Cris et chuchotements
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Jean-luc G
Jean-luc G

88 abonnés 895 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 7 février 2020
Voilà un film rouge et sanglant, esthétique et déroutant car Bergman ne nous donne pas toutes les clés de son investigation familiale,. Typique des films psychologiques des années 70, il nous laisse interrogatif et interpellé sur la violence entraperçue des frustrations adolescentes de ce milieu bourgeois enfermé dans un univers clos et empesé. Les sons du titre sont plus importants que les rares dialogues. entrecoupés du tic-tac d'horloges fatidiques. TV vo février 2020
mazou31
mazou31

130 abonnés 1 361 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 6 février 2020
Film impressionnant sur la mort physique et les rites qui l’entourent.Le rouge est partout dans ce film grave et amer. L’atrocité de l’agonie est restituée avec un soin si minutieux qu’on a un peu l’impression de partir un peu aussi ! Et tout du long court le sentment cruel des regrets de la vie.
cinono1

365 abonnés 2 276 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 5 février 2020
L'esthétique du film frappe tout d'abord : Un manoir bourgeois aux pièces et au meubles rouge vif, renvoyant à l'intérieur de l'ame, ou du ventre de la mère. Dans le manoir, trois soeurs, dont l'une ravagé peu à peu par la maladie et une servante. Dans ce lieu fermé, propres aux explications, chacune va faire l'examen de sa vie. Ingmar Bergman s'attache aux deux thèmes principaux de sa filmographie : la mort et les femmes. L'ensemble est austère, le spectateur du 21e siècle aurait surement envie de secouer toute cette ménagerie mais Bergman travaille la psychologie de ses femmes, les ramenant à leurs erreurs et à la condition humaine. Au milieu de toute ces douleurs, Bergman offre parfois des contrepoints et offre de la chaleur tel ce plan magnifique ou la servante couve Agnes, malade, de son sein, ou ces plan sur l'ainée des soeurs si vulnérable dans l'intimité. C'est un film difficile, qui se regarde parfois un peu trop, mais impressionnant par sa maitrise et les symboliques qui la composent.
 Kurosawa

674 abonnés 1 509 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 24 mars 2019
Quand Bergman s'apprête à tourner "Cris et Chuchotements", une partie de la critique le lâche, pointant son manque d'inspiration. Alors, Bergman répond avec un film tranchant, abstrait et cauchemardesque : le décor frappe par la présence marquée du rouge, un rouge agressif et sanglant (cris), tandis que l'on entend le bruit léger et continu des pendules (chuchotements) dans une ouverture tendue où aucune réplique ne se fait entendre. Manière de faire comprendre que si les mots sont habituellement chez le cinéaste empreints d'une cruauté insoutenable, le silence peut également lui substituer une angoisse tout aussi dérangeante. Des mots, il y en a dans "Cris et Chuchotements" mais peu sont décisifs; au contraire, les images ne sont que visions terrassantes, qu'elles soient explicites et symboliques (le plan où la domestique Anna console Agnes sur son sein nu dit la froideur des relations entre les trois sœurs tout comme il annonce une dernière scène déchirante – l'innocence de l'enfance comme seule échappatoire au malheur) ou ambiguës comme ces flashbacks où l'on ne peut statuer sur les images qui défilent : sont-elles réelles ou oniriques ? Ces retours en arrière indécidables vont contaminer l'action présente, comme en attestent les moments de folie succédant à la mort d'Agnes qui accentuent le rapport problématique de Maria et de Karin au corps, rapport se nourrissant de névroses qui restent implicites. En dépassant son austérité par une atmosphère énigmatique et abstraite, "Cris et Chuchotements" prend une place à part dans l'oeuvre de Bergman et demeure l'un de ses films les plus fascinants.
Peter Franckson
Peter Franckson

