Déjà le cinéma des années 1950 c’est assez sec pour quelqu’un qui a été élevé et nourri au cinéma de la fin du XXe siècle comme c’est mon cas, mais si en plus on y rajoute le minimalisme de Kurosawa, eh bien ça pique quand même sévère ! Alors, oui, on peut être séduit par l’atmosphère de ce « Rashômon » mais, franchement, rester plus d’une heure devant un spectacle aussi aride et aussi rigide formellement, c’est quand même un sacré effort, du moins pour un mec comme moi. Au final, la récompense reste souvent la même pour les vieux classiques qu’on n’arrive pas à digérer : bah comme c’est classique justement, on a l’impression que ce film n’a rien inventé, même si ça a peut-être été le cas. Une expérience pénible me concernant, que je ne recommande d’ailleurs à personne, sauf à ceux pour qui le goût de l’érudition est capable de triompher de tout…
Japon, aux alentours du Xe siècle. Un crime (pour les beaux yeux d'une femme) a été commis. Plusieurs versions de l'histoire sont racontées à travers plusieurs personnages : le moine, le bûcheron, Tajomaru le bandit, la femme en question, et le mari assassiné ressuscité par un chaman (une de mes scènes préférées). Mais qui croire ? Qui dit vrai et qui ment ? Le point de vue de l'un est contredit par celui de l'autre, et ainsi de suite, si bien que l'on se perd dans le récit. Rashômon est le premier film de ce réalisateur que je regarde, qui n'est autre que le meilleur réalisateur japonais au monde. Mon premier et certainement pas mon dernier, j'ai été happé par le style. Pour tout dire, au début j'avais des a priori, je m'attendais à un vieux film japonais ringard, le truc vraiment ringard et kitch vous savez ; il s'avère que plus les minutes passaient, plus je me rendais compte que je n'avais pas affaire à n'importe quelle oeuvre. Akira Kurosawa a du savoir-faire. Les plans et les corps en mouvements sont beaux, gracieux, et virils à la fois. Il met en scène une affaire policière à la manière d'un conte, d'un théâtre. Sa maîtrise du cadrage et du champ-contrechamp est à la perfection. Le film nous offre de beaux plans, ainsi que des acteurs au jeu exagéré et mélodramatique qui ne fait que renforcer le côté théâtral, en plus de magnifier la mise en scène. Les lieux, il y en a seulement trois, trois décors différents : ''le tribunal'' surréaliste, la forêt sauvage, et l'abri et le torrent de pluie extérieur. L'espace, bien qu'il soit réduit, est très bien utilisé.
Le petit ciné du coin a eu la bonne idée de jouer ce Kurosawa il y a peu. L’occasion rêvée pour aller mater ce film dit « culte ». En fait, il est surtout connu pour l’effet du même nom qu’il a inspiré et qui s’est retrouvé exploité sous différentes formes ultérieurement. Et qu’est-ce donc ? Il s’agit de raconter un même évènement selon différents point de vue (ha oui?). C’est donc dans cette idée-là que je suis rentré dans la salle.
Dans une cambrousse du Japon médiéval, un crime a été commis et un cadavre retrouvé. Face au juge, différents protagonistes vont défendre leur explication des évènements devant un public attentif. Chaque récit sera illustré à l’écran.
Le meilleur n’est pas pour la fin, il est au tout début. Dans ce qui est presque du théâtre filmé, la scène est d’abord ce vieux bâtiment délabré et cette pluie battante. Un cadre dans un cadre. Là, des personnages désemparés font un retour du procès qui vient d’avoir lieu et rapportent à un autre larron les propos tenus. Ce théâtre minimaliste fonctionne plutôt bien et entretien son suspens. Les récits du meurtre se suivent donc et là, c’est nettement moins heureux. Les personnages sont grossiers, idiots, gauches. Ils éructent plus qu’ils ne parlent. Ils se battent en étant à peine capables de faire trois pas sans se casser la binette. On dirait un concours de galipettes. Leurs attitudes ne paraissent pas non plus d’une logique limpide. Et la musique, un boléro, est casse-bonbons au plus haut point. Ce n’est pas mieux du côté de l’interprétation et de ces personnages particulièrement désagréables. Pas grand-chose à tirer donc de ces scènes pénibles et longuettes. Les scènes de procès sont nettement meilleures, cardées juste et surtout celle du médium. La conclusion s’en sort elle aussi un peu mieux par sa réflexion sur la nature humaine. Reste que l’ensemble est lourd.
