Considéré comme l'un des sommets du cinéma de Jean-Pierre Melville, "Le deuxième souffle" souffre pourtant d'une première heure ennuyeuse qui met difficilement en place les protagonistes et les enjeux du récit. Cependant, il prend de l'ampleur à chaque instant.
Gustave Minda, aussi appelé « Gu » s'évade de la prison de Castres et à peine rentré sur Paris décide de faire un dernier coup : attaquer un fourgon transportant pas moins de 500kg de platine. « Le Deuxième Souffle » est le film qui modifia totalement la carrière de Jean-Pierre Melville, après le succès obtenu, celui-ci est devenu le maître du polar à la française, le maître du film d'hommes à la française tout en s'appuyant sur les modèles américains. Et pourtant, bien que charnière dans son, ce « Deuxième Souffle » n'est pas le meilleur film de Melville. Deux raisons à cela. Premièrement, l'intrigue du film met beaucoup, voire trop de temps pour se mettre en place. Du coup, dans ces conditions, il n'est pas évident de captiver celui qui regarde. Deuxièmement, le film souffre d'un rythme étonnamment inégal. Surprenant, car d'habitude les films de Melville ne présentent pas ce problème… Autre surprise : elle se situe au niveau des acteurs cette fois-ci. Si Paul Meurisse est tout simplement à un niveau de jeu stratophérique, Lino Ventura paraît en dedans, limite effacé par instants. S'il reste bon, il est toutefois moins performant qu'à l'accoutumée et pourtant ce rôle lui allait vraiment comme un gant. Mais bon, d'un côté il faut dire que Meurisse est un vrai ouragan et ne laisse que des miettes. Considéré comme un classique du cinéma français, « Le Deuxième Souffle » ne laisse pourtant pas de souvenirs impérissables. Du même Melville et dans un registre similaire, préférez plutôt « Le Doulos » ou « Le Samouraï » qui sont de véritables pièces maîtresses du genre.
Personne ne m’empêchera pas de penser que le neuvième long métrage de Jean-Pierre Melville a un goût d’inachevé : il manque quelque chose. Quelque chose d’essentiel. Lorsque je vois la tendance générale des internautes, je me dis que je vais me faire envoyer sur les roses, et vous auriez sans doute raison. Mais essayez d’imaginer le même film… avec des dialogues de Michel Audiard… Ah oui, hein ? De suite ça le fait davantage ! Pourtant ce n’est pas mal écrit, loin de là. Mais les dialogues de José Giovanni sont parfois inégaux. Oh ! je ne dis pas que "Le deuxième souffle" n’est pas bien, surtout pendant la première heure durant laquelle on retrouve tous les codes du polar noir. Mais je n’ai pu m’empêcher de penser aux bons mots de Michel Audiard. Nous avons toutefois quelques bonnes banderilles verbales, notamment à travers Paul Meurisse à qui on a prêté un humour caustique, notamment lors de sa première intervention : spoiler: en tant qu’inspecteur Blot, le voir se foutre crânement de la gueule des truands est un grand moment de cinéma. Malgré un scénario relativement classique, Melville nous amène dans le monde des truands, un monde où la confiance ne se gagne pas en un claquement de doigts, où la trahison est sévèrement punie, où le langage corporel (les positionnements, les regards échangés souvent sans aucune équivoque remplaçant avantageusement toute réplique), et où le maniement d’armes est pour ainsi dire naturel, si naturel qu’on pose parfois les flingues comme on pose les clés sur le premier meuble venu quand on rentre chez soi. Si Meurisse nous régale dans un premier temps, le duo Constantin/Ventura prend un temps le dessus, bien que le regretté Michel n’apparaisse finalement qu’assez peu. C’est dommage, parce qu’il dégage une présence folle, toujours droit dans ses bottes, quelles que soient les circonstances ! D’ailleurs peu de répliques lui ont été attribuées, et c’est dans la gestuelle qu’on voit que la paire qu’il forme avec Lino fonctionne le mieux. Le tableau n’aurait pas été complet sans la présence de la très belle Christine Fabrega : telle une femme du monde aux jambes joliment gainées de bas-couture, elle apporte du charme, voire même un certain glamour. Sans compter qu’on aime se perdre dans la couleur claire de ses yeux, en dépit d’un regard souvent inexpressif. A croire dans ces moments-là qu'elle n’a d’yeux que pour la fameuse ligne bleue des Vosges, point imaginaire à fixer utilisé au théâtre pour garder la tête droite. Je vous l’ai dit : tous les codes du polar noir sont là, ce qui rend le film assez prévisible. A plusieurs reprises, j’ai senti venir la scène suivante. Seulement Melville n’a pas fait les choses simplement : il y a mêlé une pointe de dramaturgie, m’évoquant de façon succincte dans sa trame "La métamorphose des cloportes" que j’ai découvert récemment. Le rythme est lent, souvent sans musique, mais cette lenteur est maîtrisée pour la rendre hypnotique par une mise en scène soignée et un cadrage millimétré de tous les instants. De plus, la mise en images est d’une qualité rare pour un film en noir et blanc, avec de superbes contrastes obtenus par un éclairage lui aussi maîtrisé. C’est ainsi que nous suivons tout au long de ces 143 minutes sans véritable ennui tous ces acteurs d’une étonnante sobriété car ils n’en font jamais trop, même si on commence à sentir que ça fait un peu long sur la fin.
