Rashômon
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dagrey1
dagrey1

108 abonnés 655 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 27 juillet 2017
En 750, dans un Japon féodal miné par les guerres et la famine, 3 hommes (un bandit, un bonze et un bûcheron) se sont réfugiés sous la porte de Rasho (la porte du démon) des pluies diluviennes qui s'abattent sur la région. Le bonze et le bûcheron sont encore sous le choc du procès auquel ils viennent d'assister: celui de Tajomaru après le meurtre supposé d'un samourai et le viol de sa femme.

Rashomon est un film d' Akira Kurosawa datant de 1950. Le film explore les thématiques du réel, de la relativité de la vérité et de la valeur du témoignage face à une affaire de droit commun. Les versions diffèrent et laissent libre cours à une interprétation qui ne peut que fausser le jugement. En l'occurence, Kurosawa place ici le spectateur en position de juge. Le spectateur est informé par des flashbacks parfois contradictoires qui interrogent sur la responsabilité des 3 protagonistes.

Le samourai tué s'est il suicidé où a t il été tué par Tajomaru? La femme du samourai était elle consentante? Les différents éclairages font apparaitre des jugements très différents sur les personnages. Au fur et à mesure que les témoignages irréconciliables se confrontent, le spectateur réalise qu'aucun protagoniste du trio n'est au final innocent.

Les acteurs du film sont très bons notamment Toshiro Mifune, l'acteur fétiche du réalisateur japonais, très expressif et Machio Kyo dans le rôle de Masaka.
Le film s'inspire du théâtre japonais Kabuki, ses acteurs forcent le trait. En même temps, il constitue presque un huis clos, 80% de l'action se situant dans la clairière où le bandit de grand chemin a attaqué le couple.

Rashomon bénéficie d'une bande originale qui est une adaptation asiatique du Boléro de Ravel.

Le film a obtenu le lion d'or à la Mostra de Venise en 1951.
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

