Servi par une écriture des plus maîtrisées – les dialogues et la psychologie des personnages s’avèrent d’une précision exceptionnelle – et une distribution irréprochable, "Embarquement immédiat" doit également sa réussite à l’efficacité de son rythme et de sa narration.
Interrogeant la possibilité de composer avec le handicap quand on doit devenir parent et faire face à d’innombrables enjeux, "Sorda" est un long-métrage immersif et sensoriel qui nous invite à découvrir l’univers et les doutes du personnage dans cette nouvelle existence, sans fétichisme et avec un sincère souci du réel.
Mélange étonnant de crudité non dénuée de tendresse telle qu'on en retrouve des traces chez Alain Guiraudie et d'une forme de dadaïsme serein semblant hériter du cinéma onirique de Jean Cocteau, "Drunken Noodles" dépasse finalement les limites du seul paradigme queer pour atteindre à l'universalité du désordre amoureux […].
Mais là où le film signe à la fois sa réussite et son relatif échec, c’est étrangement par son honnêteté et son intimité (Zuzana Kirchnerová s’inspire de sa propre expérience de mère d’un enfant atteint) qui pousseront le film à ne jamais prendre parti [...].
Si le film n’est pas exempt de défauts, avec une esthétique sophistiquée à outrance, ses gimmicks inévitables à coups de miroirs dans les couloirs sombres et autre violons stridents, il réussit toutefois à marquer.
Pédagogique sans être didactique, "Nous l’orchestre" trouve en la sensibilité et le vivre-ensemble deux angles passionnants pour parler de musique classique à tous les publics.
"Hayat" [...] brille donc par son intelligence, par sa façon de prendre son temps pour caractériser ses personnages (le film dure 2h40) ; tout autant fresque intime réaliste que peinture d’une Turquie contemporaine assoiffée de modernité mais encore quelque peu engoncée dans les habits de l’archaïsme, le long métrage de Demirkubuz fait montre d’une rigueur d’écriture et d’un courage certain qui en font une œuvre à ne pas négliger.
Évoquant à la fois le fantastique inquiet du quotidien jamesien et les jeunes femmes disparues des films noirs, non sans humour, Affection affection s’impose comme un film ludique et joueur, où le mystère affleure sans jamais se fixer ni se livrer complètement à l’image.
Ce divertissement aussi haut de gamme qu'hautement pessimiste, comme on aimerait en voir davantage, a la malice communicative et la stimulation too much en intraveineuse.
De ces mondes qui s’interpénètrent, Muriel D'Ansembourg décide d’en infiltrer un autre sujet sensible, celui du féminisme et ses contradictions dans le milieu pornographique. Mais dans ce qui aurait pu faire naître un big bang explosif, un chaos social, "Truly Naked" en prend plutôt le contrepoint [...] vers la tendresse d’un teen-movie en pleine cure de réhabilitation, un ré-apprentissage du désir et de l’amour des sens.
Grâce à une belle richesse formelle, "Dead Man’s Wire" (son titre original) est bien le film le plus habité du cinéaste depuis le militant et culte "Harvey Milk" [2009].
Crevons l’abcès de l’évidence : la structure des trois Wives comporte de nombreuses similarités avec la structure du fameux Husbands (1971) de Cassavetes, dont il sont non des remakes, ni des reprises, mais surtout des réponses féministes à un film qui malgré de superbes qualités, a un problème fondamental, son sujet même : nous montrer deux heures durant des bourgeois américains se comporter comme des mufles ivrognes avec tout ce qui passe sous leurs yeux, objets comme personnes – et surtout les femmes, bien entendu… Ce qui le rend un véritable supplice à revoir ces jours-ci.
C’est la grande idée de ce troisième opus, d’insérer dans la structure habituelle d’un Wives une petite intrigue de film noir (l’amant cambrioleur de Kaja semble avoir laissé la statue commémorative de Wergeland, grand poète national norvégien, dans sa brocante).
Habituellement éclatante, la dimension charnelle est ici contenue, confirmant le talent de Claire Denis à laisser affleurer les tensions dans la confrontation des corps.
Le documentaire de Brandon Kramer est salutaire, notamment pour les éléments de réponse qu’il apporte et le message de paix (tout sauf béni-oui-oui) qu’il suggère.
Oeuvre non sans délicatesse, faisant cependant des bonnes intentions de ses personnages des pièges pervers dans lesquels ils tombent à leur insu, Pour Klára déstabilise très joliment son spectateur tout en renouvelant de façon originale et de façon éminemment toxique le récit de fragmentation familiale devenu un genre à part entière et contenant donc en lui-même les risques de son académisme. Le film d’Omerzu échappe avec talent à ce piège et s’avère une belle réussite, constamment inattendue.
Par son exploration d’un personnage romanesque et retors, L’Œuvre invisible nous renvoie à nos propres fantasmes, ce qui est profondément cinématographique.