79 abonnés 1 343 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 20 novembre 2018
Selon le réalisateur, la genèse du film provient d’une image, une pièce rouge avec 4 femmes en blanc, image qui l’a poursuivi longtemps. D’où le synopsis, trois femmes qui attendent la mort de la quatrième. Le film débute par le générique sur fond rouge, avec une mazurka de Frédéric Chopin puis la 5e sarabande pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach. Extérieur jour, brume à l’extérieur et bruit d’horloge. A la fin du XIXe siècle, dans un manoir, en automne, Agnès (Harriet ANDERSON), célibataire, se meurt d’un cancer tandis que ses deux sœurs, mariées, Karin (Ingrid THULIN) et Maria (Liv ULMANN) se relaient à son chevet avec Anna, la servante ( spoiler: qui a perdu sa petite fille
) et la plus dévouée. Des flashbacks montrent l’opposition entre les 2 sœurs, très différentes et qui essayent de se réconcilier. Le film bénéficie d’un bel éclairage d’intérieur mais trop artificiel car on s’éclaire à l’époque à la bougie ! N’est pas Stanley Kubrick qui veut dans « Barry Lyndon » (1975) ! Quelques scènes sortent du lot, spoiler: telles celle où Anna prend dans ses bras et sur sa poitrine, Agnès agonisante, à la façon d’une Piéta
. Quant aux personnages, difficile de s’intéresser à eux : ils sont névrotiques ou insignifiants et seule la servante fait preuve d’humanité. Le thème, déchirement d’une famille, n’est pas nouveau chez Bergman mais la mise en scène qui rend bien l’atmosphère lourde et confinée, est pesante, trop appuyée, de peur que le spectateur ne comprenne pas or « L’art efface l’art ». C’est ce qu’ont mis en pratique d’autres réalisateurs tels Douglas Sirk ou Pedro Almodóvar qui excellent dans le mélodrame ou même Lubitsch, qui a le sens de la légèreté, même sur des sujets graves [cf. « To be or not to be » (1942) sur l’invasion de la Pologne par les nazis]. D’où un film un peu ennuyeux. .
Jrk N
Jrk N

48 abonnés 245 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 2 juillet 2018
Depuis Persona (64), Bergman, la cinquantaine, tourne au tour du couple et de la mort. Le couple qui échoue et blesse, la mort qui frappe dans la solitude.
Avec Persona, Bergman avait atteint un dépouillement extrême : en 70 cette force décapante de Persona l’empêche de d’entrer dans des projets plus ouverts, moins formels et à montrer sa sympathie vis-à-vis des personnages. Il va tenter, et réussir, de briser l’enchantement en poussant à bout ce formalisme de Persona : c’est le projet Cris et Chuchotement (71) qui, avec son immense succès critique, va lui permettre d’ouvrir toute sa dernière période de création foisonnante.
Donc parce qu’il lui permet de rebondir après Persona, Cris et chuchotements est un film réussi pour Bergman.
Pas pour nous.
La marque du cinéma de Bergman est la complexité des personnages sous une apparente simplicité, complexité qui leur permet de nous toucher profondément et de relier les histoires aux grands thèmes qui sont les siens. L’échec de Cris tient au fait que les deux sœurs qui assistent à l’agonie terrible d’Agnes (Harriet Andersson) sont formées tout d’une pièce et ne présente aucune nuance: Maria (Liv Ullman) manœuvrière et séductrice, Karin (Ingrid Thulin) glacée par la haine de soi. Certes Anna, la servante méprisée qui accueille la mourante en son sein, image de la Mère sainte, est merveilleuse. Certes Harriet Andersson joue comme toujours merveilleusement mais nous bouleverse plus encore en mourant de douleur car nous l’avons connue épanouie et sensuelle dans Monika (53) et dans La Nuit des Forains (53).
Mais le photographe génial Nykvist, qui a suivi Berman de 50 à 82) semble ici avoir pris le pouvoir : il a joué pendant des jours sur l’éclairage naturel du château Taxinge pour composer des tableaux parfaits et immobiles. Les sœurs ne semblent prises qu’en gros plan permanent. Les scènes d’enfance sont fugaces, certains incompréhensibles.
L’ensemble du film rend un son inachevé et formaliste qui déçoit aujourd’hui. Le film a plu aux critiques français de l’époque qui, s’attachant sans doute à l’enveloppe, l’ont porté aux nues, voulant également réparer les injustices qu’ils avaient fait subir au cinéaste auparavant, notamment en ne faisant pas l’effort intellectuel d’aimer Persona, mais Cris et chuchotements ne méritait pas cet excès d'honneur et à mon avis n'entre pas dans la liste des plus grands Bergman
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 11 juin 2018
J'ai récemment revu ce film, pour la première fois depuis sa sortie, en 1972. Est-ce moi qui ai changé, ou l'esprit de l'époque ? Toujours est-il que j'ai eu du mal à suivre ce film en entier, et la violence recherchée et assumée (l'agonie d'une des sœurs principalement), me parait aujourd'hui gratuite et insoutenable. Restent la beauté des images, et quelques scènes d'une grande beauté et d'une profonde poésie, comme la dernière du film.
paliotta
paliotta

