Dès son deuxième film, Jacques Rivette provoque l'opinion publique enfin surtout les institutions religieuses et familles cathos coincées puisqu'il s'attaque ici à l'adaptation de "La Religieuse" de Diderot, lui-même inspiré de la véritable histoire de Marguerite Delamarre, enfin de son procès uniquement.
Effectivement, Marguerite, ici Suzanne qui donne son titre au film, a demandé à un avocat de la sortir de son couvent dans lequel elle avait été admise contre son grée. Là-bas, elle y subit les pires tortures, la mère supérieure tentant alors de la faire passer pour possédée afin de "rationaliser" la haine que Suzanne exprime envers l’institution religieuse et puis aussi accessoirement pour se blanchir de toute la violence morale et physique qu'elle déploie contre elle.
Ensuite, Suzanne parviendra à fuir ce couvent mais pour y entrer dans un autre, beaucoup plus libertaire, voire anarchique lorsque l'on considère l'époque et les mœurs. En effet, malgré un vœu de pauvreté, les sœurs et notamment la mère y affichent une certaine richesse, par exemple à travers des bijoux, des meubles, divers accessoires etc. et ne sont pas bien à cheval non plus sur les heures de prière etc.
Ainsi, le film est littéralement scindé en deux, tout d'abord cette ambiance particulièrement austère où la violence règne en maitre ; c'est d'ailleurs une partie qui rappelle - dans une certaine mesure - la nunsploitation, un genre bis bien particulier, quoique la seconde n'est pas en reste non plus mais pour d'autres raisons... Justement, cette seconde partie, alors que l'on pense que tout est enfin terminé, est presque pire car on sent, notamment à travers la musique, que quelque-chose cloche mais on ne sait pas vraiment quoi. Bien-sûr, je ne le dévoilerai pas ici pour ne pas spoiler mais c'est assez surprenant quoiqu'amené progressivement.
Seul le dernier acte m'a déçu, il semble bâclé alors qu'il aurait presque mérité le même temps d'écran que les deux autres. C'est en effet encore un nouveau chapitre pour Suzanne et pas des moindres ; mais on a l'impression que le film veut soudainement conclure au plus vite. Mais en même temps, ce dernier durant déjà deux heures vingt, je comprends la volonté du réalisateur d'aller à l'essentiel même si cette conclusion laisse alors un sentiment amère.
D'ailleurs, ce sont deux heures que je redoutais mais qui sont passé très vite, notamment car j'adore l'iconographie religieuse, tout en étant fortement athée, et là on est servis et puis car cette histoire est très bien menée, tout d'abord par un scénario qui tient la route même s'il peut paraitre abracadabrantesque et puis par une mise en scène particulièrement soignée dont chaque plan est construit comme un tableau.
Alors, il y a bien-sûr le jeu théâtral et les répliques très littéraires des acteurs, comme si elles étaient tout droit sorties du bouquin de Diderot, mais je trouve que ça fonctionne plutôt bien dans un film comme celui-ci.
Bref, "Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot" pourra être barbant pour certains, ce que j'entends totalement, ou alors une véritable surprise pour d'autres, comme moi-même !