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    Intouchables, raciste ? Fight Club, fasciste ? les grandes batailles de la critique

    "Intouchables", un film "raciste" ? "Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain", "populiste" ? Les Critiques sont-ils des "assassins" ? Petit tour d'horizon des plus grandes querelles autour de la critique de cinéma, de la Nouvelle Vague à aujourd'hui.

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    "(…) comme si les critiques s’étaient donné le mot pour tuer le cinéma français commercial, populaire, grand public." (Patrice Leconte)

    1999. Patrice Leconte envoie une lettre à l’ARP (Société des Auteurs, Réalisateurs et Producteurs), se disant "effaré de l’attitude de la critique". Extrait :

    "Certains papiers, qui ressemblent à autant d’assassinats prémédités, me font froid dans le dos, comme si les critiques s’étaient donné le mot pour tuer le cinéma français commercial, populaire, grand public. Je ne sais pas ce que nous pouvons faire face à cette situation critique (le mot est amusant !). J’ai bien quelques idées, mais je ne sais pas si elles sont bonnes. J’aimerais en parler avec vous d’une manière informelle. Merci de ne pas me laisser seul dans ma colère et ma perplexité."

    Cette lettre ayant été, accidentellement semble-t-il, envoyée à plusieurs rédactions dont celle du quotidien Libération, le réalisateur fut invité à s’expliquer. Il accuse alors directement les critiques de la chute du nombre d’entrées du cinéma français, qui favoriserait par la même occasion la suprématie américaine dans le domaine, tout en proposant que la critique devienne « utile », une sorte de « partenaire » du cinéma français.

    De nombreux réalisateurs et d’autres professionnels acceptent de rencontrer Leconte pour en discuter à l’ARP. Suite à cette entrevue, Bertrand Tavernier, Cédric Klapisch, Claude Miller, Luc Besson, Claude Lelouch, Danièle Thompson, Jean Becker, Robert Guédiguian, Nicolas Philibert, Rithy Panh, Jacques Rozier, Claude Sautet, Bertrand Blier et d’autres noms importants du cinéma français rejoignent la protestation. Un document est alors signé par 80 personnes, demandant entre autres à la Critique de ne jamais publier une critique négative sur un film français avant sa sortie en salles. A l'inverse, d’autres réalisateurs comme Romain Goupil, André Téchiné et Malik Chibane - en plus des critiques eux-mêmes - protestent contre le contenu de cette lettre, qualifiant cette demande de censure.

    La polémique aura duré plus de trois mois, et donné naissance à une trentaine d’articles et de dossiers sur le rôle de la critique, publiés notamment dans les quotidiens entre octobre 1999 et janvier 2000. L'affaire n’a finalement pas eu de suite. Hormis quelques rares journalistes qui ont accepté d’éviter la publication d'une critique négative avant la sortie du film en salles (comme N.T. Binh, de Positif), aucun changement notable dans l’activité critique n’a été constaté.

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