4 abonnés 19 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 9 décembre 2017
C'est morbide,Bergman fime son obsession de la femme, soit en robe blanche soit dans le cri,le sang et la douleur en tant que femme c'est insupportable.
Appelez un médecin!
Davynch Lid
Davynch Lid

1 abonné 84 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 17 août 2017
Un véritable classique du cinéma, qui je l'avoue, m'avait complètement échappé. Participer à une soirée entre cinéphiles et dire ouvertement que l'on a jamais vu Cris et chuchotements, c'est à coup sûr se prendre en pleine gueule le regard plein de dédain de toute l'assemblée. En même temps, je ne participe jamais à des soirées de merde comme celles-ci, donc j'ai juste regardé ce film pour satisfaire ma curiosité.Réalisé en 1973 par le grand Ingmar Bergman, le pape suédois du cinéma intello, Cris et chuchotements mérite sa réputation de film d'auteur exigent. 1973, c'est aussi la date de sortie du film l'Exorciste! Les puristes me crucifierons bientôt en lisant ces lignes, mais en 1973, on pouvait donc se mater deux grands films d'horreur au cinoche!Cris et chuchotements, c'est selon moi un véritable film d'horreur réalisé par un esthète philosophe. Le lieu déjà : un manoir recouvert de tapisseries rouge sang, un lieu de villégiature que le conte Dracula aurait sans doute bien kiffé. Vient ensuite la présence oppressante de la mort, une présence presque palpable qui imprègne tout le film. On rajoute la dessus la jeune cancéreuse qui n'a de cesse de hurler de douleur pendant les 30 premières minutes et on a déjà un bon film d'horreur made in Ikéa. Ces scènes de douleurs n'ont presque rien à envier aux séquences d'exorcismes de la chtite Regan, c'est pour dire... Bergman les filme en gros plan et étire leur durée afin que le spectateur ressente bien l'horreur de la situation. Spoiler: A la fin du film, livide et allongée dans son plumard, Agnès décède et revient d'entre les morts pour causer à ses sœurs. On termine donc la recette du film de flippe par l'apparition d'une morte vivante! Perso, j'ai trouvé tous les ingrédients d'un bon film de genre à l’intérieur de Cris et chuchotements, que cela vous plaise ou non. Et qui se chargea d'acheter le film pour sa distribution sur le sol américain? Roger Corman himself!Le drame psychologique féminin, marque de fabrique du cinéaste, est ici traitée de manière bien spécifique. On assiste pas réellement à un jeu de massacre entre frangines comme le laisse supposer le pitch, mais plus à une démonstration hallucinée du long processus qui a mené les héroïnes à la folie. Enfermées dans leurs corsets, coincées dans leur château et étouffant sous les bonnes manières de la haute société suédoise de l'époque, les sœurs sont logiquement en mode nervous breakdown. "Ne jamais faire étalage de ses sentiments", voilà ce qu'on a inculqué à ces femmes. Le résultat: Une sœur aînée chaude comme l’antarctique et heureuse comme une petite fille dont le chiot vient de mourir sous ses yeux, et puis une sœur cadette, une manipulatrice au comportement bien chelou.Et l'on ne peut parler de Cris et chuchotements sans aborder le travail dantesque du directeur de la photographie Sven Nykvist. Le film est un régal pour les mirettes! Éclairage naturel, flous ultra maîtrisés, rouge pétant à tous les étages, du Le Caravage en live, bref, la claque totale! A noter quand même que le film est un peu ennuyeux par moment et qu'il fait parfois penser au sketch "Le Doutage" des inconnus, sketch d'ailleurs fortement inspiré par le film de Bergman. Cris et chuchotements n'est pas la bombe ciné à laquelle je m'attendais, mais le film reste impressionnant par sa maîtrise technique et son unicité.
Attigus R. Rosh
Attigus R. Rosh