Au final, c’est déçu que je suis sorti de la salle. L’effet tant décrit n’est pas celui auquel je m’attendais et c’est probablement une incompréhension de ma part du concept (j’y voyais une traduction visuelle du point de vue de chacun alors qu’il s’agit ici de trouver le menteur …). Surtout, l’ensemble est lourd et pénible. Quelques jolis plans certes mais ils ne vont pas sauver cet ensemble faiblard.
Je lui mets la moyenne uniquement car je pense que je n'ai pas les codes pour comprendre ce film. Je n'ai pas aimé, je n'ai pas été embarqué, j'ai passé un mauvais moment car ce fut vraiment difficile de le regarder en entier.
L'histoire est peut-être intéressante mais je n'ai tellement pas réussi à m'immerger dans le film que je ne suis pas sûr de l'avoir bien compris et je pense qu'il faudra que j'attende de nombreuse années avant de m'infliger une seconde fois ce film...
Sa note "spectateurs" laisse penser que c'est un excellent film, donc je ne me risquerai ni à le conseiller ni à le déconseiller.
Je me permettrai juste de dire qu'il me semble nécessaire d'avoir une connaissance poussée des codes cinématographiques pour pouvoir l'apprécier.
La même histoire racontée sous plusieurs versions différentes. Toutes sont peu palpitantes. A moins d'aimer le cinéma étranger des années 50… Personnellement, j'ai eu beaucoup de mal à aller jusqu'au bout de l'intrigue. Les différentes versions de l'histoire n'ont pas éveillé davantage d'attention que le final. Trop vieux et comprenant des plans trop longs pour une intrigue qui aurait pu se traduire en court métrage. Bof.
Akira Kurosawa signe une nouvelle fois un bon film avec ce "Rashômon" dont la principale subtilité vient de sa structure narrative. Il en découle un certain suspens (Où se trouve la vérité?) et un portrait de l'Homme peut optimiste. Rien à redire du côté des interprétations (Toshiro Mifune au top!) et de la mise en scène. On repprochera toutefois à "Rashômon" son caractère froid et distant, véritable handicap pour ce genre de film.
Ma première incursion dans le cinéma d'Akira Kurosawa est une claque monumentale. Sous des airs de scénario très simple, un film dont la mise en scène pleine de paraboles dans le développement de son intrigue est d'une complexité assez déconcertante, difficile d'accès. Le jeu volontairement exagéré des acteurs colle parfaitement avec l'ambiance de l'oeuvre. Puissant récit ou comment dévoiler la vérité à travers des témoignages totalement différents.
Rashomon avait beaucoup pour être parfait : plans millimétrés où l’on sent que les capacités créatrices avec une caméra noir et blanc sont à leur paroxysme, musique entraînante nous rappelant, cocorico, le fameux boléro de Ravel… Oui mais voilà, non seulement le scénario à poupées russes, bien que créatif, semble archi-surfait (et magistralement conclu par l’arrivée d’un bébé mystère), non seulement l'image a plutôt mal vieilli, Rashomon souffre aussi de son jeu d’acteur, où chacun essaye de rire plus fort que son voisin (mouahaha...). Reste alors quelques blagues machistes qui arracheront un petit sourire, un soupçon de morale sur la bonté possible du genre humain (mais alors vraiment léger) et surtout l’impression d’être tout simplement passé à côté. Dommage.