97 abonnés 4 443 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 3 mars 2025
Kurozawa évoque le mensonge et la faiblesse du témoignage dans un traité de la noirceur humaine. Où est la vérité dans les différentes versions que font les les trois protagonistes et le témoin d'un drame étrange au coeur d'une forêt?
Devant un juge invisible (le spectateur en somme), et par flashback distincts, chacun exprime son point de vue que dément les autres, et semble passer sous silence ce qui, dans l'affaire, pourrait indiquer sa responsabilité ou l'exposer à la honte.
Dans une forêt, à laquelle le cinéaste confère une dimension fantastique, surhumaine et hostile, un bandit rencontre un couple de fiancés...
Intemporel, le support de cette fable philosophique semble une légende. "Rashomon" ("la porte du diable") parle de la dualité humaine et peut-être de l'incapacité des hommes à conjurer, dans leur appréhension du Bien et du mal, leur part d'abjection.
"Rashomon" n'est pas forcément un film ardu. En revanche, Kurozawa ne m'a pas complètement convaincu de l'intérêt du sujet. Sans doute parce que les façons brutales des personnages et, plus généralement, l'étrange expressivité japonaise m'ont dérouté.
anonyme
Un visiteur
2,0
Publiée le 15 mai 2018
Après avoir assisté à la Cérémonie d’Ouverture du 71ème Festival de Cannes, découvert un Edouard Baer en maître de cérémonie classe et frais, j’ai été subjugué par la présence de Martin Scorsese (il a reçu le Carrosse d’Or pour le 50ème anniversaire de la Quinzaine des réalisateurs). J’ai surtout été envahi d’un immense frisson de pur joie quand j’ai entendu le metteur en scène de « Mean streets », « Taxi driver », « Les affranchis », « Silence »…, qui de pair avec Madame l’australienne Cate Blanchett (tournant pour Woody Allen, Fincher, Todd Haynes…), ont déclaré (en français !) le Festival ouvert. Et pour 2018, le thriller « Everybody knows », d’Asghar Farhadi, avec le couple star mirobolant Bardem-Cruz qui a monté les marches rouges du Palais tel un Brangelina l’aurait esquissé, est ainsi le premier métrage visionné dans le cadre de cet événement international. Et rien que d’avoir pu visionner ces images cannoises de 2018, je savoure toujours autant !
Et qui dit Cannes dit cycle Cannes. Ma sélection est donc composée de « Rashômon » (Lion d’Or 1951 à Venise), « Le Salaire de la peur » (Grand Prix 1953 à Cannes, ex-Palme d’Or actuelle), « 2001, l’Odyssée de l’espace » (faisant partie du Cannes Classics 2018), « Amadeus », (Oscar du meilleur film de 1985, Golden Globe du meilleur réalisateur 85… et puis surtout pour rendre un vibrant hommage à un metteur en scène hors norme : Milos Forman) « Le Grand Bleu » (César de la meilleure musique de film 1989 et appartenant au Cannes Classics 2018 !) et « Miss Daisy et son chauffeur » (Ours d’Argent de la meilleure performance d’équipe d’acteurs 1990 ainsi que Cannes Classics 2018). Des moments de cinéma intense en perspective… j’en frissonne d’avance !
A partir de ces lignes, c’est donc le point de départ de ma critique de « Rashômon ». Mais comment qualifier « Rashômon » aujourd’hui ? Par ses qualités d’écriture, de mise en scène… mais pas que. Il y a ce truc, cette manière de raconter l’histoire, de filmer la torpeur des personnages par un ton, une attitude qui m’a laissé à côté de ce chef d’œuvre. Commençons donc par les qualités.
Synopsis : abrités d’une pluie torrentielle sous un temple en ruines, deux personnes, hantés par le procès qu’ils viennent de vivre, vont forcer un troisième homme à écouter leur drame : qui du bandit, de la femme de la victime ou du bûcheron qui passait par là a tué le samouraï ?
Les scénaristes Akira Kurosawa (également monteur pour le métrage et déjà un réalisateur reconnu au niveau national : « L’ange ivre », « Chien enragé ») et Shinobu Hashimoto (auteur fétiche de Kurosawa : « Les sept samouraïs », « La forteresse caché ») réinventent la structure narrative du drame japonais en prenant le point de vue de quatre personnages en des flashbacks utilisés pour la première fois dans un film nippon et en offrant une vision personnelle du drame en laissant des indices au spectateur. Totalement innovant !
De plus, les décors et costumes servant l’histoire de « Rashomôn » sont habilement mis en avant : il s’agit avant tout du premier film japonais moderne utilisant les codes consacrés à l’histoire médiévale du Japon sur grand écran. En cela, Kurosawa démontre son talent de narrateur mais également son talent à s’engager dans une plaidoirie en faveur des samouraïs. L’ancien devient moderne et le futur metteur en scène de « Ran » nous prouve la force de sa structure narrative et de sa capacité à injecter du sang neuf au montage de l’histoire. Toujours pour parler décor, la pluie évoque, selon Kurosawa, les tourments des personnages. Preuve qu’Akira n’en est pas à son coup d’essai et pioche dans ses références pour nous faire sa leçon de cinéma.
