Se reposer sur ses acquis n’aura décidément pas souvent été une marque de réussite pour Steven Spielberg, à une exception près, Indiana Jones. En effet, tout inventif qu’il soit, le célèbre cinéaste n’est pas de ceux qui poursuive inlassablement le même chemin. Et s’il le fait, le résultat n’est pas aussi saisissant qu’il ne devrait l’être. La preuve en est avec cette suite au classique qu’aura été et qui l’est encore, Jurassic Park. Fondant ce deuxième périple aux cotés des dinosaures de John Hammond sur une base scénaristique quelque peu friable, la découverte du monde perdu, à proximité du parc sur Isla Nublar, si elle n’est pas inintéressante, ce fait largement, pourtant, en contradiction avec bon nombre de déclarations faites précédemment, en total désaccord avec la politique du parc narrée par son créateur au même professeur Malcolm qui prend ici part aux évènements.
L’on sent dès lors ce besoin d’y donner suite au détriment d’une réelle qualité narrative. Propulsant une nouvelle brochette de bonhommes en tous genres entres les hypothétiques mâchoires des animaux ressuscités, Steven Spielberg en oublie son crédo premier, son intelligence. Non pas que le monde perdu soit complètement con, loin de là, mais en contradiction avec le premier film et d’une simplicité étonnante de la part d’un si grand créateur, ce deuxième volet prend d’avantage des allures de téléfilm évènement que d’une prolongation réfléchie d’une saga s’annonçant comme grandiloquente. Comme trait d’union, l’on repêche le Jeff Goldblum qu’était Ian Malcolm lors de la visite du parc et l’on fait de lui le héros malgré lui d’une aventure bien moins captivante, moins surprenante que la précédente.
L’une des faiblesses majeures de ce deuxième opus est très clairement ses acteurs. Si Jeff Goldblum tente inlassablement de reproduire le caractère éminemment bavard de son personnage initial, agaçant parfois par ses répliques un peu stupides, l’introduction de Vince Vaughn, qui n’est pas franchement là à sa place et surtout d’une très décevante Julianne Moore n’amène que des reproches à formuler à l’encore du Monde perdu. Aussi bavard que Jurassic Park, les théories formulées sont en revanches nettement plus réchauffées, voir stupides pour certaines. L’on notera également un nombre grandissant, au fil de récit, d’invraisemblances, d’incohérences, dans le scénario, ce qui n’est pas là non plus une marque de fabrique de Steven Spielberg. Si l’on comprend l’envie de continuer cette formidable aventure, l’on aurait espérer plus malin que ça son créateur.
Pour le reste, ne crachons pas dans la soupe. Le film s’avère être un solide divertissement, bâti sur de solides bases. Si les dinosaures sont plus nombreux, le travail de création s’oriente d’avantage vers le numérique, au détriment de la créativité des techniciens, roboticiens à l’œuvre sur le premier film. Plus de tout, en somme, mais moins de plaisir à découvrir une suite espérée mais que l’on aurait voulu meilleure. Quelques scènes sortes toutefois du lot, les mésaventures du personnages de Peter Stormare, les hautes herbes, mais cela n’inclus pas la venue du fameux T-Rex dans les rues de San Diego, composant un final haut en couleur mais totalement néfaste à la prestance de ces animaux que l’on nous vend comme si mystérieux. Oui, ce final en mode Godzilla ne vient pas clôturer de la plus belle des manières un film très attendu qui aura dans l’ensemble déçu. Dommage mais sans regret tant l’on aura été finalement divertit, de bons souvenirs en tête. 10/20