Surprenant. Déjà que c'est un Kurosawa, ça change mais qu'en plus on a une enquête bien ficelée et une énorme critique de l'être humain, c'est juste phénoménal. On trouve l'être Humain représenté par un homme, une femme et un bandit qui sont trois coupables (un peu dur pour l'homme). Et on a deux témoins. Et tous prouvent que l'humanité ne peux jamais se faire confiance, ou travailler ensemble et est représenté par Ramoshon, un vieux temple, ou les deux témoins plus un passeur attendent que la tempête passe. Mais les catastrophes humaines ne s'arrêteront jamais. Voici pour le côté un peu philosophique du film. Maintenant on passe à l'oeuvre en lui-même. La maîtrise de la caméra a sûrement dû inspirer le maître Kubrick (notamment à la 27 ème minute), avec les combats qui sont dynamiques et les courses poursuites merveilleusement bien transposée. La qualité du son est moyen, on entend pas mal de gribouillis derrière. Décevant pour une version "remastérisée". Mais la qualité de l'image y est, c'est le plus important. Et niveau acteur non plus, on ne joue plus dans la cour des petits. C'est de la vraie performance, avec cette médium qui entre en transe et qui tournoie comme la tempête, ou encore le bandit qui se gratte et court à tout va. Grand film, intelligent quoiqu'un peu longuet à certain moment.
Même si le film n'est pas aussi techniquement abouti que ses oeuvres postérieures, il faut bien avouer que l'oeuvre qui a apporté la gloire internationale à Akira Kurosawa est remarquable. L'interprétation de tous les comédiens est parfaite mais ce qui retient le plus l'attention est l'histoire du film. Ce récit kaléidoscope est d'une sublime habilité où pour notre plaisir à nous spectateur, on ne sait jamais ce qui vrai et ce qui est faux. Kurosawa, pour servir ce dernier, utilise admirablement le système du flashback, allant même jusqu'aux flashbacks dans le flashback, mais tout le temps avec une clarté totale. Dans l'ensemble, un constat désespéré de la nature humaine avec une petite pointe d'espoir mais surtout un grand film.
Le cinéma de Kurosawa est connu pour sa finesse technique et sa narration révolutionnaire. « Rashômon » en est un bon exemple. Dans un Japon médiéval en proie à tous les fléaux (guerre, famine, catastrophes naturelles, banditisme...), 3 voyageurs discutent d'une histoire de meurtre à plusieurs versions, chacune étant racontée par les protagonistes de ce récit. On a donc une sorte de narration en poupées russes. Le propos « contenu » tourne autour de l'honneur, le « contenant » se base plus sur l'humanisme, le pessimisme ou l'optimisme qui en découlent à travers notamment les paroles du bonze et du bûcheron. Ce choix de narration laisse place à une intrigue solide qui tient en haleine jusqu'à la fin. On est véritablement guidé par l'envie de connaître la véritable histoire. Les différents propos, eux, sont empreints de la philosophie nippone et du Bushido et autres codes d'honneur et permettent entière liberté d'interprétation du final au spectateur. Le film est donc sur le fond particulièrement brillant. On mettra des bémols sur la forme. Certains excès de lenteur dans le rythme et le minimalisme omniprésent laissent parfois place à des scènes interminables dont on peut douter de l'utilité et de l'impact. Les acteurs sont bons mais l'on peut s'agacer également des quelques rires et cris forcés qui reviennent à longueur de film. Parfois un peu trop théâtral donc. Il en reste donc une œuvre fort correcte, très subtile et intelligente, mais dont la forme peut rebuter quelque peu. A découvrir mais pour s'éveiller à Kurosawa, mieux vaut-il commencer par « Les 7 samouraïs », « Yojimbo » ou « Sanjuro », plus accessibles.
Je suis passé complètement à côté de la morale du film (si il y en a vraiment une..). La fin sort de nulle part et n'a, pour moi, aucun sens. Les jeux d'acteurs sont hyper surjoués... (Tajômaru qui s'esclaffe toutes les 20 secondes et à un volume inapproprié, les sanglots insupportables et interminables de Masako..) Je parle même pas des scènes de combat, d'un ennui complet.....
Le second Kurosawa que je vois et c'est une pure merveille, j'avais aimé les sept samouraï mais sans toute fois être transcendé, ici c'est le cas. La narration est excellente, l'histoire est passionnante, intrigante, Kurosawa s'attaque ici à la nature de l'homme à sa bonté ou non, à ses mensonges volontaires ou non. Un très grand film laissant la liberté d'interprétation à son spectateur.
La « virtuosité technique » est au service d’un procédé narratif, mais évidemment pas au détriment du spectacle filmique. Les plans, les décors, cette simple porte qui est le théâtre du Tout. C’est brillant et beau, même si je préfère le Kurosawa de « Vivre sa vie ».