253 abonnés 2 690 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 28 février 2017
Cris et Chuchotements est un beau film d'Ingmar Bergman.
L'histoire est très belle, déchirantes à en pleurer. L'atmosphère froide de cette région et de cette famille est très bien retranscrite. Certaines scènes sont sublimes.
Les actrices principales (Harriet Andersson, Kari Sylwan, Ingrid Thulin, Liv Ullmann) jouent bien.
Ce n'est pas un film qui se regarde si l'on souhaite se remonter le moral.
J'ai beaucoup aimé. Je n'ai pas forcément vu beaucoup de films du réalisateur suédois, mais à ce jour, celui-ci est mon favori.
Joëlle Roubine
Joëlle Roubine

5 abonnés 30 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 10 janvier 2017
On peut tout réaliser avec les ingrédients du cinéma...
Un film rythmé comme un opéra avec ses bondissements et rebondissements, son inévitablement tragique, son faste mais fragile.
A l'invitation des plans rapprochés, on se laisse pénétrer par l'écran, intrigué par le froissement des étoffes, les tic et tac des pendules comme pour se raccrocher à du vivant dans un espace qui se fait oppressant à mesure que se dévoilent les personnages, un peu comme dans un musée abandonné.
Foin de critique, "Cris et Chuchotements" est bien un cadeau de cinéaste...
cylon86

2 834 abonnés 4 430 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 28 décembre 2016
"Cris et chuchotements" est un film sur lequel plane la mort. Agnès (Harriet Andersson) se meurt d'un cancer. Agonisante, elle est veillée par ses deux sœurs, Maria et Karin mais aussi par Anna, sa femme de chambre. Les trois femmes se relaient au chevet d'Agnès alors que les souvenirs se bousculent et que la mort est inévitable. Comme souvent chez le cinéaste, c'est une affaire de femmes qui se déroule sous nos yeux. Des femmes qui, même si elles ne sont pas mourantes, sont rongées par un mal dévorant leur être. Dans ce manoir aux couleurs rouges (la couleur de l'âme selon Bergman), seule Anna apparaît complètement bienveillante. Suivante fidèle, c'est elle qui apporte le réconfort à Agnès alors que ses sœurs ne savent que faire pour pallier à une souffrance contre laquelle elles ne peuvent rien faire. Agnès se meurt peut-être physiquement mais intérieurement, Karin et Maria ne sont pas belles à voir. Indifférente à son mari, Maria (Liv Ullmann) le trompe avec le médecin du coin qui n'hésite pas à la juger sévèrement et à lui dire la vérité : c'est une femme froide et superficielle. Karin (Ingrid Thulin), de son côté, va jusqu'à se mutiler pour éviter d'avoir des rapports avec son mari.

