Le dernier film du réalisateur Viktor Taransky n'a pas marché, le nouveau est suspendu, et son contrat avec le studio est résilié. Mais un fan , génie de l'informatique, lui offre un logiciel qui permet de créer un personnage virtuel. Taransky donne naissance à Simone, dont il fait son actrice principale.
Le monde du cinéma est sans pitié. Les exigences de ses stars, producteurs et autres parasites à profit qui n'en ont rien à faire du talent et du travail des artistes. Un film est avant tout un produit commercial. Comme l'époque a changé : les actrices d'avant appartenaient aux studios. Plus de place pour les nostalgiques Business is business. La grande famille du cinéma ne fait pas de cadeaux. Elle est prête à abandonner celui-là même qui était auréolé de succès s'il ne rempli plus les salles aujourd'hui. Même pour pour Viktor Taransky.
Il reçoit Simulation One, un logiciel révolutionnaire. Ce programme permet, à l'aide d'un simple clic de souris, d'animer à l'écran une actrice virtuelle au réalisme confondant, S1m0ne. Des acteurs de synthèse, des vecteurs des suites de chiffres de 1 et de 0 … Viktor voulait juste passer un message aux acteurs qui se croient au dessus des œuvres. S'il savait que 20 ans plus tard sa remise en question deviendrait réalité avec cet art virtuel ou artificiel, c'est à votre choix. L' IA à ce jour pour beaucoup, écrivains, traducteurs, scénaristes, doubleurs, acteurs et actrices est de plus en plus une sérieuse concurrente. Il lui vient alors une idée de génie : utiliser les possibilités offertes par ce logiciel pour terminer son film.
Il l'imagine avec la voix de Jane Fonda jeune, le corps de Sophia Loren, la grâce de la gracieuse Grace Kelly et le visage d'Audrey Heptburn en plus angélique … Un peu moins de Meryl Streep et un peu plus de Lauren Bacall
. Rapidement, la jeune femme séduit les foules et Viktor renoue avec le succès. Une star digitalisée, une dimension autre qui présage la mort du réel. Simone est l'actrice parfaite, pas de caprices, elle ne vieillit pas, fait ses cascades elle-même. Elle a tellement de notoriété que notre cinéaste est dépassé, tout le monde tombe d'admiration devant Simone.
Les effets spéciaux de 2002 sont dérisoires par rapport à ce qui se fait aujourd'hui avec le numérique, alors on va passer sur la mocheté et le grotesque des images virtuelles et plus s'attarder sur la moralité de cette histoire. Taransky est Simone, qui ne fait que se parler à lui même, avec cette infinie possibilité de réalisation de fantasmes narcissiques : il y a de quoi devenir fou.
Simone est intouchable. Elle est impossible de la voir, de lui parler, de la rencontrer, de la photographier, à suivre. Sa gloire débordante, on veut tout savoir sur elle, tout savoir sur quelqu'un qui n'a jamais existé. Jusqu'où notre Frankenstein réalisateur va pousser la supercherie. Il joue avec sa créature ne se rendant pas compte de sa portée et de son influence. Avant Viktor ne vivait que de son travail, là, il il ne vit que pour sa star. Quand il avoue enfin avoir créer Simone, on ne le croit pas. Quand il essaie d'éliminer sa créature, elle encore plus adulée. En voulant tuer Simone c'est lui qu'il assassine, et forcer de comprendre qu'un personnage fictif peut générer autant d'émotions et de sentiments qu'une vraie personne. Ma note est de 3,16 pour un film précurseur ne se doutant pas de la faible avance qu'il avait sur la nouvelle technologie de l'image.
La colère de Bulle de Savon :
La projection de S1m0ne a laissé Bulle de savon dans un état proche de l’éruption volcanique. Cette critique au cœur fleur bleue, capable de pardonner bien des faiblesses à un film pour un regard d’acteur irrésistible ou la grâce d’une actrice magnétique, ne choisit jamais ses séances au hasard : pour elle, le casting est une religion. Avant le scénario, avant la mise en scène, avant même les dialogues, il y a les visages, les corps, les présences humaines. Le cinéma doit vibrer de chair et de regards, pas de pixels.
Alors, devant l’univers glacé imaginé par Andrew Niccol, la colère a éclaté. Bulle de savon fulmine contre ces images virtuelles qui envahissent l’écran et menacent, selon elle, de transformer les acteurs en accessoires inutiles. Elle hurle surtout contre la morale du film : Viktor Taransky n’est jamais véritablement condamné pour avoir fabriqué une actrice inexistante, pour avoir trompé le public, manipulé l’émotion et remplacé l’humain par un fantôme numérique. Non. Ce qu’on lui reproche finalement, c’est d’avoir menti. Comme si la supercherie artistique elle-même n’avait aucune importance. Comme si fabriquer une star artificielle était devenu acceptable du moment que l’opération marketing reste bien emballée.
« Bienvenue dans le monde virtuel », grince-t-elle avec amertume, « ce monde où même la dignité des acteurs ne compte plus. »
Derrière sa colère perce une tristesse presque désabusée. Bulle de savon regarde cette humanité fascinée par ses doubles numériques avec un mélange d’effroi et de fatigue. « Comme si nous n’étions déjà pas assez nombreux sur Terre avec notre lot de tarés… voilà maintenant que chacun peut en inventer d’autres ! »
Dans sa voix, il y a la nostalgie d’un cinéma imparfait mais vivant. Celui où les stars transpiraient, vieillissaient, trébuchaient parfois, bref, existaient réellement.