"Paramount ne veut pas de moi" : Bruce Willis a été un soutien indéfectible pour ce réalisateur français
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

Balayant sa carrière avec franchise dans le dernier numéro du magazine Les Années Laser, le réalisateur Florent Emilio-Siri évoque avec bonheur sa collaboration avec Bruce Willis. Mais aussi un énorme film dont il a été écarté sans ménagement...

C'est en 1998 que Florent Emilio-Siri fait son entrée dans la cours des cinéastes, en signant un premier long remarqué, Une minute de silence. Cette histoire d'amitié entre un mineur polonais (Benoît Magimel) et son collègue italien (Bruno Putzulu) est primée aux Festivals de Namur et de Belfort et vaut le Prix Cyril Collard à son auteur.

Du drame au biopic musical en passant par le film d'action, le cinéaste brasse large. Dans le dernier numéro du magazine Les Années Laser du mois de décembre, il revient sur les hauts et les bas de sa carrière, avec une grande franchise.

L'occasion pour lui d'évoquer sa collaboration avec Bruce Willis, qui l'a contacté après avoir découvert son formidable Nid de guêpes, sorti chez nous en 2002, et qui n'avait attiré qu'un peu plus de 360.000 spectateurs.

"Hello Florent, c'est Bruce Willis !"

"S'il n'a pas très bien marché dans les salles françaises, il plaît en revanche énormément à l'American Film Market. Des agents m'approchent pour me représenter aux Etats-Unis, l'un d'eux le fait circuler chez la plupart les studios, puis je reçois un jour sur mon répondeur un message que j'ai soigneusement conservé : "Hello Florent, c'est Bruce Willis, j'ai adoré Nid de guêpes, et si vous venez à Los Angeles, j'aimerai beaucoup qu'on se rencontre. J'y suis donc allé" raconte le cinéaste.

Là, les propositions affluent pour le frenchy, qu'il retoque pourtant. "On me contacte pour Fast & Furious et pour xXx, mais je n'accroche pas. Michael Douglas me propose The Sentinel, mais il s'avère que la Major ne veux pas me confier un film à 50 millions de dollars. Je décline l'offre de John Woo pour diriger un remake du Cercle rouge, parce que c'est un chef-d'oeuvre intouchable. Finalement, je vois Bruce Willis, qui me promet de me rappeler s'il a quelque chose pour moi".

"Paramount ne veut pas de moi"

L'acteur tient sa promesse une fois le réalisateur rentré à Paris, et lui propose le script du thriller Otage, après la défection du réalisateur initialement pressenti, Paul McGuigan.

"Le problème, c'est que je trouve le scénario très mauvais. Je m'en ouvre à lui, je retourne à Los Angeles, on retravaille ensemble entièrement le script. Il use de tout son pouvoir pour l'emmener chez un autre studio parce que Paramount ne veut pas de moi à la mise en scène. [...] J'ai eu carte blanche pour le tourner, à l'exception de quelques plans jugés trop "émotionnels" que j'ai retirés à l'issue des projections tests.

D'autres jeunes réalisateurs français auraient peut-être été intimidés par la stature de Bruce Willis, mais moi, ce qui m'impressionne, ce ne sont pas les superstars, mais ceux qui travaillent huit heures au fond de leur mine de charbon". Un bel hommage soulignant l'implication de Willis, qui est aussi le producteur du film.

Dommage Collateral

Et Florent Emilio-Siri de livrer dans la foulée cette anecdote assez sidérante qu'on a, à notre connaissance, encore jamais lue : c'est lui qui devait initialement réaliser Collateral !

"On ne me proposait que des blockbusters d'action très peu excitants" dit-il, durant ses deux années passées aux Etats-Unis à cette époque. "A l'exception de Collateral, que Michael Mann et Tom Cruise ont décidé de faire ensemble le jour-même de la réunion où on aurait dû me le confier". Si le film est effectivement un sommet pour Michael Mann et un des plus grands rôles de Cruise, on a quand même un peu mal pour Florent Emilio-Siri. Hollywood est décidément impitoyable.

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