Cette série a été écrite par Steven Moffat. Bien qu’il n’en soit pas le réalisateur, j’ai clairement reconnu la marque du créateur de SHERLOCK : dialogues cinglants qui fusent, façon de filmer, type de musique (le même David Arnold derrière les partitions)… et surtout une manière d’amener les twists en rejouant la même scène, qui prend des significations différentes !
Dans les deux premiers épisodes, les thèmes de l’emballement médiatique et de la cancel culture sont bien amenés, le personnage de Madeline est ambigu à souhait (essaie-t-elle d’aider Douglas ou le manipule-t-elle ?) et le rythme rapide rend vite le show addictif.
Pourtant, j’étais presque un poil déçue, malgré la drôlesse des dialogues, car je trouvais que les personnages secondaires, ressorts comiques, manquaient de nuance, et j’avais peur que le concept tourne en rond.
Mais il ne faut pas sous-estimer Moffat, et dans le troisième épisode, le scénario renverse la vapeur avec une séquence centrale absolument malaisante, qui joue avec les nerfs.
Pendant trente minutes, l’épisode 3 déroule dans un flash back l’entretien d’embauche de Madeline par Toby, le producteur du show, qui de manière insidieuse, glisse du professionnel au personnel et adopte une attitude de plus en plus inconvenante pour un entretien d’embauche, tout en s’efforçant de maintenir l’illusion de ne pas franchir la ligne rouge par des grands discours sur le féminisme.
La séquence est extrêmement bien conçue, avec des plans de plus en plus rapprochés, qui font ressentir physiquement le malaise et le sentiment de répulsion créée par la proximité déplacée qu’impose Toby (excellent Ben Miles, à l'attitude subtilement équivoque !). Une illustration magistrale de la violence sexiste ordinaire... Quand Douglas arrive, comprend ce qui se passe, mais abandonne lâchement la pauvre Madeline à son triste sort, on comprend que le problème n’est pas tant ce que Douglas a dit ou fait, que ce qu’il n’a pas fait… et on comprend les desseins de Madeline !
Dès lors, le suspense reste entier jusqu’au bout de la série, jouant des différents niveaux d’informations qu’ont les protagonistes et les spectateurs. Les personnages dévoilent leur vrai visage au fur et à mesure de l’évolution de l’intrigue, qui va bien au-delà du problème de l’image publique et du lynchage médiatique.
Les trois acteurs principaux sont très subtils : Hugh Bonneville dans le rôle de Douglas, incarnation du boomer en décalage avec l’époque contemporaine, à la fois touchant par sa maladresse et pathétique par sa veulerie ; Karen Gillan (et son accent écossais plein de caractère !) dans celui de la jeune et jolie journaliste précipitée dans un monde masculin, qui a appris à opposer sa détermination (parfois retorse) face à l’adversité, et Ben Miles, dans celui du producteur, salaud ordinaire « pas raciste, pas sexiste mais... ».
Les quatre épisodes de 40 minutes s’enfilent les uns après les autres sans que l’on trouve le temps long. Et la série s’avère, en fin de compte, malgré quelques traits grossiers comme je l’ai dit, très pertinente vis à vis des sujets de société actuels !