J'ai eu du mal à être emballé par ce film tourné par un François Truffaut en début de carrière. L'histoire d'un pianiste de club dansant, rattrapé par son passé alors que des gangsters cherchent son frère. L'intention du réalisateur est visiblement de se jouer des codes du film noir américain, en allant jusqu'à les détourner. Le film alterne surtout la comédie et le drame plutôt que l'enquête. Les deux gangsters bavards sont plus drôles qu'inquiétants. Les personnages semblent prendre à la légère plusieurs situations. L'intrigue policière, au second plan, est très diffuse, et n'intéresse visiblement pas beaucoup le réalisateur. Pas plus que les rares scènes d'action, platement filmées (la gestion de l'espace particulièrement confuse de la fusillade finale, était-ce intentionnel ?). Néanmoins, les touches d'humour fonctionnent. Le film aborde par ailleurs des thèmes pertinents, tel que le passé qui ressurgit toujours. Notamment à travers le protagoniste, qui ne peut s'empêcher de refaire du piano dans sa nouvelle vie. Et puis il y a quelques trouvailles formelles, on sent que c'était le début de la Nouvelle Vague. Le personnage qui fait le contraire de ce que sa voix intérieure lui préconise. Des images éclatées à l'écran. Un montage non chronologique, etc. Je n'ai cependant pas trouvé les personnages très engageants, dont Charles Aznavour, relativement stoïque (ou trop en retenue diront certains).
Film noir qui n'a rien d'incontournable mais agréable à visionner grâce aux très beaux plans et au casting délicieux. Heureusement il est en format court car je n'ai pas été conquise par ce scénario un peu brouillon. Charles Aznavour porte le film, avec sa bouille d'ange et sa douce voix.
Pour son second long-métrage, François Truffaut s’essaye au film noir en s’amusant clairement avec les codes du genre et livrant une œuvre mineure mais non dépourvue de qualité. Le travail de mise en scène est audacieux, travaillé et souvent bien pense. Le récit pourtant court s’étiole malheureusement trop vite et manque de substance bien qu’offrant des dialogues par instants savoureux avec de nombreuses digressions des protagonistes évoquant notamment le thème des femmes et de l’amour.
Second long-métrage de François Truffaut, “Tirez sur le pianiste” vient un an après “Les quatre cents coups”. Assez libre dans le scénario, le film oscille entre drame léger et film parodique de gangsters. C’est aussi un film musical qui offre la part belle au jazz et au piano. Le chanteur et comédien Charles Aznavour incarne un timide pianiste de bar qui entretient une relation avec la serveuse. Dans le même temps, il connaîtra des démêlés avec des gangsters un peu bêtes, qui s’en prennent à son frère. Scénario trop fourni et traité de façon confuse, l’adaptation du roman policier de Goodis est sauvée par l’interprétation de l’acteur et des trois actrices Marie Dubois, Michèle Mercier et Nicole Berger. D'autres critiques sur notre page Facebook : Cinéphiles 44 et notre site cinephiles44.com
Un film plaisant qui vaut surtout par sa mise en scène délicieuse.Truffaut réussit encore une performance cinématographique en imprimant sa patte à un scénario pas très intéressant. Desservi par des personnages insignifiant, le film n'est pas sauvé par le scénario assez insipide également.Maisle tout est donc sauvé par sa liberté de filmage, par ses plans imaginatifs, ses apartés à voix haute ou ses flashbacks parfaitement amenés. Bref,on reconnaît le talent du cinéaste même si le film est loin d'être son meilleur.
Un film mineur, qui comme son personnage principal (auquel Charles Aznavour donne une certaine consistance), est tiraillé entre deux genres, le film noir (de série B) et le drame sentimental, le tout en voulant affirmer un style « nouvelle vague ». Du premier genre, on peut retenir quelques dialogues qui en reflètent bien l’esprit et du second quelques moments sentimentaux qui sonnent juste. Mais le film manque de cohésion et de densité, la mise en scène semble affectée (un comble !) et maladroite, et l’ennui pointe rapidement, d’autant que le scénario est plutôt faiblard.
Truffaut après ses « 400 coups », satire sociale virulente aux apparences anodines ne veut pas se laisser enfermer dans un genre ni dans un style particulier. Il veut démontrer sa liberté créatrice et choisit de détourner un polar. Echec total en France. Succès durant plusieurs années aux USA. Nos amis ricains, bien moins bourrins qu’on ne croit en France, ont parfaitement compris la démarche de Truffaut, consistant à instiller, dans ce qui était sensé être un film noir, des éléments de burlesque, de pure poésie, et des procédés techniques décalés de la norme (superpositions de plans, non synchronisation des dialogues, etc…). Très engagé dans des positions idéologiques à la mode à l’époque, communisme et maoïsme, c’est surtout à Goddard qu’allaient les éloges de la critique française à l’époque. Pourtant, aujourd’hui que l’adhésion des artistes aux idéologies gauchistes est moins indispensable pour avoir la reconnaissance de la critique française, force est de constater que ce cinéma, appelé expérimental par les disciples du politiquement correct, mais appelé « prise de tête et brise burnes » par les partisans du parler franc, a fait fuir le grand public. S’il ne reste plus grand monde aujourd’hui pour aimer les films de Godard, le nombre des aficionados de Truffaut reste important. Et ce n’est que justice ! Car en plus du verbiage gauchiste de l’époque, des marottes stylistiques des lideurs de la Nouvelle Vague, il y avait, chez Truffaut, un souci essentiel de raconter une histoire, d’en respecter l’action, et de la rendre captivante à son public. Cadets soucis chez les autres surfeurs de la Nouvelle Vague à l’époque, plus préoccupé à concocter du « cinéma éprouvette », que du cinéma tout court. A (re)voir ne serait-ce que pour la cultuelle « Avanie et mamelles » de Bobby Lapointe.