« Mais alors dans ce milieu pourri, la parole d’un homme comme moi c’est zéro ? »
Comme pour d’autres de ses films, Melville ressent le besoin impérieux de commencer par un court texte. Ça peut être une explication du titre, une citation philosophique, ici c’est une justification. Je maintiens qu’il y a un rapport avec le cinéma muet auquel, par ses longues scènes sans paroles, Melville semble systématiquement rendre hommage. Il faut ainsi attendre plus de six minutes pour entendre le premier échange verbal.
Après Belmondo (Leon Morin Prêtre, 1961, Le Doulos, 1962) et avant Delon (Le Samouraï, 1967, Le Cercle Rouge, 1970, Un flic, 1972), c’est Lino Ventura qui sert d’interprète principal à l’histoire racontée par le réalisateur, adaptée d’un roman de José Giovanni et coscénarisée par ce dernier. Ce roman, le deuxième de Giovanni, suit d’un an « le Trou », publié en 1957 et porté à l’écran par Jacques Becker en 1960. Autant dire que passer derrière un tel chef d’oeuvre, même pour un réalisateur de la trempe de Jean-Pierre Melville, pouvait s’avérer risqué.
Décrivant de manière plus qu’originale le milieu de la pègre, entre Marseille et Paris, entre une évasion, un coup en préparation et un chantage qui tourne mal, le film offre d’entrée une galerie de caractères assez truculents, Gustave Minda, dit « Gu »/Lino Ventura, en criminel taiseux, Raymond Pellegrin, en patron de boîte maffieux inquiet, Manouche/Christine Fabréga en soeur dévouée et lasse, un rien incestueuse, Alban/Michel Constantin en second couteau fidèle et efficace et le commissaire Blot/Paul Meurisse, ironique et à qui on ne la fait pas (la scène du non-interrogatoire est d’anthologie).
Le plus surprenant, à l’exception de quelques dialogues théâtraux, rarissimes dans l’oeuvre de Melville, c’est l’interprétation générale, proche de ce que la Nouvelle Vague a pu produire, des phrases énoncées sans beaucoup d’intonation, d’une voix monocorde. Si le naturel de Michel Constantin et le talent de Denis Manuel s’y prêtent bien, Lino Ventura, Paul Meurisse et Paul Frankeur ne s’y aventurent pas et d’autres acteurs comme Marcel Bozzuffi ou Raymond Pellegrin y perdent même de leur superbe. Christine Fabréga est tout simplement mauvaise.
La réalisation est melvinienne, beaucoup de changements de plans et de cadres, de longues scènes muettes. Le scénario est quant à lui très délié, coupé comme net en trois parties sans âme, lent à mourir et c’est sans aucun doute le principal défaut de cette œuvre, sans compter l’incohérence totale de la fin spoiler: (l’évasion de l’hôpital) , comme trop souvent chez Melville. Notons enfin une interprétation générale trop hétéroclite et globalement mauvaise, même de la part de Ventura.
Ce n'est pas parce qu’il y a Lino Ventura que je vais dire que ce film est bien. C'est long et pénible. L'histoire est basique et je n'ai pas éprouvé beaucoup de plaisir en le visionnant. Tout cela pour ça ? Très étonné de l'aura positif dont bénéficie cette œuvre. Navrant.
Chef-d’œuvre ! Un très bon polar que Melville transforme en tragédie moderne. Tout est parfait : mise en scène sobre mais maîtrisée, interprétation de haute volée, dialogues justes, ambiance, rythme. Rien ne cloche. À ne pas confondre avec le piètre remake d’Alain Corneau avec Daniel Auteuil et Monica Belucci.
Pour son dernier film en noir et blanc, Jean-Pierre Melville reste dans son genre de prédilection, à savoir le film de gangsters. On y retrouve donc totalement son style de réalisation dès les premières secondes puisque Le Deuxième Souffle ouvre sur 8 minutes sans aucun dialogue. Malgré les différentes indications de temps, cette adaptation très libre d’un roman de José Giovanni est purement fictive et possède l’image des truands totalement fantasmée caractéristique du cinéaste. Si celui-ci se permet certains effets de mise en scène (les raccords en volets notamment), la mise en scène est comme toujours assez froide tout en possédant certaines séquences fortesspoiler: (celle de l’interrogatoire par exemple) . Toutefois, s’il est un pur représentant de la patte du cinéaste, Le Deuxième Souffle souffre un peu de sa longueur et de sa profusion de personnages l’empêchant d’être classé dans les œuvres les plus marquantes du réalisateur.