Ensuite, la musique du film, aujourd’hui vieillotte, nous embarque dans le récit d’un procès avec retournements de situations. Le compositeur Fumio Hayasaka (il a principalement collaboré avec Kurosawa –« Les sept samouraïs »…- et pour Mizoguchi sur « Les amants crucifiés » notamment) nous emmène dans des partitions exotiques, oppressantes et pleines de liberté. Une adéquation de tous les instants. Merci Fumio ! D’autant que ta reprise du Boléro de Ravel reste encore dans mes oreilles qui se sentent encore en forêt nippone en compagnie du bûcheron, caché dans les feuilles. Parfait.
Pour rester sur l’ambiance, voici le directeur photographique de « Rashomôn » également caméraman : Kazuo Miyagawa. Il fait autant partie de l’équipe Kurosawa (« Yojimbo ») que de celle de Kenji Mizoguchi (« Le héros sacrilège », « La rue de la honte »). Miyagawa a réussi à capter chaque nuance d’une lumière s’insinuant entre les feuilles des arbres : les jeux d’ombre et de lumière, sous ce magnifique N&B, sont ainsi très bien travaillés et l’on ressort transcendé de cette expérience visuelle. Le chef opérateur Kazuo Miyagawa a ainsi utilisé pour la première fois sa caméra qui a été pointée directement vers le soleil dans l’histoire du cinéma. Un résultat plein de nuances forestières. J’adhère !
On pourrait ensuite discuter du casting pendant des heures, mais je retiendrai l’acteur principal, Toshirô Mifune (alter-ego de Kurosawa devant sa caméra –« Les sept samouraïs », « Yojimbo », « Barberousse »- qui reçut en 1965 à Venise la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine pour le dernier film cité), qui m’a bluffé par sa composition magistrale. Imprégné par son rôle de bandit, il livre une interprétation dantesquement bestiale, et ce, tout en retenu. La classe à la japonaise, je dirai. Excellentissime !!! Avec Machiko Kyô (« La porte de l’enfer », « Herbes flottantes » de Yasujirô Ozu), la femme du samouraï, qui incarne le féminisme, la beauté fragile et l’irrévérence. Le must. Takashi Shimura, le bûcheron tour-à-tour désespéré et philosophe, sort du lot des seconds rôles par son approche brutale du drame auquel il est lui-même confronté, tant du côté du procès que par son immersion active dans l’histoire. Apportant ainsi une double épaisseur à son rôle, il se fait le double du spectateur en une représentation de l’avocat du diable. Shimura n’est pas meilleur que Mifune, il apporte le liant dont a besoin « Rashomôn » pour exister. Et tant mieux, car il est considéré au Japon comme l’un des plus grands comédiens du vingtième siècle : « Le duel silencieux » de Kurosawa, « Godzilla » d’Ishirô Honda, « La légende de Zaitochi, le défi »… . Un casting ainsi mené à la baguette par le Maître nippon Akira Kurosawa.
Ce qui m’a laissé sur ma faim ? La mise en scène de Kurosawa, léchée, classique, radieuse et beaucoup trop méthodique. Oui, il y a le grattage inopiné du viscéral Mifune, Hayasaka à la musique pour le fameux boléro japonais, Miyagawa dans l’antre forestière de « Rashomôn » et toutes les révolutions possibles (scénaristique, de montage et de mise en scène) mais je n’ai pas adhéré au chef d’œuvre intemporel réalisé par le plus moderne des cinéastes japonais. La cause ? Sa manière de nous narrer son histoire. Son montage impulsif. Son peps. Son invitation beaucoup trop hâtive. Non pas qu’il ne prenne pas le temps mais j’ai trouvé le ton du métrage démonstratif et pas assez enlevé.
J’avais sans doute une attente autre de la part de Kurosawa pour son premier film que je regarde, en revanche, je ne peux nier le génie qu’il a eu sur le sol japonais, et bien plus encore… .
Pour conclure, « Rashomôn » (sorti en 1952 en France) est le douzième long-métrage d’Akira Kurosawa qui le révéla au monde entier. Premier succès japonais à l’international (récompensé du Lion d’Or à Venise et de l’Oscar du meilleur film étranger en 1951) et jalon dans l’Histoire du septième art, il s’agit d’un drame humaniste signé et soigné par le plus moderne des artistes-peintres du vingtième siècle pour avoir créé « Les sept samouraïs », « La forteresse cachée » et « Yojimbo »/« Sanjuro » (et repris par Sturges, Lucas et Leone respectivement) pour ne citer que ceux-là.
Spectateurs, Kurosawa pour un jour, pasionaria pour toujours !!
CeeSnipes

