Ça parle de quoi ?
Un voleur s'introduit dans une voiture de luxe et se retrouve piégé à l'intérieur. Il découvre que son énigmatique propriétaire en a le contrôle total et qu’il va exercer sur lui une vengeance diabolique.
Car game
Il ne fait pas bon être dans les parages quand Bill Skarsgard est là. S'il n'est pas lui-même la créature terrifiante (Ça, Nosferatu), le justicier vengeur revenu des enfers (The Crow) ou celui qui veut en découdre avec Keanu Reeves devant le Sacré Cœur (John Wick 4), il est la victime de l'histoire. Dans Barbare de Zach Cregger, qui joue très clairement sur ses rôles les plus connus pour nous surprendre, et ce Piégé.
Réalisé par David Yarovesky (Brightburn et son Superman maléfique), le long métrage rappelle ces thrillers conceptuels des années 90-2000, type Speed, Cellular ou encore Phone Game, auquel on pense le plus. Devant ses premières minutes très clippées, qui nous présentent le personnage principal, sa situation et l'état de précarité qui frappe bon nombre d'habitants de sa ville, puis dans le reste du récit, quasi-exclusivement situé dans cette voiture de luxe qu'il a tenté de voler avant de se retrouver enfermé dedans, dans le rôle de la souris avec laquelle joue ce chat dont il n'entend que la voix.
Ce dernier est incarné par Anthony Hopkins, mais pas celui de The Father ou Une vie, non. L'acteur renoue avec les personnages inquiétants de La Faille, Prémonitions ou, bien sûr, Le Silence des Agneaux. Il ne parle jamais de déguster le foie de son interlocuteur, mais il nous rappelle combien son timbre de voix peut être source d'angoisse et faire monter d'un cran une tension déjà bien présente, et qui doit beaucoup à cette sensation d'enfermement qui traverse l'écran.
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Comme dans Don't Breathe de Fede Alvarez, le personnage principal, malgré son méfait, devient petit à petit le gentil de l'histoire, au contact de son tortionnaire qui se présente dans le bras armé d'une justice beaucoup trop lente ou gentille à son goût. Prenant soin d'inscrire son film dans le contexte de crise actuel, pour expliquer le geste initial d'Eddie, Piégé n'est pas non plus un pamphlet, car son cœur reste son concept, tenu de bout en bout avec des réactions qui ne paraissent jamais illogiques.
Si l'on pouvait craindre qu'un long métrage se déroulant presqu'intégralement dans une voiture ne nuise à la mise en scène (et donc à la tension), contrainte par un espace aussi exigu, il n'en est rien. Grâce à quelques plans de l'extérieur de l'habitacle qui offrent une respiration bienvenue, la variété des idées machiavéliques de William ou une évolution du récit que nous tairons ici. Donc le concept fonctionne, et l'immersion a été particulièrement réussie pour Bill Skarsgard.
Le voyage peut ainsi être assez torturant lorsque vous jouez un personnage qui est torturé d'un bout à l'autre
"C'était une expérience très solitaire pour moi en termes de jeu, car il n'y a qu'une caméra et moi pendant une bonne partie du film, quand je suis coincé dans cette foutue voiture", dit-il à Entertainement Weekly à propos de ce "voyage assez mouvementé". "Les autres membres du casting m'ont vraiment manqué car beaucoup de ce que j'aime dans le jeu, c'est le fait de danser avec un partenaire. Il y a un peu de cela sur la fin avec sir Anthony Hopkins, et c'était une expérience incroyablement cool."
"Mais c'était étrange d'être seul aussi longtemps. Tu te dis 'Ok, où est-ce que je dois regarder ? La caméra est là, et je ne regarde pas une personne.' Tous les dialogues d'Anthony passent par la voiture. Mais il y a des choses très intenses qui se passent tout au long du film, et vous devez les jouer. Ce n'est pas toujours facile. Le voyage peut ainsi être assez torturant lorsque vous jouez un personnage qui est torturé d'un bout à l'autre."
Que Bill Skarsgard soit rassuré : le spectateur ressent une partie de sa douleur. Mais c'est aussi de là que viennent l'efficacité de Piégé et le plaisir que l'on éprouve devant. Surtout si on le voit dans l'obscurité d'une salle de cinéma.