Tourné en 16 mm, qui donne à l’image une fragilité organique, le récit d’ADIEU MONDE CRUEL baigne dans une irréalité où se mêlent le rêve et la mélancolie, que la musique d’Arnaud Toulon accentue. Elle donne à ressentir cette dérive qui se transforme peu à peu en un déplacement du personnage et du regard du spectateur. ADIEU MONDE CRUELest un très beau film, hors du temps et dans la vie, qui s’ouvre dans la nuit noire et nous laisse dans la lumière de l’été.
Joliment suranné, insidieusement bouleversant, au trait délicat, touchant à l’universel lorsqu’il évoque le destin sacrifié des expatriés, la douleur indicible du déracinement et cette xénophobie niant la culture de l’autre. Jamais tire-larmes, toujours émouvant et d’une tonalité impeccablement juste.
Dans un décor de pierres aveuglantes, naturellement et symboliquement labyrinthique, le cinéaste orchestre un combat inégal entre lumières vacillantes et opacités dévorantes, composant dans un scope un clair-obscur anéantissant toute forme d’espoir.
C’est peu dire que ce témoignage choral est passionnant sur le plan historique et politique. Mais il est surtout indispensable pour rappeler que les chambres à gaz ne furent et ne seront jamais un « détail » de notre histoire commune.
Voilà l’exemple parfait du film un peu rêche au visionnage, mais qui vous habite ensuite pendant des semaines, moins du fait du nombre de questions qui demeurent sans réponse que de la confiance viscérale qu’Hariri place dans vos capacités d’abstraction.
Un manifeste sororal, faussement cisgenre et radicalement queer, insolent et abrasif, lancé dans une trajectoire effrénée qui refuse de se laisser interrompre par les drames environnants, mais sans cesse percutée par une inquiétude diffuse et tenace.
Loin de tout manichéisme et de toute psychologie, le film invite alors le spectateur à recomposer le récit de ces deux « enfants » dans des corps trop grands. À les regarder hurler, se retenir ou mentir. À sentir leur corps dire plus fort que les mots, plus fort que tout. À ressentir pourtant, au-delà de tout, leur amour. LA FRAPPE est un immense film.
En cette période de remise en question du traitement des violences faites aux enfants en France, GIRL arrive à point nommé. Sans didactisme, sans distance de film « à message », il ne faut aucune concession, en particulier sur la question de la sororité.
Mungiu cache la réponse derrière une mécanique scénaristique parfaitement huilée - à l’instar de celle d’ANATOMIE D’UNE CHUTE de Justine Triet, autre Palme d’or fondée sur la dialectique coupable/non coupable-, qui n’est autre que le reflet de cette bataille des valeurs où la conviction a plus de poids que la vérité.
Vendu comme un objet pop et sexy, ce qu’il est au premier degré, le film est pourtant travaillé en sous-main par des intuitions plus troubles… et d’autant plus passionnantes.
À l’humour moqueur qu’un tel trio pourrait susciter, Léopold Kraus répond par un sens habile et naturellement contrasté de l’écriture de caractère. Déjouant les évidences et ramifiant avec intelligence son récit, il offre à chacune et chacun de ses trois formidables acteurs un territoire de jeu qu’ils investissent - tout comme leur auteur - avec un souffle de liberté fait d’effronterie et de gourmandise pour le genre. Réjouissante révélation.
Un passage sur grand écran réussi pour cet ambassadeur d’une nouvelle famille de cinéastes venus d’internet qui entendent ramener les ados en salle. Laissons-les faire.
Le film porte un récit depuis des points de vue fragiles, antihéroïques et antispectaculaires, d’une sincérité désarmante. Il pose un regard sur une société américaine effondrée, jetant sur la route et forçant à l’abandon ceux qui en sont rejetés.
Un jeu machiavélique et kaléidoscopique qui tient en haine, se gardant, au final, de fournir une quelconque réponse à nos attentes. Ou quand la frustration devient source de plaisir.