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Kloden
Kloden

147 abonnés 997 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 octobre 2016
Il est des films austères dont la froideur est engourdissante, au sens où ils paralysent l'émotion et paraissent se guinder dans une distance trop belle pour être perçue par un spectateur avide d'une nourriture spirituelle prosaïque. Des grands films de ce genre, qui visent à l'élévation et à une sorte de révélation supra-humaine, il en existe beaucoup, par exemple chez Kubrick. Cependant, quand le talent de l'auteur est écrasé par l'ambition de ses visées, ce genre de films peut rapidement devenir plat, amorphe et sans substance. Bergman, lui aussi, recherche la froideur, se distanciant toujours de ses personnages pour éviter de se laisser distraire dans son auscultation par une empathie qui réglerait trop vite les questions qu'il aborde. La froideur de Cris et Chuchotements, alors, se fait tout autre, non pas dépourvue d'émotion, mais dépourvue de toute prise sur celle-ci, dépourvue de toute possibilité de diluer la douleur des personnages en la partageant avec eux. Cris et Chuchotements devient alors très vite et sans rémission possible, un film absolument glaçant. Bergman, pourtant, ne s'arrête pas au simple choc que peuvent susciter certaines scènes de par leur prégnance et leur vérité révélée. Il va chercher, dans chaque scène et chaque déchirure qui la porte, non pas ce qui fait de ces sœurs et de leur servante des êtres isolés, incapables de s'atteindre par leurs cris ou par leurs murmures, mais quelque chose d'encore plus lointain, le maillage abscons et impersonnel qui maintient leurs destins enlacés. Ainsi, le suédois renouvelle constamment le vertige de son film, où rien n'est jamais résolu, et où la délivrance ne pourra pas même venir de la mort. Le personnage de Karin, en ce sens, est très révélateur ; prisonnière d'un mariage de convenance où l'ennui et le dégoût dessinent tout horizon, elle semble un temps, de par sa dévotion et son courage face à sa sœur agonisante, accepter la mort et l'aplanissement de son existence. Pourtant, le vernis de sa force apparente se craquelle quand Maria, sa sœur frivole, lui montre de la tendresse. Presque tranquillisée par la mort, Karin, désormais, est terrorisée par la vie. Pour Maria, le problème est inverse ; légère et inconséquente, elle porte en elle une vie égoïste inapte à se confronter à la pesanteur ou la gravité de l'existence, et ne supporte pas l'agonie qui terrasse Agnès. Chacune d'un côté de la mort, les deux sœurs sont terrassées par l'attraction funèbre du versant opposé, par un magnétisme qui refuse de les laisser en repos. Elles parviendront certes à une réconciliation éphémère, où chacune parait pouvoir retrouver un peu en l'autre les clés aux serrures de ses malaises enfouis, mais une scène de rêve les rappelle derechef à l'angoisse, de par la vision d'Agnès, réveillée au beau milieu de sa mort sans repos. C'est dans cette scène culte que bat le cœur de ce chef-d'oeuvre, quand la mort revient hanter Karin et Maria non pas comme une figure austère devant laquelle on peut s'incliner ou dont on peut tenter de se jouer, mais comme une vibration pulsatile, éternelle, profondément enfouie en l'être et impossible à conjurer de quelque manière que ce soit. Les deux places opposées des sœurs dans leur rapport à la mort, par ailleurs, décrivent une autre tragédie existentielle que Bergman sait si bien donner à sentir. Terrifiante, la mort ne plie jamais, soit qu'elle vienne vous cueillir dans votre lit, soit qu'elle impose son image à tous vos moments de bonheur ou à toute l'habileté que vous déployez à exister. Face à elle, aucune attitude ne triomphe, et moins que tout, la tentation de partager son fardeau. La chaleur humaine, dans Cris et Chuchotements, n'est d'aucun secours à des êtres qui lorsqu'ils s'approchent, sentent immédiatement leur différence et se voient de suite rejetés à leur petitesse au beau milieu de isolement. Cet isolement, pourtant, ils l'ont choisi eux-mêmes. La difficulté d'Agnès, enfant, à trouver sa place auprès d'une mère prise comme modèle et comme puits de réponses en témoigne. Dans la course ontologique qui se met en place entre les sœurs et que ces souvenirs douloureux éveillent (Agnès ne cache pas sa jalousie vis à vis de Maria), il peut alors sembler que Karin et Maria ait chacune choisi leur place, s'éloignant l'une de l'autre pour mieux affirmer leur individualité et la plénitude de leur existence. C'est précisément le gouffre creusé de leurs mains dans un élan de puissance qui empêchera par la suite tout contact, au moment où la présence de l'autre comme béquille parait plus nécessaire que jamais. Cris et Chuchotements trouve alors à décrire, l'air de rien, combien l'Être devient dérisoire quand le temps et la conscience finissent par pénétrer avec assez d'acuité la vérité de la vie, derrière laquelle perce, comme son double ou son fonds véritable, une mort que rien ne peut dissoudre. La solitude, qui parait nécessaire dans un cercle familial où l'on s'éloigne les uns des autres par désir de se reconnaître soi-même, l'est tout autant à l'extérieur. On la lit dans la situation d'Anna, servante dévouée et sûre d'elle-même, sans aucun obstacle intérieur à l'expression apaisée de ce qu'elle est, mais barrée par la barrière sociale qui l'objective et nie la plénitude de son être. On la lit, aussi, dans le rapport de Karin et Maria à leurs époux et amants, regroupés sous la même oracle par des scènes de repas où leurs gestes, similaires, paraissent lointains et dédiés à sustenter un être profondément étranger, qui se suffit à lui-même pour vivre sans la nécessaire présence de son épouse. Avec une justesse que je n'ai jamais vu ailleurs, Bergman dit d'ailleurs si bien la barrière du sexe ; les quatre femmes sont recluses entre elles, loin d'hommes cantonnés au souvenir ou à des tentatives aussi douloureuses qu'inabouties. La seule à approcher vraiment l'existence au sens pur du terme, la vie toujours identique à elle-même et accompagnée du désir de se poursuivre est en fin de compte Agnès, qui, déjà condamnée, lutte face à la forme finale de la Mort, qui vient la réclamer pour de bon mais qui, déjà, pose son ombre sur chacun des autres personnages, qu'elle qu'en soit la conscience qu'ils en ont. Et pourtant, car Bergman, je l'ai dit, n'interrompt jamais le vertige de son film, il y a cette scène finale lumineuse, qui se penche sur le bonheur éphémère d'Agnès - confirmant qu'elle seule avait peut-être perçu ce qui doit être sauvé en perdant tout petit à petit - comme sur un phare obsédant. Avec toute la simplicité du monde, le suédois relance le mouvement de la vie en lui donnant un objet de désir, évite le pensum dépressif et surtout, achève superbement son propos ; la Mort n'est qu'une marionnette agitée par la Vie pour s'épargner le mauvais rôle, et continuer, malgré son inaccessibilité, d'être si désirable. Cris et Chuchotements, c'est donc tout ça, et beaucoup plus. Ces quelques lignes, je m'en doute bien, vont encore prendre l'aspect plutôt désagréable d'une analyse définitive. Si je ne sais pas comment contourner cet écueil, c'est sans doute parce que je manque du talent pour le faire, mais aussi en partie parce que c'est impossible. Le film va plus loin, bien sûr, et c'est d'ailleurs ce qui le justifie ; si l'on pouvait retranscrire son essence par de simples mots, le cinéma n'aurait jamais la force nécessaire pour pousser des gens à en disserter aussi longuement que je le fais ici. Ce que je viens de tenter, c'est de dessiner les grandes lignes qui tracent une angoisse et un saisissement qui est au final ineffable. Ce que j'ai cherché à décrire, Bergman l'enlumine et l'enrichit à chaque plan ; par un sourire, un cadre, le bruit du vent dans un feuillage ou peut-être tout ça à la fois. Cris et Chuchotements vit de sa propre vie, malgré la présence essentielle qu'il ménage à la mort. C'est ce qui en fait un chef-d'oeuvre, et confirme que Bergman est de ces enchanteurs dont la langue, lorsqu'elle dit les douleurs, les fait venir à nous pour les exorciser et nous libérer de leur paralysie, ne serait-ce qu'un moment.
weihnachtsmann

