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Dario Argento : les obsessions du maître de l'horreur italien
Par Clément Cusseau (@ClayMancuso) — 29 juin 2018 à 19:00
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Alors que plusieurs de ses films ressortent en salles cette semaine, dont son chef d'oeuvre "Suspiria", retour sur la carrière de Dario Argento, le maître du cinéma d'horreur italien.

L'Oiseau au plumage de cristal (1970)
1. L'Oiseau au plumage de cristal (1970) +
Témoin d'une tentative de meurtre dans une galerie d'art, un journaliste s'improvise détective et recherche l'identité du mystérieux agresseur.
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L'UN DES ARTISANS DU GIALLO

Dario Argento n'est pas l'inventeur du giallo, ce genre d'exploitation italien mêlant policier, horreur et érotisme. Inspirés par les krimis allemands (des thrillers en noir et blanc teintés de surnaturel) mais aussi les polars hitchcockiens, les premiers gialli ("jaune" en italien, en référence à la couverture des romans policiers publiés par les éditions Mondadori) sont réalisés par Mario Bava, avec notamment La Fille qui en savait trop ou Six femmes pour l'assassin.

Leur succès incite d'autres cinéastes à s'essayer à ce nouveau genre; parmi eux Lucio Fulci et Umberto Lenzi, mais aussi un certain Dario Argento, alors tout juste auréolé du succès rencontré par Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone dont il a co-signé le scénario.

Avec L'Oiseau au plumage de cristal, Argento signe le premier opus de sa "trilogie animale" (suivi du Chat à neuf queues et de Quatre mouches de velours gris) qui dès l'époque annonce les caractéristiques thématiques et esthétiques du cinéaste : réalisation stylisée (gros voire très gros plans, caméra à l'épaule, vues subjectives, récurrence des zooms...), esthétisation de la violence et emploie de musiques expérimentales (ses premières bandes originales sont signées Ennio Morricone).

D.R.
Six femmes pour l'assassin de Mario Bava est l'un des films fondateurs du giallo.

Le giallo connait son heure de gloire au cours des années 70, et il n'est pas surprenant que cela soit à cette même époque que la carrière d'Argento atteigne également son point culminant. Avec Les Frissons de l'angoisse (Profondo Rosso), le cinéaste signe un film charnière de sa filmographie, tenant lieu de passerelle entre ses premières oeuvres et la dimension fantastique que va prendre ensuite sa carrière avec notamment Suspiria et Inferno, les deux premiers opus de sa Trilogie des Enfers, mais aussi Phenomena qu'il réalise en 1985.

La carrière de Dario Argento connait pourtant un fort déclin vers la fin des années 90, et c'est sans doute pour se relancer qu'il décide au début des années 2000 de revenir au genre qui avait fait sa gloire quelques décennies plus tôt. Mais ni Le Sang des innocents, ni Card Player ou encore Giallo (dont l'acteur principal Adrien Brody a essayé - en vain - d'empêcher la sortie) ne parviendront à réconcilier le cinéaste avec son public.

UN CINEMA SOUS INFLUENCE(S)

Dans le cinéma d'Argento, les crimes sont le plus souvent montrés à travers des points de vue insolites (le maître-chanteur dans Quatre mouches de velours gris, les insectes dans Phenomena, l'aveugle du Chat à neuf queues...). Faut-il dès lors s'étonner qu'une ses influences majeures soit l'oeuvre du réalisateur Michelangelo Antonioni et plus particulièrement son film Blow Up (préconiseur du giallo), auquel de nombreux hommages ont été rendus dans Les Frissons de l'angoisse ? 

Outre la présence du comédien britannique David Hemmings, on constate en effet que les deux films suivent l'enquête d'un artiste (photographe chez Antonioni, pianiste chez Argento) témoin malgré lui d'un meurtre. Le dénouement des deux films est également très proche, puisque dans Blow Up l'agrandissement d'une photo permet d'identifier l'assassin, alors que dans Les Frissons de l'angoisse, son identité est révélée par un reflet de miroir.

Antonioni n'est pas le seul cinéaste à avoir inspiré Argento puisque son oeuvre doit également beaucoup aux films d'Alfred Hitchcock. Au maître du suspense, il aura ainsi emprunté l'utilisation des MacGuffin (objet ou but prétexte donnant son sens à un récit) , mais aussi une forme d'érotisation de ses scènes macabres, qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler la description cette formule employée par François Truffaut pour résumer l'oeuvre d'Hitchcock ("Il tourne les scènes d’amour comme des scènes de meurtre, (...) et les scènes de meurtre comme des scènes d’amour"). En 2005, Dario Argento rend enfin un hommage appuyé au cinéaste britannique dans le téléfilm Vous aimez Hitchcock ?, qui suit l'enquête menée par une jeune étudiante obsédée par L'Inconnu du Nord-Express.

