Un film qui vous arrache tout… pour vous recoller avec du papier cadeau.
The Game, c’est David Fincher en mode joueur sadique. Prenez un financier froid comme l’acier, persuadé que tout dans sa vie est verrouillé à triple tour, et balancez-lui un « cadeau » qui va méthodiquement tout lui démolir : son argent, son confort, sa raison, son ego. C’est cruel, c’est jouissif, c’est brillamment orchestré.
Michael Douglas, impeccable en requin blindé d’assurance, traverse ce parcours du combattant sans jamais sombrer dans la caricature. Il est détestable juste ce qu’il faut pour qu’on prenne un plaisir malsain à le voir tomber, et suffisamment humain pour qu’on s’inquiète quand même un peu pour lui au fond du trou.
Fincher, fidèle à lui-même, installe une ambiance glaciale, paranoïaque, étouffante. Chaque coup de téléphone devient une menace, chaque visage un potentiel complice, chaque pièce un piège. On nage en plein cauchemar organisé, où le spectateur, comme le personnage, perd peu à peu tous ses repères.
Alors oui, si on commence à soulever les coins du tapis, l’ensemble n’a aucun sens logistique. Organiser une machination pareille relèverait du miracle — ou du délire complet. Mais ce n’est pas grave : The Game n'est pas là pour être plausible, il est là pour être viscéral.
Et ça marche : la descente aux enfers est terriblement efficace, jusqu’au moment où… il faut bien raccrocher les wagons.
Et là, Fincher fait un choix étrange : la fin.
Une fin « surprise » qui ressemble à un gigantesque goûter d’anniversaire, avec ballons, champagne, et câlins collectifs. Après deux heures d’angoisse poisseuse, on aurait pu espérer une sortie plus amère, plus ambiguë.
Au lieu de ça, tout est pardonné, tout est réconcilié, et Nicholas repart avec un grand sourire et une seconde vie en cadeau bonus.
Compréhensible dans l’intention (le film parle de renaissance, pas de damnation), mais un peu forcé dans l’exécution. Comme si, après t’avoir noyé sous l’angoisse existentielle, on t’offrait un gobelet de grenadine en guise de médaille.
Reste un film viscéral, tendu, brillamment manipulateur, porté par une mise en scène au cordeau et un Michael Douglas parfait.
Un trip cruel et réjouissant, qui manque juste d’une dernière morsure pour être totalement inoubliable.