1 617 abonnés 5 728 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 juillet 2016
Il règne dans cette ambiance de château hanté une atmosphère de haine et de ressentiment. Est-ce leur jeunesse qu'elles regrettent? Et cette servante, témoin malheureuse de leur douleur, que représente-t-elle? Un huis clos glacial dont on reconnaît qu'il a été un modèle de certains réalisateurs pour cette façon de raconter et de filmer des tableaux au lieu des scènes.
Extremagic
Extremagic

80 abonnés 484 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 janvier 2016
Un Bergman que je n'ai pas trop apprécié. Je suis un peu déçu, surtout de ne pas l'avoir apprécier. C'est du très bon, mais c'était trop froid, trop austère, comme souvent chez le réalisateur. J'étais un peu dépité que le film ne soit pas en noir et blanc et puis finalement voir ce blanc mélangé au rouge c'est assez beau, même si ce n'est pas le traitement photographique que je préfère. Ca m'a pas mal fait pensé au Théorème de Pasolini, ce milieu bourgeois qui va se désagréger de l'intérieur, le tout dans une grande lenteur, une grande austérité mais non dénué d'intensité. Mais bon c'est pas vraiment ce qui me plaît. Il y a tout de même certaines scènes marquantes. Un déconstruction narrative assez intéressante. Disons simplement que ça ne m'a pas plu, mais que c'est du très bon. Je ne sais pas trop quoi dire d'autre sur le film, il pourrait être assez intéressant de l'analyser, il y aurait des choses à dire mais je préfère largement Le Septième Sceau ou le magnifique Persona du réalisateur dont je continuerai à voir ses films en espérant retrouver l'enthousiasme qui m'a animé lorsque je l'ai découvert.
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