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On peut difficilement dire qu'Almodovar fait de mauvais films, ils sont toujours très personnels, originaux et d'une esthétique latine personnelle tout en sachant rester grand public. Mais là, il franchit une étape, celle de se couper du public qu'il avait patiemment conquis en faisant finalement beaucoup de concessions à la norme. Il s'agit en fait du premier film ouvertement axé sur l'homosexualité masculine traité comme un opus sur l'hétérosexualité avec une qualité cinématographique exceptionnelle. Pas d'angélisme, pas de fard, pas d'effet ghetto, tout coule de source comme si ce monde avait toujours existé en dehors de la représentation cinématographique habituelle, incestueuse, pédophile ou folle tordue, comme l'illustre le plus consensuel et caricatural "People". Seul "Philadelphia" avait osé aller aussi loin jusqu'ici. Le scénario est à tiroirs (et il faut saluer la finesse de la bande annonce qui ne correspond pas au "vrai" film pour mieux nous surprendre), on ne s'ennuie pas une seconde puisqu'il y a un suspense bien étudié. La mise en abîme sur le monde du cinéma est (très) bien intégrée. La musique approche le sublime, et n'est, hélas, pas présente dans la scène de la piscine. Les acteurs sont parfaits, même si l'on reste sur sa faim en comparaison avec certains jeux d'acteurs hollywoodiens, ou même de Victoria Abril ou Paredes. Mais il est vrai que le sujet n'est pas la démesure féminine hystérique. Enfin et surtout, certaines scènes sont photographiquement et picturalement superbes. Seul un cinéaste espagnol peut faire cohabiter le rouge et le vert de cette manière. Bref, un film abouti qui reste une oeuvre d'art personnelle tout en acceptant les règles du cinéma de divertissement de manière presque classique. Mais en les détournant pour ménager la qualité d'auteur d'un réalisateur décidément très au dessus du panier. On peut saluer le courage indéniable du réalisateur de se couper momentanément (ou définitivement suivant leur intelligence) d'une certaine frange de son public qui jusqu'ici s'amusait des transsexuels ou des folles. Rien de cela ici, il était temps pour notre société soit-disant moderne et tolérante. Attention : Certaines scènes sont crues (mais pas de détails porno comme chez Gallo) et nécessitent un avertissement autant pour les enfants que pour les hétérosexuels.
Ajoutée le 05 févr. à 12h35 Signaler un abus
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