"La Cité de Dieu" est un petit classique du cinéma brésilien, et un projet qui aura marqué toute une génération. Sorti en 2003 en France, le film est encore cité comme une référence dans la façon d'exprimer la dureté des milieux défavorisés. En effet, prenant place dans une favela du Brésil, le long-métrage est une immersion dans ce monde où la violence et la délinquance règnent. Pourtant, il n'est absolument pas une ode à cela, car à aucun moment il ne va chercher à enjoliver cette vie. Certes, il y a de la violence, et de manière très appuyée par instants, mais elle est toujours amenée de façon cohérente par rapport au récit. Au contraire, le film est donc une dénonciation de cette violence, car il cherche avant tout à expliquer la chute de cette fameuse Cité de Dieu. Débutant son récit dans les années 70, au commencement de la construction de cet endroit et quand la population fut installée ici, le film tient son intelligence de ce point de départ. En effet, l'histoire cherche avant tout à montrer la montée en crescendo des problèmes, et cela, sur l'entièreté du film. Si le début montre surtout de la petite délinquance amenée par une situation précaire, l'appel à plus se fera au fur et à mesure, créant une routine s'installant dans l'esprit et dans la vie de nos personnages. Pour le coup, le long-métrage choisit un procédé plutôt particulier à ce niveau, en multipliant le nombre de protagonistes. Sur le papier, cette idée empêche peut-être de nous attacher ou de bien connaître chacun d'entre eux de façon précise, mais, dans le fond, cette approche permet de renforcer encore davantage le véritable message du film. Pour le coup, en multipliant les personnages, on multiplie également les possibilités qu'amène cette vie. Si certains choisissent d'essayer de partir, d'autres restent et doivent choisir entre le fait de mener cette vie de manière violente ou de s'en tenir écartés. Les parcours sont donc très différents, ce qui permet de dresser un portrait suffisamment complet. L'ensemble est d'ailleurs également porté par un montage très particulier, qui permet sans mal de multiplier les allers-retours bien exploités, afin de correctement nous faire comprendre cet environnement. Forcément, au vu de la multitude de choses à raconter, beaucoup de flashbacks sont incorporés, mais ceux-ci sont particulièrement bien intégrés, de manière dynamique et toujours nécessaire à l'avancement du récit. On n'a donc jamais l'impression de perdre notre temps, et le rythme (même s'il possède quand même deux ou trois longueurs) n'est jamais ralenti par ce choix. Au contraire, il y est dynamisé, permettant surtout de créer un tout vivant et riche. Dans l'ensemble, le film est donc une réussite. Même s'il ne fait pas partie de mes grands classiques personnels, je comprends qu'il ait marqué. Il est extrêmement crédible dans son approche, sans pour autant tomber dans un procédé de documentaire très classique. Il est surtout honnête dans son message, en plus d'être particulièrement dur dans son propos. Et globalement, c'est pour cela qu'il a marqué le public. Pour conclure, un moment vraiment engageant.