329 abonnés 1 708 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 2 octobre 2013
En 1950, c’est vers le Japon qu’il fallait se tourner pour voir une innovation cinématographique. En effet, avec Rashômon, Akira Kurosawa démocratisait l’utilisation des multiples points de vue.

Contant l’histoire d’un meurtre crapuleux agrémenté d’un viol présumé, Rashômon a le bon goût d’être court. Si pour nous autres Occidentaux, le rythme peut sembler particulièrement lent, le film prend son temps pour enchaîner les histoires, il en profite pour manipuler son spectateur, qui perd pied avec la vérité au fur et à mesure que les révélations arrivent. Akira Kurosawa distille son message à petites doses, un message profondément provocant qui remet encore en cause l’Homme, plus de 63 ans après sa sortie. En effet, le film soulève des points encore très justes aujourd’hui. Et la grande force de Kurosawa, c’est d’avoir réussi à vulgariser cela, sans jamais le prendre à la légère. Le film est réellement compliqué, il faut vraiment s’accrocher, mais avec un peu d’attention, le message est limpide. Les acteurs sont excellents, Minoru Chiaki et Machiko Kyô bien sûr, mais surtout l’immense Toshiro Mifune, encore fabuleusement génial et exubérant.

Rashômon est une expérience indispensable pour tout cinéphile, tant le film est réussi et important pour l’Histoire du cinéma. On pourra cependant regretter l’omniprésence du score de Fumio Hayazaka, sympathique quand même.
Nico2
Nico2

98 abonnés 939 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 16 août 2010
Vu à Lyon lors d'un cinéma de plein air, Rashomon est un excellent film, dont l'intrigue sera plus ou moins reprise par Zhang Yimou dans Hero. Un samouraï retrouvé mort dans une forêt, trois témoignages : celui de Tajomaru, un bandit redouté arrêté près du lieu du crime, celui de la veuve, celui du défunt via un mystique; trois histoires différentes. Où se cache la vérité ? Akira Kurosawa signe là une oeuvre captivante sublimement interprétée notamment par Toshirô Mifune magistral dans le rôle de Tajomaru. Par ailleurs, le film, par sa morale finale, se révèle plus actuel que jamais et sa vision n'en est que d'autant plus indispensable, pas seulement parce que Rashomon est un grand film de cinéma superbement bien fait, mais aussi (et surtout ?) parce qu'il s'interroge sur la nature humaine et la fragilité des liens sociaux qui régissent notre société. A l'heure où l'on reproche à notré époque d'avoir placé l'égoïsme comme valeur suprême, Rashomon fait figure de remède efficace.
Flying_Dutch
Flying_Dutch

80 abonnés 770 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 17 février 2012
Difficile de trouver les mots face à un chef d'oeuvre d'une telle puissance. Rashomon est de ces films qui mettent à mal le récit cinématographique pour le réinventer, le tout dans une action épique et passionnante. Non seulement, on est happé par l'histoire, mais on est surtout époustouflé par la mise en scène extraordinaire. Kurosawa a révolutionné le cinéma, et a inspiré une génération entière de cinéaste du monde entier, et Rashomon en est sûrement une des preuves les plus probantes. Plus qu'un film, un monument, des images rares et précieuses auxquelles on regarde comme les colonnes d'un immense temple sacré. Et évidemment, Toshiro Mifune est bluffant de démence.
yoyo114
yoyo114

55 abonnés 480 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 20 juin 2013
Ca y est, j'ai vu un kurosawa ! Je dois dire que malgré une certaine beauté dans la mise en scène, et un scénario à tiroirs assez fin, je n'ai vraiment pas trouvé ça transcendant. Ce qui gâche vraiment le film, c'est le cabotinage assez épuisant de tous les acteurs, excepté peut-être le mari. Il y a un vrai souffle dans la mise en scène, c'est certain, mais le film reste assez froid. Difficile de rentrer dedans.
Patjob
Patjob