D.R.
Dans L'Oiseau au plumage de cristal, les scènes de meurtre sont teintées d'érotisme.

Lecteur de romans en tout genre, mais également d'ouvrages plus obscurs, l'imaginaire de Dario Argento s'est ainsi construit au fil de ses lectures; c'est sans doute pourquoi plusieurs de ses films sont des adaptations littéraires (Le Fantôme de l'Opéra, Dracula 3D, Le Chat Noir dans l'anthologie Deux yeux maléfiques) tandis que d'autres s'inspirent d'ouvrages plus obscurs (Suspiria dont le titre est inspiré du livre philosophique Suspiria de Profundis de Thomas De Quincey). 

Baigné dès son plus jeune âge dans les milieux artistiques (son père est producteur de cinéma, sa mère photographe de mode), Dario Argento se passionne également pour le travail des peintres baroques, expressionnistes ou encore maniéristes. Une influence qui se traduit par l'attention portée au cinéaste à la couleur de ses films, mais également à la géométrie de ses angles de vue, avec en point d'orgue bien évidemment Suspiria son opera-rock expérimental où chaque plan a été conçu et pensé comme une oeuvre d'art à part entière.

D.R.
A gauche : une scène des Frissons de l'angoisse / A droite : le tableau Nighthawks d'Edward Hopper

SES MUSES


Dario Argento est un cinéaste qui aime les femmes.

Les héros de ses premiers films (la trilogie Animalière, Cinq jours à Milan) sont pourtant des hommes, mais cette tendance s'inverse à partir des Frissons de l'angoisse. Bien que centré sur l'enquête menée par le pianiste Marc Daly, la journaliste Gianna (Daria Nicolodi), une femme entreprenante et séductrice, prend au fil du récit une place de première importance, complétant ainsi le personnnage maladroit et fragile incarné par David Hemmings.

C'est précisément sa rencontre avec la jeune actrice sur le tournage qui va parachever de basculer la carrière de Dario Argento vers une toute autre direction. Une influence qui se ressent dès son film suivant Suspiria, une oeuvre expérimentale qui marque sa toute première immersion dans le genre fantastique : l'idée du film est d'ailleurs venue de Dario Nicolodi (créditée comme co-scénariste) d'après une histoire que lui racontait sa grand-mère durant son enfance.

Sur la même longueur d'onde à la ville comme à l'écran, Dario et Daria enchaînent les films : Inferno (le deuxième opus de la Trilogie des Enfers), Ténèbres, Phenomena et Opéra...Leur idylle prend pourtant fin en 1985 après dix ans de vie commune. Le cinéaste connait alors une période difficile tant sur le plan créatif que personnel, puisqu'il perd au même moment son père et producteur, Salvatore Argento.

D.R.
Dario Argento dirige sa fille Asia sur le tournage de Mother of Tears.

Dario Argento finit pourtant par trouver une nouvelle muse : sa fille Asia Argento, née de son union avec Dario Nicolodi. Dans les années 90, ils tournent ensemble trois films (Trauma, Le Fantôme de l'Opéra et Le Syndrome de Stendhal) qui permettent au cinéaste de renouer avec le succès. Mais sa renommée permet par incidence Asia Argento à susciter l'intérêt de prestigieux cinéastes internationaux (Gus Van Sant, George Romero, Sofia Coppola...), lui ouvrant les portes des studios hollywoodiens. Comme sa mère quinze auparavant, la comédienne "quitte" le réalisateur pour voler de ses propres ailes (âgée de 25 ans en 2000, elle réalise en outre son premier film Scarlet Diva).

Comme en 1985, la carrière d'Argento est fortement impactée par cette nouvelle séparation, et son retour au giallo au début des années 2000 confirme son déclin artistique. En 2007, il tente un dernier coup avec Mother of Tears, l'ultime volet de sa trilogie des Enfers, qui réunit pour la toute première fois devant sa caméra ses deux muses, Asia Argento et Daria Nicolodi.

Mais l'échec critique et commercial rencontré par le film confirme tristement que son auteur ne dispose désormais plus de l'inspiration géniale qui aura fait son succès pendant plusieurs décennies. Reste que l'influence d'Argento sur le cinéma d'horreur - et le cinéma en général - reste et restera à jamais considérable, en témoigne le nombre de réalisateurs s'étant depuis inspirés de son oeuvre, ainsi qu'il l'avait lui-même fait du travail de ses prédécesseurs.

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