C’est à ce rang d’art qu’Araki, et son double Erika, semblent porter la sexualité, où la libido est tantôt créatrice de sens, tantôt animale, imprévisible par nature. La grande force du cinéma d’Araki réside sans aucun doute dans l’audace qui le mène à réaliser ses pulsions artistiques, dans le courage de s’égarer en chemin, de fuir le cadre, de ne pas être parfait.
Au bout du compte, c'est cette réflexion sur une société toujours en transition, à l'impact considérable sur les jeunes générations, qui fait la force de "Sous le ciel de Kyoto". [...] Une société vieillissante que ces jeunes adultes doivent réinventer, dans un délai désormais compté.
Premier long métrage d'une ambition peu commune, "Gorgonà" ne réussit pourtant pas tout. À vouloir retrouver le fonctionnement profond du mythe, Evi Kalogiropoulou prend parfois ses distances avec les ressorts du récit classique. La progression dramatique demeure inégale, certains personnages restent davantage des figures symboliques que des êtres pleinement incarnés, et la beauté plastique des compositions tend parfois à absorber l'émotion.
Il y a dans Gavagai l’acceptation chez Nouro, Maja et Lescot d’être dans une vaste machine à laver en greenwashing des consciences, un monde qui se tait pour plaire, un monde qui accepte d’être le pion utile d’un ordre établi.
En résulte un film humble et très amusant […], parfois inégal dans ses effets comiques ou par l'écriture de ses personnages [...] mais ne cherchant jamais à bomber le torse et à se faire plus musclé qu'il n'est vraiment, aidé en cela par un esprit de camaraderie qui affleure constamment de la part de comédiens-acteurs globalement excellents [...], qui se connaissent par cœur et qui brisent le corsetage de l'institution avec un amusement non feint.
Dommage cependant que la mise en scène résolument téléfilmique du "Héros de Berlin" affadisse terriblement un film pourtant bien écrit et bien interprété. Ce qui aurait pu être une belle œuvre rassembleuse et marquante ne devient alors, par manque de vitalité formelle, qu'un petit film appréciable mais au final assez anecdotique […].
La véritable réussite de "L'Odyssée" est ailleurs. Christopher Nolan ne modernise pas Homère en le simplifiant ni en le recouvrant d'effets contemporains. Il le modernise en retrouvant ce qui, dans son texte, demeure d'une actualité bouleversante : la difficulté de revenir chez soi après la guerre, le poids du souvenir, la persistance de la culpabilité, l'expérience du temps et la lente reconquête d'une existence ordinaire.
Le cinéma de Grisebach demeure profondément européen par son attention concrète aux fractures politiques du continent. Le réalisme presque documentaire de certaines situations finit par produire une impression durable d’étrangeté.
Faisant preuve d’un véritable sens de la mise en scène du réel, formidablement rythmé et interprété (par des acteurs majoritairement non-professionnels), "Entroncamento" n’évite cependant pas toujours quelques facilités dans son propos, pleurant sur un état de fait désespérant que Pedro Cabaleira observe pourtant avec une fascination quelque peu déplacée.
Le trait, la vague, la volute, deviennent la matière même d’un geste sensible et gracieux, capable d’arracher des larmes sans rien sacrifier à la délicatesse et à la pudeur.
Outre les aventures trépidantes de son protagoniste [...], "André Is An Idiot" brille également par la maîtrise technique de Tony Benna, dont le sens du rythme et la créativité lui permettent d’offrir non seulement la chronique réussie d’une tragédie dont le héros refuse jusqu’au bout de cesser de faire rire, mais également un magnifique film de prévention invitant chacun, selon la volonté d’André Ricciardi (1968-2023) à faire sa coloscopie dès l’âge de 50 ans.
La grande réussite du film réside précisément dans ce déplacement du regard. Le spectateur commence dans une position de distance ironique avant d’être progressivement ramené vers une forme de compassion douloureuse.
Outre sa violence graphique et une outrance quasi-burlesque de tous les instants, la question porte donc sur ce que le spectateur veut voir, et la façon dont la tatane devient une sorte de catharsis, une sorte d'objet transactionnel. Tanigaki ose beaucoup, tout en soulignant l'aspect purement ludique de son œuvre.
Car si le Monde est au bord du gouffre, Spielberg lui ne nous lâche pas, bien au contraire. Avec Disclosure Day, il nous incite à y croire, en nous-même, en notre capacité à aimer l’autre, et que le seul rôle de ces visiteurs, l’unique rôle de leur venue, est simplement de nous le rappeler.
"Saccharine" est une œuvre à la première personne, expérience intime d’une jeune femme qui a tout pour être heureuse mais qui est empêchée par son manque de confiance qui se traduit par ce désir d’être ce que l’on n’est pas. [...] La cinéaste sait prendre son temps quand il faut, filmant très bien l’enfermement psychique que vit l’héroïne [...] Une belle réussite qui confirme le talent de Nathalie Erika James après "Relic" et son préquel de "Rosemary's Baby", "Apartment 7A".
Beau premier film permettant de considérer sous un autre angle le film qui lui sera postérieur mais que nous avions découvert antérieurement (nouvelle occurrence de perte de repères), Bait confirme Mark Jenkin comme un cinéaste à part, faisant de ses Cornouailles un réservoir original de récits troubles et troublants, et un lieu dont la rudesse contient en elle une indubitable force tragique tapie dans l’ombre mais toujours apte à surgir
Roaux laisse ainsi toute sa place au temps, à la chronologie des êtres qui passent puis s’effacent. Leon est illettré, Lena professeure de littérature, mais lorsque sonne le glas, l’importance est ailleurs : aimer et être aimé une dernière fois, une ultime fois.
Comédie (très) mélancolique ou tragédie amusante, chacun tranchera, donc. Mais "La Vénus électrique", petit chef-d'oeuvre à la fois limpide et profond, ne jouant jamais avec facilité sur les cordes sensibles de son spectateur, émeut tout autant pour ce qu'il raconte que pour son cinéaste qui, creusant son sillon depuis maintenant plus de trente ans, ne s'est jamais fourvoyé.