45 abonnés 766 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 10 juillet 2024
Un film qui paraît incroyablement novateur par rapport à l’époque à laquelle il a été tourné (1950). Construit avec quatre flash-backs successifs dans un flash-back général, il fait voir quatre témoignages différents d’une même réalité. Cette idée génère bien sur un intérêt constant, mais au-delà d’une forme de « suspense » lié à la recherche de la vérité, ces quatre témoignages donnent surtout à voir et à réfléchir sur la nature humaine, les préoccupations d’image personnelle de chaque intervenant les conduisant à donner une version des faits qui leur convienne. La porosité entre l’inconscient et le conscient dans la perception de la réalité donne une dimension de plus à la réflexion. Une grande œuvre, originale, lucide et puissante, très belle formellement et profondément désespérée. D’un désespoir tempéré par une superbe dernière scène réunissant émotion, beauté et simplicité. Un chef d’œuvre, pour toutes ces raisons et pour sa place dans l’histoire du cinéma.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 22 mars 2018
Le chef-d’œuvre à découvrir m’a laissé sans voix, le déroulement du scénario s’enchaîne en laissant le doute plané autour de cette enquête menés par trois points de vue différents, l’intrigue se passe dans le Japon médiéval, la résolution du meurtre mystérieux d’un samouraï est palpitante par ses interventions divinatoires propre au folklore japonais, je me suis fait une frayeur devant l’irrationnel. La révélation du dénouement est une surprise à laquelle je ne m’y attendait pas, le retournement de situation devient dur à encaisser pour les protagonistes, ça marque mon esprit, le voile des mensonges incohérents se lève pour reconstitué en puzzle la vérité en face.
Marcelo_Di_Palermo
Marcelo_Di_Palermo

15 abonnés 168 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 14 mai 2020
J'ai quand même du mal à croire ce que je lis ici: les critiques parlent d' "UN CRIME" qui a été commis. Moi j'en ai vu DEUX et je suis stupéfait d'être le seul : 1/ le viol de cette femme 2/ l'assassinat du mari. Ca donne à réfléchir cet aveuglement... Cela mis à part, il faut reconnaitre que le film a vieilli. Son intérêt est essentiellement historique, et en gardant cela en mémoire, je lui pardonne son côté suranné et je reconnais que dans cette catégorie il est remarquable.
StoRmEy
StoRmEy

15 abonnés 64 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 13 avril 2020
Comment le mari est décédé ? Quels sont les motifs ? Quel récit s’approche le plus de la réalité des évènements ? En clair, que s’est il passé bordel ? 70 ans après, on ne sait toujours pas, et c’est un des points forts de cette oeuvre explosive, totalement déroutante et qui ne vous quittera pas un seul instant après la (re)découverte de Rashōmon.

Kurosawa est un artiste dont j’ai entendu parler inlassablement depuis des années et j’ai décidé de m’immerger, à tâtons, dans sa filmographie vantée comme une des plus inspirantes, éclectiques et puissantes jamais formée. C’est un réalisateur très malin, sadique aussi vraisemblablement, mais toujours perfectionniste, qui prend un grand plaisir à perturber le spectateur. Partant d’un fait divers pourtant banal en apparence ( les personnages du début rappellent avec insistance qu’un mort, dans cette période post guerre si chaotique et sanglante des années 40-50, on en voit à foison), le cinéaste déploie une armada de récits, de souvenirs tantôt grotesques, tantôt touchants, tantôt improbables, qui font de ce film une oeuvre totale.

Totale, en premier lieu à l’aide d’un scénario franchement imprévisible, peut être même pour un assidu de Kurosawa, tant il est ardu de démêler le vrai du faux dans cette descente aux enfers vécus par les 4 narrateurs, qui se contredisent sans cesse et n’aident pas du tout à trouver la vérité dans cette affaire d’une confusion absolue.

Totale, également par le biais d’une amplitude inouïe de moyens cinématographiques mis à l’oeuvre pour en faire un film inclassable : un éclairage 300% naturel à la fois écrasant dans la moiteur de la forêt, froid dans les scènes du tribunal, noir et mettant en avant la pluie torrentielle qui enferme les personnages dans le temple ; des acteurs au sommet de leur art, aussi bien possédés par une présence malveillante, habités par la folie, le doute, la vengeance, le désespoir ou l’incompréhension dans cette épopée majestueuse ; enfin, une bande son mystique, inquiétante et enjouée par rares moments, qui n’est pas sans rappeler Ravel ( le Boléro spécifiquement) et ses inspirations orientales, utilisée pour accentuer l’aspect menaçant des séquences qui vous hanteront j’en suis sur.

