Le début de la Féline n'est pas vraiment à la hauteur de la réputation du film. La relation amoureuse qui se tisse entre Irena et Oliver est très accélérée : à peine rencontrés, ils se qualifient déjà d'amis, et l'homme décide d'offrir un chaton à la jeune femme dès le deuxième rendez-vous. Cette idylle est donc bien mal construite. En revanche, la jalousie naissante d'Irena, un des points majeurs du scénario, est beaucoup mieux amenée. Elle n'apparaît pas suite à un quiproquo stupide comme il en existe dans toutes les comédies romantiques. Ici, la jeune femme a une bonne raison, à la fois simple et pertinente de se méfier d'Alice, la collègue de son amant. A partir de cette relation conflictuelle, tout le jeu du film va être de déterminer si Irena est bien victime, comme elle le prétend, d'une malédiction qui la transforme en panthère dès qu'elle se laisse envahir par des sentiments forts. Ce postulat permet au scénario d'aborder en filigrane les thèmes de la sexualité féminine et du puritanisme, ce qui rend le personnage principal encore plus énigmatique. Le réalisateur travaille cette ambiguïté en proposant une mise en scène suggestive proprement exemplaire. Lors des scènes de suspens, les personnages sont continuellement menacés par l'invisible. Seuls les bruits venant du hors-champ et les ombres informes s'introduisent dans le champ, pour un résultat parfois glaçant (cf la scène de la piscine). La plupart des scènes dissimulent plusieurs indices pouvant conduire à une explication rationnelle des événements, laissant la libre interprétation au spectateur. Cependant, je trouve que les quelques plans suivant la scène du bus sont trop explicites. Sans confirmer une des deux théories proposées, ils ne laissent que bien peu de place au doute. Cela constitue un défaut majeur, puisque que toute l’ambiguïté de l'histoire est mise à mal. Bilan en demi-teinte donc. D'un côté, Tourneur réussit à transformer les limites techniques en force grâce à une mise en scène astucieuse, tout en proposant une narration qui ne faiblit jamais (sur une heure douze, encore heureux). D'un autre côté, plusieurs éléments regrettables, comme le début peu convainquant, les interprétations pas toujours convaincantes et ces fameux plans, empêchent le film de dépasser le stade de la série B sympathique.