Ce film m'a un peu décu, car l'ensemble ne fait pas vraiment peur et on se doute un peu de ce qui va se passer. En réalité, l'intérêt de ce film est ailleurs, et notamment dans la mise en scène de Jacques Tourneur, qui nous offre un récit extrêmement poétique, et qui fait reposer sont intrigue dans la subjectivité. De ce point de vue là, son film est superbe, puisqu'au lieu de nous imposer une visio, il préfère nous la laisser imaginer, à travers des jeux d'ombre stupéfiants. La féline mérite d'avoir été vu ne serait-ce que pour cela.
Pas de méchants, pas de détectives, pas de gangsters, et pourtant, il s'agit d'un film noir. La plus grande qualité de ce film réside dans son esthétique. Une lumière (et des ombres) qui modèle de manière unique les décors, les visages... Le fantastique s'installe dès le début, avant une brève incursion dans le merveilleux. Edgar A. Poe n'est pas très loin ; en tout cas son esprit. Il n'y a que très peu d'effet visuel. Tourneur cultive l'angoisse et la suggestion plutôt que le spectaculaire. Cependant, certaines pistes (le restaurant serbe par exemple) auraient mérité une plus grande place dans le récit. Car à force de suggérer, il finit par ne plus rien montrer, et le film s'essouffle brièvement avant le fin. Lorsque notre attention se focalise à nouveau sur ce que le voit à l'écran, Tourneur impose THE END. Il éveille la frustration du spectateur, peut-être pour rester en corrélation avec cette idée déjà très présente dans le film (la frustration sexuelle). Ou peut-être pas...
Atmosphère trouble et envoûtante pour ce classique du fantastique qui joue plus sur le mystère que sur les scènes d'horreur. La Féline malgré ses qualités m'a un peu déçu, l'intrigue est parfois languissante ; je m'attendais à autre chose. Mais les amateurs de fantastique se doivent de voir La Féline.