Là où l’on attend un érotisme primaire entremêlé de frissons se trouve finalement un élan de tendresse et de créativité aussi bien plastique que narrative. Jane Schoenbrun réussit à rendre hommage au cinéma de son adolescence tout en le remodelant, précisément dans ses points aveugles.
S’il rate sa réflexion wellesienne autour de la vérité et du mensonge, Miike signe en revanche un drame social implacable, dénué d’humour et de violence graphique, qui impose une mise en scène précise, beaucoup moins académique qu’elle n’en a l’air.
Si le chapitrage paraît parfois superflu et certaines transitions un peu programmatiques, "La Vie d’une femme" impressionne par la justesse de ses situations et de ses interprètes.
Ce n’est pas tous les jours qu’un film, d’horreur de surcroît, s’empare d’un sujet aussi passionnant, à la fois existentiel, philosophique et métaphysique, sur la place de nos émotions dans notre construction intime.
Les images d'"Oklahoma Honey" sont belles, cherchent une certaine forme de poésie rurale [...], mais cette naïveté Herta n'existe finalement que comme véhicule d'une vision passéiste [...] d'une Amérique contemporaine qui a véritablement d'autre chats à fouetter.
"L’Inconnue" est en somme profondément iconoclaste : il déconstruit sans cesse les images qu’il produit lui-même, faisant du spectateur un co-créateur qu’il oblige à reconfigurer constamment ce qu’il voit.
Au-delà d’une réflexion profonde sur la mort inexorable d’une culture, farouchement empêtrée dans une forme de radicalité qui ne peut rien contre la marche du monde, restent ces portraits touchants de femmes, puissantes et finalement libres.
Nous sommes tenus en haleine par cette "Affaire turque", qui explore brillamment les magmas de la corruption et les accords diaboliques imposés par les hommes de pouvoir.
C’est à ce rang d’art qu’Araki, et son double Erika, semblent porter la sexualité, où la libido est tantôt créatrice de sens, tantôt animale, imprévisible par nature. La grande force du cinéma d’Araki réside sans aucun doute dans l’audace qui le mène à réaliser ses pulsions artistiques, dans le courage de s’égarer en chemin, de fuir le cadre, de ne pas être parfait.
Au bout du compte, c'est cette réflexion sur une société toujours en transition, à l'impact considérable sur les jeunes générations, qui fait la force de "Sous le ciel de Kyoto". [...] Une société vieillissante que ces jeunes adultes doivent réinventer, dans un délai désormais compté.
Premier long métrage d'une ambition peu commune, "Gorgonà" ne réussit pourtant pas tout. À vouloir retrouver le fonctionnement profond du mythe, Evi Kalogiropoulou prend parfois ses distances avec les ressorts du récit classique. La progression dramatique demeure inégale, certains personnages restent davantage des figures symboliques que des êtres pleinement incarnés, et la beauté plastique des compositions tend parfois à absorber l'émotion.
Il y a dans Gavagai l’acceptation chez Nouro, Maja et Lescot d’être dans une vaste machine à laver en greenwashing des consciences, un monde qui se tait pour plaire, un monde qui accepte d’être le pion utile d’un ordre établi.
En résulte un film humble et très amusant […], parfois inégal dans ses effets comiques ou par l'écriture de ses personnages [...] mais ne cherchant jamais à bomber le torse et à se faire plus musclé qu'il n'est vraiment, aidé en cela par un esprit de camaraderie qui affleure constamment de la part de comédiens-acteurs globalement excellents [...], qui se connaissent par cœur et qui brisent le corsetage de l'institution avec un amusement non feint.
Dommage cependant que la mise en scène résolument téléfilmique du "Héros de Berlin" affadisse terriblement un film pourtant bien écrit et bien interprété. Ce qui aurait pu être une belle œuvre rassembleuse et marquante ne devient alors, par manque de vitalité formelle, qu'un petit film appréciable mais au final assez anecdotique […].
La véritable réussite de "L'Odyssée" est ailleurs. Christopher Nolan ne modernise pas Homère en le simplifiant ni en le recouvrant d'effets contemporains. Il le modernise en retrouvant ce qui, dans son texte, demeure d'une actualité bouleversante : la difficulté de revenir chez soi après la guerre, le poids du souvenir, la persistance de la culpabilité, l'expérience du temps et la lente reconquête d'une existence ordinaire.
Le cinéma de Grisebach demeure profondément européen par son attention concrète aux fractures politiques du continent. Le réalisme presque documentaire de certaines situations finit par produire une impression durable d’étrangeté.