Ed Wood est réputé pour être l’un des plus gros faiseurs de nanars, et même, d’une certaine manière pour avoir inventé le genre. La Fiancée du monstre n’est donc pas forcément un métrage très engageant, du moins, selon la manière dont on envisage le plaisir cinématographique ! Pour ma part, je dois être très honnête, j’ai plutôt trouvé qu’on frôlait le navet par moment. En vrai, le film n’est pas spécialement si drôle que ça. Oui, la séquence avec le poulpe sans son moteur, reprise par Tim Burton dans son film hommage à Ed Wood est vraiment marrante et souvent utilisée en plus, mais hormis cette séquence, le reste du film ressemble à pas mal de séries B d’épouvante de l’époque. C’est fauché, le scénario est minimaliste, les acteurs ont un jeu un peu aléatoire, mais au final, il n’y a rien de spécialement excentrique ou de délirant. L’histoire, comme je disais, est basique, elle fait d’ailleurs appel à des classiques du genre comme Frankenstein. Le rythme est très mauvais, en particulier car le métrage tourne en rond. Les situations sont répétitives, trop bavardes, et le film dure seulement 68 mn, ce qui montre qu’il manque des éléments scénaristiques pour vraiment lui donner de l’épaisseur. Les acteurs sont assez moyens quand même, quoique Bela Lugosi tient encore la forme pour son dernier film en savant fou. Il est épaulé par un Tor Johnson assez grotesque dans son jeu mais qui a un physique imposant idéal pour ce qu’il a à faire. Tony McCoy surjoue un peu, mais de mon point de vue c’est dans le style théâtral de cette époque. J’avoue avoir même eu une plutôt bonne surprise avec Loretta King, qui non seulement à un physique idéal (elle a par ailleurs des formes généreuses) de scream queen, mais qui en plus joue pas si mal. Honnêtement, c’est plutôt un bon point que ce casting qui semble, en plus, s’amuser.
Formellement, en revanche c’est complètement fauché. Les effets spéciaux, rares, sont ratés (la pieuvre c’est pas possible), le montage est complètement bordélique (le début est quasiment incompréhensible), la réalisation est aléatoire, les décors, très peu nombreux, sont toujours les mêmes et sont vraiment minimalistes. Après, pour être franc, sur ce point en particulier ça peut passer, mais le côté théâtral du film est frappant. Le tout est évidemment peu servi par une bande son inexistante.
La Fiancée du monstre n’est pas un bon film, c’est une certitude. C’est un métrage fauché d’une autre époque qui se regarde avec l’impression évidente d’assister à un film étudiant. Bela Lugosi surnage clairement en star élimé tentant de ne pas démériter dans ce come back improbable et éphémère, mais l’ensemble est brinquebalant. Maintenant, j’ai eu du mal à le trouver vraiment marrant. C’est cheap, lent, sans grande surprise, même du point de vue du plaisir nanardesque j’ai trouvé que l’ensemble manqué du fun désuet qu’on aurait pu attendre. En vrai c'est sûrement l'un des meilleurs Ed Wood, et pour cette raison c'est plus un mauvais film qu'un vrai gros nanar intersidéral. 1.5