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Hostiles : "Les Français ont Molière et les Américains le western" selon le réalisateur Scott Cooper
Par Propos recueillis par Emmanuel Itier à Los Angeles le 2 mars 2018 — 14 mars 2018 à 12:00
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Quatre ans après la sortie des "Brasiers de la colère", Christian Bale et le réalisateur Scott Cooper font de nouveau équipe, mais dans l'Ouest sauvage et pour les besoins de "Hostiles", western très puissant que nous présente son metteur en scène.

Après le film de gangsters grâce à Strictly Criminal, c'est à un autre genre phare du cinéma américain que Scott Cooper s'attaque avec Hostiles : le western. Et en compagnie de Christian Bale, déjà devant sa caméra pour les besoins des Brasiers de la colère. Centré sur le périple d'un capitaine de cavalerie chargé d'escorter un chef indien mourant sur ses terres, le résultat est l'un des plus forts de ce début d'année, et son réalisateur le présente à notre micro.

AlloCiné : Qu'est-ce qui vous a attiré sur ce projet ? Avez-vous toujours été fan du Far West ?
Scott Cooper : J'ai toujours voulu mettre un western en scène. Robert Duvall, mon mentor, m'a toujours dit que les Anglais ont Shakespeare, les Français Molière et nous, Américains, le western. C'est pourquoi tout réalisateur qui se respecte peut être tenté de s'y frotter, même s'il est difficile de marcher sur les traces de John FordHoward Hawks ou Clint Eastwood. Mais c'est une expérience incroyablement enrichissante : être capable de filmer la majesté de l'Ouest américain, du Nouveau Mexique au Montana, avec des amis proches, et raconter une histoire qui, je l'espère, résonnera avec l'époque actuelle.

En quoi "Hostiles" est-il pertinent aujourd'hui ?
Ce n'est pas un secret : nous vivons dans un monde en proie à une division sur le plan racial et culturel, et celle-ci grandit de jour en jour. Il y a beaucoup de divisions aux États-Unis, la notion de race fait partie de notre Histoire, et le récit d'Hostiles se focalise sur deux personnes qui, au fil de leur périple, apprennent à mieux se connaître l'un l'autre, à accepter l'inconnu. Nous avons un personnage qui fait preuve d'un racisme ancré profondément en lui et qui, au terme de ce voyage spirituel et émotionnel, se met à respecter son rival et met sa vie en jeu pour lui.

Il en vient même, au final, à remettre en question sa place et sa fonction dans le gouvernement des États-Unis. Le film évoque frontalement cette division raciale et culturelle, et parle de la façon dont nous devons nous comprendre, écouter ces voix qui crient pour se faire entendre. C'est l'un des gros problèmes que nous avons ici aujourd'hui.

Christian Bale est le meilleur acteur de sa génération

C'est la deuxième fois que vous dirigez Christian Bale. En quoi était-il parfait pour le rôle du Capitaine Joseph Blocker ?
J'ai tendance à écrire un scénario pour des acteurs précis. J'ai écrit Crazy Heart pour Jeff Bridges, Les Brasiers de la colère pour Christian et Casey Affleck... Christian est l'un de mes amis les plus proches et j'estime qu'il est le meilleur acteur de sa génération. Il incarne ses personnages avec une telle profondeur, sur le plan psychologique, que même s'il est l'un des acteurs les plus connus du monde, il ne trimballe pas son bagage cinématographique avec lui, alors qu'il fait des films depuis trente ans. Il a commencé à l'âge de 12 ans. Mais quand vous le voyez à l'écran, vous croyez complètement à ce que vous voyez.

Vous ne voyez pas Christian Bale en Capitaine Joe Blocker ou en Russell Baze des Brasiers de la colère, mais juste Russell Baze et Joe Blocker. Il incarne tellement bien ses personnages que l'on ne se pose jamais la question. Il est rare de voir un acteur faire cela de façon aussi précise. On se dit parfois qu'il n'est pas possible qu'un acteur puisse faire telle ou telle chose, mais pas avec Christian. Il représente tout ce que je veux voir au cinéma.

Avez-vous été influencé par certains westerns au moment de réaliser celui-ci ?
Oui, il y a des hommages directs à La Prisonnière du désert, lorsque je filme Christian qui approche de la porte de la cabane. Pas comme John Ford dans La Prisonnière du désert, dont le dernier plan montre une porte qui se ferme, comme pour nous faire comprendre que le personnage de John Wayne est toujours raciste et ne peut pas vraiment s'intégrer dans la société. À la fin d'Hostiles, nous voyons que le personnage de Christian a évolué, autant qu'il était possible de le faire en 1892, dans sa façon de voir ses rivaux et ennemis, de comprendre les notions de races et qui l'on est. C'est un homme qui devient obsolète, à l'aube de la révolution industrielle, donc quelle peut être sa place dans ce nouveau monde ? C'est une situation à laquelle nous sommes tous confrontés, à un moment ou à un autre, et moi le premier.

Il y a donc eu La Prisonnière du désert, mais également Les Sept Samouraïs d'Akira Kurosawa ou L'Appât d'Anthony Mann, qui était davantage un western psychologique. Mais je pense qu'Hostiles doit surtout au travail du romancier Joseph Conrad, et notamment "Au coeur des ténèbres" [librement adapté par Francis Ford Coppola dans Apocalypse Now, ndlr], et à celui de Cormac McCarthy, lorsqu'il explore les recoins plus sombres de la psyché humaine.

Ce long métrage a-t-il représenté un défi particulier pour vous ?
Beaucoup, tous les jours. L'altitude à laquelle nous tournions, beaucoup de crotales et de chevaux dans des lieux compliqués où il était aussi difficile d'acheminer les caméras. Et s'attaquer à un genre qui a donné naissance à certains des plus grands films de l'Histoire du cinéma. Je l'avais déjà fait avec le film de gangster grâce à Strictly Criminal, maintenant c'est au tour du western. J'aurais pu emprunter une voie moins difficile mais je recherche des défis.

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