Mais qu'est-ce que c'était chiant et inintéressant ! Autant la scène où Meurisse interroge à sa façon les témoins du premier meurtre m'avait laissé présagé quelque chose d'exceptionnelle, autant la suite m'a assommé. C'est trop descriptif, on nous montre presque les types aller se soulager aux toilettes. Le scénario est alambiqué, on se mélange assez vite les pinceaux et on ne sait plus qui est de mèche avec qui. Pourtant, il y a du beau monde à l'affiche : Ventura et Meurisse, excusez du peu. Brrrr, très déçu.
"A sa naissance, il n'est donné à l'homme qu'un seul droit: celui de choisir sa mort. Mais si ce choix est commandé par le dégout de la vie, alors son existence n'aura été que pure dérision". Le Deuxième Souffle est le film le plus fataliste de Melville. Dès l'apparition de cette citation en début de film, on comprend que Gu et son code de l'honneur n'ont plus leur place dans le Milieu d'après-guerre. Dès lors, on suit la trajectoire torturée de ce personnage vers sa fin tragique et inéluctable. Sur le plan technique, c'est quasi parfait: la distribution est sensationnelle (Lino Ventura et Paul Meurisse au top), l'intrigue est d'une fluidité exemplaire malgré sa complexité et la réalisation épurée mettra tout le monde d'accord. Un des plus grands polars français!
Melville est déjà le plus grand réalisateur de sa génération avec Clouzot, tandis que la force de José Giovanni est de créer un univers très réaliste tous droits sortis de son passé et de ses expériences qui donne un crédit tout à fait éloquent à ses œuvres (rien à voir avec l'esbroufe d'un Olivier Marchal !). Si les dialogues sont moins démonstrativement truculents qu'un Michel Audiard, ils ne sont jamais superflus et sont tout aussi acérés. On apprécie aussi le passé des personnages, seulement s'arrête-t-on sur des allusions. Site : Selenie
Dernier film en noir en blanc de Jean-Pierre Melville avant la trilogie Le samouraï/Le cercle rouge/Un flic avec Alain Delon et L'armée des ombres, œuvre dans laquelle il retrouvera Lino Ventura, Le deuxième souffle est un polar solide et brillant dans lequel se révèle une nouvelle fois le talent incroyable du génial cinéaste. Tous les plans sont sublimes et chaque scène est millimétrée. Adapté d'un roman de José Giovanni, le long-métrage décrit dans une atmosphère unique l'évasion et la cavale d'un gangster qui n'hésite pas à tuer lors de ses braquages mais qui possède un code d'honneur en train de se perdre dans le milieu de la pègre. Il est porté par des acteurs géniaux – Paul Meurisse dans le rôle d'un inspecteur à la personnalité originale est au cœur d'un plan-séquence extraordinaire dans lequel il pose les questions et fait les réponses après sont arrivée dans un bar mafieux où un homme vient d'être abattu. Totalement melvillien, c'est-à-dire juste sublime.
Une pure merveille. Trés bien dialogué et réalisé avec intelligence. "Le Deuxième souffle" fait parti du cercle trés fermé des meilleurs films français. C'est à voir absolument.
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5,0
Publiée le 18 juin 2021
Jean-Pierre Melville et son engouement de longue date pour le film noir hollywoodien dont il était le plus fervent adepte dans toute l'histoire du cinéma français a produit toute la gamme des meilleurs films policiers français. Dans celui-ci il est au sommet de sa forme dans ce film de braquage il construit une histoire de criminels de la vieille école avec le sens de l'honnêteté et de l'honneur autour d'un casse de 800 millions. Melville raconte de nombreuses histoires des relations humaines, des trahisons de la cupidité à l'amour et à l'amitié qui iront jusqu'au bout. Les dialogues sont formidables. Le Commissaire Blot inspecteur de police plein d'esprit magnifiquement interprété par Paul Meurisse et Gustave Gu Minda (Lino Ventura) jouent au jeu du chat et de la souris sans paroles inutiles ni scènes d'actions superflues. Melville a accordé une grande attention aux détails et ce film ressemble à juste titre à un documentaire d'action criminelle sans trous dans l'intrigue ni questions du type comment diable ceci ou cela a-t-il pu se produire pour le spectateur ce qui est très important pour un public adulte qui apprécie les films classiques. Je pense que c'est peut-être le meilleur film que Melville a fait dans les années 60 et c'est le dernier qu'il a fait dans son propre studio qui a brûlé pendant la production du Samouraï ce qui peut expliquer les possibilités qu'il avait de consacrer du temps et de l'attention aux détails. Si vous appréciez un bon film policier ne le manquez surtout pas...
Un film qui prend rang parmi les classiques du polar à la française, où la patte Melville est bien présente. Paul Meurisse compose un personnage de commissaire absolument savoureux. Le film est certes un peu long, et l'on n'atteint pas ici les sommets du Cercle Rouge, mais l'ensemble est très bien mené et se laisse voir avec plaisir.