Excellente adaptation dont j’espère qu’elle rencontrera un succès massif !
M’enfin, une critique équitable exigerait tout de même un retour sur les qualités et les faiblesses de l’œuvre originale…
Les jeunes lecteurs qui s’étaient passionnés pour La Quête d’Ewilan dans les années 2000 se sont certainement replongés depuis dans la première trilogie de Pierre Bottero avec leurs yeux d’adultes avertis. La tendresse pour l’univers et les personnages résiste bien à cette relecture, mais l’œuvre n’est pas sans quelques défauts que l’on retrouvera au visionnage de cette adaptation brillante.
Certaines faiblesses sont sans doute imputables au genre de la Fantasy jeunesse que Pierre Bottero assumait d’embrasser sans en retrancher le moindre poncif, certes avec talent, mais sans originalité non plus. Aussi le scénario est-il étroitement balisé, à cheval sur les tropes du récit initiatique (Harry Potter, Star Wars et consort) et du RPG médiéval-fantastique où chaque personnage est identifié par un agrégat de caractéristiques liées entre elles par la tradition littéraire et ses prolongements dans la culture populaire. La familiarité de cette grosse machine est rassurante, mais pas spécialement ambitieuse.
Bon, pour faire le tour en vitesse des aspects les moins réussis de l’adaptation, je trouve que l’animation proprement dite n’est pas toujours à la hauteur de la qualité globale de la production. Certains plans peuvent paraître un peu statiques, manquer de dynamisme ou de souplesse. Pas de problème : c’est sans doute une question budgétaire. Gageons que l’accueil critique de cette première saison fera pleuvoir les gros billets sur les suivantes.
Quant au reste, c’est une franche réussite !
Le rythme est bien senti (8 épisodes de 25 minutes pour un tome), les trouvailles visuelles sont inventives et ajustées au propos de l’œuvre (la représentation des spires, en particulier).
Le dessin est assez sobre, loin des outrances numériques des productions télé pour la jeunesse proposées par Netflix & Cie. J’y vois une confluence heureuse entre le style arty-2D des productions étudiantes des écoles d’animation françaises ; des influences nettement Ghibli dans le traitement des dialogues, des silences, le design de certains plans larges qui fait la part belle aux jeux de lumière et aux détails architecturaux ; ainsi que des sources d’inspiration vidéoludiques quand les auteurs se mêlent d’explorer leur univers et de le mettre en musique.
Contrairement à ce que j’ai pu lire par endroit, l’équipe a indéniablement lu et assimilé les romans de Pierre Bottero. Elle y apporte quelques amendements, au pire négligeables, au mieux tout à fait bienvenus.
Il faut soutenir cette initiative rafraichissante dans le paysage de la télé grand public, où l’imaginaire des bambins est pris en tenaille entre, d’un côté, les productions multimilliardaires du mégalithe Disney-Pixar, et de l’autre le défilement quasi infini des scories dopaminergiques en 3D sur les plateformes de streaming américaines.
5 étoiles ! Na.