène est pleine de détails; Les figurants sont nombreux. La musique extraordinaire. C'est long mais on ne s'ennuie pas
Un film émouvant touchant et fort qui retrace la vie de personnes de classes sociales différentes dans l'Amérique du XXe siècle, avec son lot de misère et d'injustice raciale. La réalisation est bonne: le cadrage est soigné; la mise en scène est réussie, la profondeur de champ est bien construite, les prises de vues réussies et les mouvements peu présents mais fluides. Le scénario traite donc du racisme, de la violence et de la corruption à travers le regard de plusieurs personnes, des plus riches aux plus pauvres. Le scénario est bien construit, il n' y a pas d'incohérences, on évite certains clichés mais pas tous, le rythme arrive à rester constant malgré quelques lenteurs dues à certaines intrigues moins intéressantes que d'autres. Le climax est réussi. Les acteurs sont très bons, ils apportent beaucoup d'émotion et sont crédibles. Les personnages sont bien écrits, certains sont un peu stéréotypés mais on s'attache à eux. Les dialogues sont bien écrits et souvent touchants. La photographie a une belle lumière et des couleurs de qualité. Le montage est un peu lent et pas très original. Les décors sont beaux mais un peu vides, les costumes sont très réussis et la musique très belle. "Ragtime" n'est pas un film exceptionnel mais quand même une réussite.
Un chef d'oeuvre de Milos Forman. Un très beau film. Un drame poignant et touchant. Une fresque qui revient sur l'inégalité des droits entre les noirs et les blancs aux Etats-Unis. Un thème fort est toujours d'actualité malgré les siècles et les années qui passent.
Réalisé par Milos Forman en 1981, « Ragtime » est un vrai petit bijou. Un drame de fiction traitant du racisme dans l’Amérique au début du siècle dernier. La mise en scène à grand spectacle nous offre des portraits de personnages hautement charismatiques dans des décors somptueux d’époque 1900. Sur une excellente bande son d’Andy Newman, le bon scénario nous propose une histoire émouvante, très joliment interprétée par une pléiade d’acteurs de talent avec une attention particulière pour Brad Dourif, étonnant dans le rôle du plus jeune frère, et de Howard E. Rollins tout simplement époustouflant. Après « Vol au-dessus d'un nid de coucou » en 1976, « Amadeus » en 1984 et « Les Fantômes de Goya » en 2005, « Ragtime » est une autre pépite du réalisateur Tchèque. Le pitch : Mr Wlaker a trouvé une place de pianiste dans une formation. Il va pouvoir épouser Sarah qui vient de donner naissance à leur enfant. Mr Wlaker et sa toute nouvelle voiture sont bloqués devant la caserne des pompiers ; les ennuis commencent …
Un grand classique de cinema. Un sujet toujours d'actualité ( malheureusement ) ainsi qu'un scénario vaste qui présente bien cette Amérique controversée par sa propre immigration. Un beau panorama historique qui souffre pourtant de longueurs, quelques facilités et surtout un enchevêtrement des personnages et de situations croisées qui ratent l'émotion chez le spectateur. Cette violence pourtant justifiée par l'histoire parait à l'écran mal maîtrisée. Vraiment dommage !
Sacré Milos. On devrait l’appeler Midas, car il transforme en or tout ce qu’il touche. Film magnifique, injustement méconnu. Jamais on n’avait vu l’Amérique de la conquête comme ça, avec une sorte de nostalgie éclairée, une admiration lucide. C’est vrai qu’il choisit une époque charnière. On voit la boue, et les rues qui reçoivent les flots d’immigrés qui ne tarissent pas, on voit le cinéma avant le muet, les actualités accompagnées par le ragtime dans les théâtres, les débuts du music-hall. Il s’attache à ses personnages, ce qui nous les rend très proches, leurs défauts, leurs faiblesses. Ce self-made man, cette success-story, cette discrimination, cette misère morale. Plusieurs histoires croisées, plusieurs destins mélangés, des acteurs excellents, et ils ont tous des sacrées « gueules », beau casting. Et surtout pas de conte moralisateur sur la lutte des classes. Tableau néoclassique virtuose qui décrit la création d’une nouvelle Amérique, et en-dessous un chant d’espoir. Comme toujours, il est lumineux Milos. Et que dire de cette fin géniale, avec cette famille recomposée avant l’heure, cette bourgeoise qui part avec les enfants et un saltimbanque vers de nouvelles aventures, elle laisse son mari loin derrière. Rien qu’à voir sa tête derrière la fenêtre, le gars, on sent qu’il est cocu et qu’il représente le passé. Sacré Milos, on lui demanderait de faire le portrait de Satan en personne, il serait capable de montrer ce qu’il y a d’humain en lui. C’est sans doute pour ça qu’on dit que c’est un cinéaste humaniste.
A travers le destin croisé de nombreux personnages appartenant à diverses catégories socioculturelles Milos Forman tente de dresser un portrait de l'Amérique du début du vingtième siècle. Ce puissant réquisitoire contre le racisme et l'injustice possède de nombreux atouts pour entrainer l'adhésion du public. La restitution des Etats Unis d'avant guerre est particulièrement réussie, la plupart des acteurs sont très convaincants et la musique est entrainante. Néanmoins, toutes ces bonnes choses sont largement sous-exploitées à cause d'un scénario trop brouillon qui mélanges de nombreuses intrigues parallèles sans jamais trouver son équilibre ni définir de ligne directrice claire. Ce mode de narration fonctionnait peut être dans le roman, ici il ne fait que desservir l'intrigue. Résultat des courses: Ragtime est un bon petit film, mais il aurait put être tellement plus!
Milos Forman réalise une grande fresque sur l'Amérique du début du siècle. Un pays fascinant, plein de promesses mais avec son lot de dysfonctionnement. Son film très ambitieux a visiblement été tronconné au montage... Sa fresque s'ouvre sur de grandes familles bourgeoises, leurs préoccupations, leurs élans et finit par se concentrer sur la colère des noirs contre les institutions de New York. C'est là que Forman est le plus à l'aise, quand il faut dénoncer les institutions établir des contres-pouvoirs et présenter des personnages rebelles dont son oeuvre est parsemé. La dernière heure est à couper le souffle et doit choisir entre la violence et le dialogue... Dommage que le film garde un coté dispersé et se perde parfois, , engoncé qu'il est dans des décors et des costumes flambants neufs que les précédents succès de Forman lui avaient octroyé.