56 ans après, la fin de ce western adoré par Tarantino est toujours aussi terrible
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

Western mélancolique et crépusculaire d'une noirceur inégalée, "Le Grand Silence" a notamment marqué les esprits grâce à son dénouement d'une violence inouïe. 56 ans plus tard, cette fin est toujours aussi marquante. Attention spoilers !

Le Grand Silence est sorti dans nos contrées françaises le 27 janvier 1969, attirant 570 000 spectateurs, un joli score s'il en est pour un western italien sombre et crépusculaire. Porté par un Jean-Louis Trintignant mutique et charismatique, le film signé Sergio Corbucci a énormément marqué en raison de son dénouement résolument nihiliste et d'une noirceur absolue.

L'histoire se déroule en 1898 aux Etats-Unis, dans la province de l'Utah. Le froid extrême de cet hiver là pousse hors-la-loi, bûcherons et paysans affamés à descendre des forêts et à piller les villages. Les chasseurs de prime abusent de cette situation. Le plus cruel se nomme Tigrero. Mais un homme muet, surnommé "Silence", s'oppose bientôt à eux...

Le Grand Silence
Le Grand Silence
Sortie : 27 janvier 1969 | 1h 46min
De Sergio Corbucci
Avec Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff
Spectateurs
4,0
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Ce dernier a été engagé par Pauline (Vonetta McGee), dont le mari a été brutalement assassiné par le tristement célèbre Tigrero. Le truand sadique est incarné par un Klaus Kinski terrifiant, dont le regard d'acier glacerait le sang des plus braves d'entre nous !

Du sang dans la neige

Pour se démarquer de ses confrères, Sergio Corbucci choisit de prendre le spectateur à contre-pied. Loin des grands espaces filmés par John Ford ou Sergio Leone, il pose sa caméra dans des décors montagneux et enneigés.

Quentin Tarantino s'en inspirera énormément pour son western Les 8 Salopards ; ce dernier se déroule aussi en froide saison, les paysages couverts d'un manteau blanc inquiétant, le tout rythmé par la partition parfaite d'Ennio Morricone, comme dans Le Grand Silence.

Cependant, dans cette oeuvre considérée comme le sommet de la carrière de Sergio Corbucci, il n'y a pas que les décors qui se démarquent des westerns classiques. Le cinéaste a réussi l'exploit d'imposer une fin d'une noirceur abyssale, nihiliste au possible et d'une radicalité hallucinante.

Ce dénouement est sûrement l'un des plus choquants de tous les temps et laisse absolument sans voix lors de la première vision. Le héros, Silence, se retrouve face à son pire ennemi et grand méchant du film, Tigrero. Ennio Morricone appuie ce moment fatidique avec sa musique lancinante et mélancolique, sublimant les gros plans sur les visages fermés des deux hommes.

Jean-Louis Trintignant Les Acacias
Jean-Louis Trintignant

Un nihilisme absolu

Atrocement blessé aux mains, Silence est incapable de dégainer son revolver, et son adversaire le sait. Dans un geste d'une lâcheté absolue, il n'hésite pas à lui tirer dessus, l'achevant d'une balle dans la tête. Le héros s'effondre sur la neige, laissant le spectateur, médusé, sur le carreau.

La mort de Silence :

Pauline tente ensuite de s'emparer du pistolet de Silence pour le venger mais Tigrero ne lui laisse pas une seule chance et la tue elle aussi. Il s'en prend ensuite aux paysans pilleurs pris en otage dans le saloon, les massacrant tous sans aucune pitié.

Après avoir assisté à la mort du héros, le spectateur se fait achever en voyant le criminel terminer le travail dans un déchaînement de violence sidérant. Non seulement le méchant gagne à la fin, mais sa victoire est totale et sans appel, ne laissant aucun espoir.

Klaus Kinski Les Acacias
Klaus Kinski

Ce dénouement, plombant à souhait, n'a pas du tout plu au producteur Darryl F. Zanuck. Jugeant la fin beaucoup trop pessimiste, il demandera à Sergio Corbucci d'en tourner une nouvelle. Le metteur en scène, n'ayant pas l'intention de voir son film ainsi charcuté, accèdera à la demande de Zanuck, mais à sa façon.

La fin alternative :

En effet, il tournera une fin alternative tellement délirante et exagérée, qu'elle s'est révélée inexploitable. On y voit notamment Silence arborer un gantelet de fer façon chevalier du Moyen Âge, détail absolument ridicule dans un western de cet acabit. Corbucci a ainsi pu imposer le final qu'il avait toujours souhaité. Vous pouvez voir la scène dans la vidéo ci-dessus.

Si vous souhaitez (re)voir ce grand classique méconnu qu'est Le Grand Silence, le film est disponible en DVD et Blu-ray.

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