C'est un polar assez simple avec un Charles Aznavour, jouant le rôle d'un pianiste, dont le talent d'acteur est plus qu'étonnant. C'est un polar mais Truffaut laisse la place tout de même à la comédie et à son amour éternel pour les femmes. Un film court mais très riche mais c'est noir, très noir. Le noir et blanc renforce la classe de Charlie, le pianiste, la clope au bec et jouant avec un facilité déconcertante ses notes de piano.
D'une certaine façon, "Tirez sur le pianiste" est à Truffaut ce qu' "A bout de souffle" est à Godard, non pas son film fondateur mais le polar revisité et revu sur un mode très personnel, anticonformiste. Du film noir, Truffaut emprunte la trame. où l'on apprend l'histoire de Charlie, pianiste de bar, ancien brillant concertiste, un type un peu terne placé malgré lui au centre d'un règlement de compte entre truands. L'intrigue est somme toute rarement déterminante, d'autant qu'elle n'est pas fondée sur un quelconque suspense de nature policière. Ce sont l'originalité des personnages -au premier rang desquels l'atypique et docile anti-héros joué par Charles Aznavour- et les considérations sensibles de Truffaut dans cette drôle de manière de série noire qui forcent l'intérêt. Si, sur le fond, l'histoire de Charlie est dramatique, les péripéties et les seconds rôles sont souvent du domaine de la parodie volontiers farfelue. Le réalisateur invente des personnages de polar qui sont comme des figures libres, pas nécéssairement réalistes -au contraire- exprimant des sentiments et un humour généralement absents du film policier. On découvre à travers eux l'humanisme de Truffaut et, étendu à sa mise en scène d'apparence primesautière, son rejet des conventions.
Sans crier au chef d'oeuvre, la patte de l'orfèvre qu'est Truffaut se ressent tout au long de ce film, jusque dans son climax! Un hommage au film noir des année 40 et 50! Un charles Aznavour surprenant. Bref un bon film.
Un film qui fleure bon avec le changement ! François Truffaut voulait tromper son monde en prenant le contrepied de son premier succès, « Les 400 coups », et c’est réussi. Si ce n’est pas le plus abouti de Truffaut, ce film dispose tout de même d’un scénario bien ficelé et d’une mise en scène où fusent les expérimentations. Que ce soit dans le jeu des acteurs ou bien les techniques de réalisation, Truffaut tente des choses, et pas toujours avec la plus grande habileté (normal me direz-vous), mais souvent l’effet escompté arrive. Les acteurs sont en forme, la palme revenant inévitablement à Charles Aznavour pour sa prestation très intimiste d’un antihéros discret et réservé. Les dialogues sont quant à eux savoureux pour la plupart, et installent une sorte d’atmosphère de comédie noire car malgré un dénouement que l’on pressent dramatique, le ton reste léger (notamment lorsqu’un des malfaiteurs parle des femmes en général), et cette impression est renforcée par la musique assez guillerette qui se fait entendre pendant ces 80 minutes. Bon film.
Un scénario bancal qui tourne à l’ennui dans le dernier tiers, quand le film de gangsters prend le pas sur les déambulations très Nouvelle vague du héros. Il y a des choses, dans le rythme, le montage, qui ont très mal vieilli. D’autres m’ont paru très modernes et c’est de toute façon visuellement assez beau. Mais c’est surtout pour ses dialogues que je recommande le film. Les quelques brefs passages en monologue intérieur notamment sont d’une précision et d’une beauté totales.
Deuxième long-métrage de Truffaut après les "400 coups", ce "Tirez sur le pianiste" montre déjà un visage très différent de son auteur. Un visage léger, qui rend hommage au polar américain tout en le parodiant. Un film où l'on sent que le réalisateur se fait plaisir, et cherche l'inventivité, visuelle comme narrative. Concernant la mise en scène, le réalisateur joue avec le spectateur en le surprenant dans ses attentes de polar "classique". Il y a pas mal de légèreté et d'humour dans le visuel ; j'aime beaucoup le gag de la mort soudaine de la maman du gangster, très surprenant! Les personnages de gangster sont très originaux dans leur dérision. Au niveau narratif, Truffaut ose un schéma inhabituel : placer un flash back au milieu du film, qui va durer plus ou moins le tiers du long-métrage. Il permet au spectateur de relire différemment le début, tout en étant curieux de ce qui va suivre. Il permet aussi de mettre en parallèle le passé et présent du personnage, qui devient comme condamné à souffrir des femmes qui l'entourent. Truffaut s'amuse déjà avec plusieurs triangles amoureux, sans perdre le spectateur dans son récit. Par contre, la vision de la femme, ou de l'amour, est un peu caricaturale : presque tous les hommes ici considèrent la femme par le seul prisme du désir, et les femmes ne sont pas plus vertueuses. Reste le personnage central, ce pianiste timide et pris malgré lui dans cette intrigue policière. Un antihéros original et attachant, un homme qui préfère jouer le piano quand d'autres se battent devant lui, un personnage auquel Charles Aznavour donne beaucoup d'humanité. Il fonctionne aussi, en partie, en décalage via une voix-off originale qui lui parle en "tu". En fait, le film mélange deux atmosphères à priori contradictoires : l'intrigue policière (avec gangster, meurtre, kidnapping, ect...) et le conte de fée (avec l'amour, l'innocence, le chalet dans la neige). Un mélange inattendu mais qui fonctionne au final assez bien. Bref, ce "tirez sur le pianiste" est un film avec lequel Truffaut se fait et nous fait plaisir, un film léger dans la veine de "Vivement dimanche" qu'il réalisera bien plus tard.