Un film qui reste longtemps en mémoire.
Si LE MONDE À L’ENDROIT révèle comment les victimes mettent en place des stratégies de survie et verrouillent leur souvenir traumatique dans une boîte noire de leur cerveau, il met également en lumière la possibilité pour elles de s’en sortir.
Tourné en 16 mm, qui donne à l’image une fragilité organique, le récit d’ADIEU MONDE CRUEL baigne dans une irréalité où se mêlent le rêve et la mélancolie, que la musique d’Arnaud Toulon accentue. Elle donne à ressentir cette dérive qui se transforme peu à peu en un déplacement du personnage et du regard du spectateur. ADIEU MONDE CRUELest un très beau film, hors du temps et dans la vie, qui s’ouvre dans la nuit noire et nous laisse dans la lumière de l’été.
La cosmogonie se trouve ici enserrée dans une simple crique, se déployant entre Géo (Gê, la Terre), petit bonhomme au bouillonnement tellurique, et une Ève génésiaque chez qui tout semble nouveau, pour finalement se conclure dans un jardin. En restituant le bafouillement de l’enfance, Bruno Dumont procède à un recommencement du monde.
Un film pluriel et vertigineux pour dire les pathologies féminines invoquées par les hommes pour mieux maintenir les femmes sous l’emprise du patriarcat.
Tout dans la mise en scène trouble et malmène. Avec pour finalité de mettre à bas les espoirs incarnés par le mirage en berne du rêve américain et l’image protectrice du père, qui, de stature héroïque, chutera vers celle de victime expiatoire et symbolique.
Entre l’échevelée et bordélique Garance et la sage et méticuleuse Pauline, se joue une bouleversante rencontre des opposées. Sublimée par le jeu tout en synergie fausse-ment dissonante et magnifiquement complémentaire d’Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau. Le décalage de leur langage corporel, de leur tessiture de voix et de la cinétique de leur jeu compose un duo fusionnel et inoubliable. Sous l’œil complice et sororal d’une réali-satrice dont l’inspiration plurielle ne cesse de nous séduire.
C’est dire si LA GRADIVA exprime une angoisse collective plus qu’individuelle. Jamais un film n’avait raconté cette génération avec une telle empathie, une telle compréhension. C’est cette puissance-là qui nous sidère et nous hante, car la cinéaste sait que notre jeunesse doit aujourd’hui se construire sur des ruines ; sur les ruines de ce qu’on lui a laissé.
Joliment suranné, insidieusement bouleversant, au trait délicat, touchant à l’universel lorsqu’il évoque le destin sacrifié des expatriés, la douleur indicible du déracinement et cette xénophobie niant la culture de l’autre. Jamais tire-larmes, toujours émouvant et d’une tonalité impeccablement juste.
Dans un décor de pierres aveuglantes, naturellement et symboliquement labyrinthique, le cinéaste orchestre un combat inégal entre lumières vacillantes et opacités dévorantes, composant dans un scope un clair-obscur anéantissant toute forme d’espoir.
C’est peu dire que ce témoignage choral est passionnant sur le plan historique et politique. Mais il est surtout indispensable pour rappeler que les chambres à gaz ne furent et ne seront jamais un « détail » de notre histoire commune.
Fable rurale d’une infinie délicatesse, LE CORSET devient la quête d’une nouvelle identité, au-delà de la ferme et de ce qui était attendu de lui. Quête de pardon d’un corps traître mais doté de doigts inspirés, capables de faire rugir un orgue d’église. La vie de Christophe se fait périple. Périple d’un passage à l’âge adulte dont seule l’animation pouvait rendre l’intensité, par la splendeur de traits fluides qui laissent l’imaginaire du garçon déborder sur le réel, d’encres qui épurent sans abstraire son ancrage réaliste (avec un travail approfondi sur les voix).
Voilà l’exemple parfait du film un peu rêche au visionnage, mais qui vous habite ensuite pendant des semaines, moins du fait du nombre de questions qui demeurent sans réponse que de la confiance viscérale qu’Hariri place dans vos capacités d’abstraction.
Une puissance émotionnelle ravageuse et hors du commun.
Un manifeste sororal, faussement cisgenre et radicalement queer, insolent et abrasif, lancé dans une trajectoire effrénée qui refuse de se laisser interrompre par les drames environnants, mais sans cesse percutée par une inquiétude diffuse et tenace.
Loin de tout manichéisme et de toute psychologie, le film invite alors le spectateur à recomposer le récit de ces deux « enfants » dans des corps trop grands. À les regarder hurler, se retenir ou mentir. À sentir leur corps dire plus fort que les mots, plus fort que tout. À ressentir pourtant, au-delà de tout, leur amour. LA FRAPPE est un immense film.
Une oeuvre puissamment charnelle, fiévreuse et organique.
En cette période de remise en question du traitement des violences faites aux enfants en France, GIRL arrive à point nommé. Sans didactisme, sans distance de film « à message », il ne faut aucune concession, en particulier sur la question de la sororité.
Mungiu cache la réponse derrière une mécanique scénaristique parfaitement huilée - à l’instar de celle d’ANATOMIE D’UNE CHUTE de Justine Triet, autre Palme d’or fondée sur la dialectique coupable/non coupable-, qui n’est autre que le reflet de cette bataille des valeurs où la conviction a plus de poids que la vérité.
Voilà sans doute la part magique d’un film tourné tout entier vers le futur, dont chaque minute est comme volée à l’angoisse des temps présents.