"Now be quiet and let George play."
Avec quelques pincées d'humour noir glissées de manière subtile et une réalisation qui n'hésite pas à laisser planer quelques plans en longueur pour appuyer une ambiance, une pensée intrigante, et, surtout, l'incommensurable talent de Julianne Moore, Mary & George a tout pour plaire, tout en renouvelant le genre de la série historique en déliquescence depuis Les Tudors (Michael Hirst, 2007-2010).
Tout le génie du scénario (et du roman original, signé Benjamin Woolley) est d'avoir profité de la réputation sulfureuse du Roi Jacques Ier (dont l'homosexualité/bisexualité demeure sujette à caution à cause de la censure religieuse passée) pour en faire un fait établi et accepté à la Cour. Remplaçant ainsi les habituelles intrigues hétérosexuelles que l'on s'enfade dans d'autres adaptations historiques par leur pendant masculin, la série suscite une dissonance cognitive propre à éveiller le questionnement en faisant fi des préjugés dont on est empreint parfois, souvent, inconsciemment.
Si Juliane Moore est la seule tête d'affiche (et quelle tête !), le reste de la distribution, porté par une reconstitution remarquable (décors, costumes et maquillages), n'est pas en reste, avec notamment Tony Curran, qui avait déjà interprété un rôle royal, celui d'Etienne Ier dans Les Piliers de la Terre (John Pielmeier, 2010). S'y ajoutent encore un Nicholas Galitzine au jeu qui évolue en même temps que son personnage et une Niamh Algar sorte de caution morale badasse.
La réalisation est, elle, originale, faussement académique, n'hésitant pas à alterner les prises de vues en plongée aux plans larges avec effet oeil de poisson modéré pour plus de relief.
Série initiatique, Mary & George est aussi un chemin émancipateur enserré dans une époque qui ne s'y prête pas malgré les bouleversements sociaux, politiques et religieux qui germent et éclateront une vingtaine d'années plus tard.