C’est notre imaginaire et notre psyché qui sont sollicités ici par le biais d’une mise en scène faussement ouatée et évanescente - souvent composée de cadres fixes serrés et de plans-séquences -, qui comme l’écrivait le Divin Marquis de Sade, parvient à nous faire jouir (et trembler) simplement par l’oreille.
C’est notre imaginaire et notre psyché qui sont sollicités ici par le biais d’une mise en scène faussement ouatée et évanescente - souvent composée de cadres fixes serrés et de plans-séquences -, qui comme l’écrivait le Divin Marquis de Sade, parvient à nous faire jouir (et trembler) simplement par l’oreille.
La manière dont le cinéaste les projette dans un quotidien prolétaire et concurrentiel, calquant sur leurs mouvements entravés d’émancipation une mise en scène heurtée et pugnace jouant sur plusieurs diapasons (mélo ascétique, bromance ambiguë et fresque politique…), fait résonner une élégie bouleversante de vérité.
D’un geste qui rappelle par endroits l’acuité politique d’un Rainer Werner Fassbinder, la cinéastes sonde les rapports de classe et leurs puissances de mort, dans un monde où le désir reste encore leur carburant le plus infaillible… et le plus invisible.
Le fantastique surgit également, tel un pantin délicieux, avec une intrigue autour d’un amant en double exemplaire et d’un texte rédigé sur un ordinateur qui semble prédestiner le destin d’Adnan. La mise en scène, au cadre magnifiquement travaillé comme les illustrations d’un livre chimérique et érotique pour adultes, organise de manière subjuguante le ravissement de cette ronde des jouissances communicatives.
CARAVANE est un road-movie en forme d’hymne sensoriel à la différence (…) un film solaire qui nous rappelle que vivre sa différence c’est peut-être s’arrimer à l’essentiel.
MARAMA fonctionne à merveille dans cette dimension allégorique et parvient à transcender son ancrage gothique, par un investissement singulier du genre, qui ne lésine ni sur le gore ni sur les images oniriques venant comme profaner les beaux tableaux statiques attendus.
On y retrouve [ici] cet humour noir et absurde qui n’est pas sans rappeler celui qui faisait la réussite de PRÊTE À TOUT, afin de dénoncer le capitalisme rapace et la minute de gloire warholienne exacerbée à dessein par les médias.
Le film croise les genres sans jamais perdre de vue son humanité et celle de ses personnages, interprétés avec une rare authenticité par des acteurs non-professionnels.
Loin de « ce temple maudit qu’est devenue la Terre », le film invente un monde et esquisse, à travers ses personnages pourtant si fragiles, une possibilité de résilience, et peut-être même d’harmonie.
La cinéaste l’assume : faire appel au cinéma, c’est faire acte de mémoire, quand bien même on y emprunte les chemins détournés du rêve et du souvenir. Le miracle tient à ce qu’elle ouvre cette brèche comme elle ouvrirait la boite de Pandore, le temps d’un interlude qui ressuscite cette génération fauchée, stigmatisée, invisibilisée. Pas de larmes au bout du chemin, non, mais une question lancinante : que reste-t-il de sa quête d’absolu ?
L’inéluctable crescendo dramatique mis en place n’a plus alors qu’à s’élever jusqu’à son point de non-retour, travaillé à l’épure par une immense cinéaste.
Sans jamais chercher à protéger son héroïne ni à la ménager, en s’aventurant à ses côtés dans ce chemin semé d’incessantes questions demeurant pour la plupart sans réponse, en restant dans le registre d’une fiction concrète, [Eva Libertad Garcia] réussit à émouvoir sans verser dans l’apitoiement.
Le film est à la fois doux et abrasif, cautérisant et contaminant, comme le sont souvent les mémoires et les souvenirs enfouis lorsqu'on les fait ressurgir.
Dans le sillage d’ANORA (Sean Baker), et plus récemment d’UNE BATAILLE APRÈS L’AUTRE (Paul Thomas Anderson), le film excelle dans sa peinture du prolo empêché, qui trouve son identité moins dans l’acharnement dont il fait l’objet que dans la guerre qu’il pense pouvoir gagner contre le monde.
Prix Un certain regard du Festival de Cannes 2025, ce premier film contrebalance la rugosité violente de son propos par la douceur sororale et solidaire qui unit les victimes de l’ostracisme ambiant. Et séduit instantanément par sa beauté minérale, solaire et spectrale.