Totale, finalement par l’abondance remarquable des thèmes abordés, universels et aussi propres au Japon et de la culture qui lui est associée : l’honneur, la trahison, la foi en l’humanité, la futilité de l’existence, l’absence de la justice ( ou son incompétence, on remarquera que les témoignages sont des monologues d’une noirceur épatante et que le juré ne se prononce jamais - si tant est prouvé qu’il existe ici...- tout se déroule dans les énonciations des témoins), la relativité de la vie et de ses épreuves, et tant d’autres notions qui font de ce film de moins d’1h30 ( !! ) une oeuvre fleuve aux qualités innombrables.

Le point le plus marquant de Rashōmon est certainement l’aptitude, le talent monstre avec lequel le réalisateur démontre qu’un fait, au premier abord évident et constaté, peut être approché de différentes manières qui remettent en question les versions énumérées. Il y a le déni, l’aliénation, le rapport homme-femme ancestral ( comportant un des triangles amoureux les plus néfastes et somptueux de l’histoire du cinéma), le tragique du meurtre/suicide et la libération, le remords qui en découle, c’est fabuleux à quel point ce récit s’ouvre à nous pour ne finalement dévoiler que peu de réponses et garder ses secrets depuis autant d’années.

D’une beauté plastique absolument terrifiante, innovant sur tous les points ( je n’ai jamais rien vu de semblable sur plus de 1000 films) et avec une morale aussi pessimiste sur le devenir de l’homme qu’illuminée par une conclusion aux aboutissants incertains, Rashōmon est une réussite magistrale qui ne cesse de résister à l’assaut du temps, preuve ici d’une oeuvre d’art impérissable et pour autant, marquée d’une époque où l’humanité et ses névroses a failli à assurer la paix dans le monde, ce qui, dans les années 50’s, a pu décourager tant d’âmes sur terre, dont les pauvres êtres qui se déchirent dans ce film déchirant, flamboyant et génial.
Parkko
Parkko

194 abonnés 2 020 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 28 février 2011
J'ai bien aimé. Disons que j'aime bien le procédé de narration, je le trouve intéressant et Rashomon a le mérite de proposer quelque chose d'autre. J'aime cette idée de confrontation de points de vues sur un même évènement surtout que l'histoire est plutôt intéressante.
En plus de ça c'est bien filmé, bref je suis vraiment satisfait du premier Kurosawa que je vois. Point négatif par contre, le jeu des acteurs. C'est peut être après que selon la culture on ressent le jeu d'acteur d'une façon différente mais j'ai trouvé ça plutôt surjoué dans Rashomon.
Un bon film tout de même.
Alolfer
Alolfer

186 abonnés 1 821 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 novembre 2023
Du grand Kurosawa ! Rashomon est un film très réussi où une tension règne durant tout le film ! Le jeu d'acteur est incroyable ! Un Grand Kurosawa !
real-disciple
real-disciple

116 abonnés 1 024 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 29 novembre 2012
Un film purement sceptique où la vérité est sans cesse remise en cause par différentes versions. En effet chacun y va de sa version pour cacher quelque chose, que ça soit un sentiment de honte, de culpabilité ou de lâcheté. Le film est assez lent par moment mais Kurosawa aiguise son sens de la mise en scène pour qu'on reste captivé jusqu'à la fin. Le film est un exemple de narration construite et à influencé d'autres grands réalisateurs.
cinono1

371 abonnés 2 303 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 22 avril 2012
La vérité nécessite d'avoir un regard objectif sur les évenements au lieu d'un regard accomodant avec soi-même. Tel semble être la morale du conte de Kurosawa. Les film dit "innovants" pour une époque ne sont pas forcément ceux qui vieillissent le mieux. Magré la mise en scène maitrisé de Kurosawa, le film finit par apparaitre redondant et les personnages se révelent peu attachants. Une démonstration un peu trop froide.
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