Les Dents de la mer de Steven Spielberg, fête cette année les 50 ans de son succès phénoménal au box-office, qui a fait revoir à tous les studios leur stratégie de sorties en salles durant l'été. Porté par Roy Scheider, Richard Dreyfuss et Robert Shaw, "Jaws" (en VO) a marqué des générations entières de spectateurs, qui repensent souvent au film pendant leurs vacances. Et un grand réalisateur, lui non plus, n'a jamais oublié ce film.
"Une mise en scène de haute volée"
Universal
C'est à 12 ans qu'un autre Steven, Soderbergh (Traffic), a découvert pour la première fois Les Dents de la mer. Pour Deadline, il est revenu sur ce qui en faisait selon ses yeux d'expert (il voit un film par jour depuis sa plus tendre enfance) un classique de l'histoire du cinéma :
"[Le film est] une incroyable combinaison d'un super concept et d'une mise en scène de haute volée. Mais ce qui le différencie vraiment de la plupart des films antérieurs comme postérieurs est son travail sur les personnages."
"Il y a une claire compréhension de la part de Spielberg de ce que Stanley Kubrick appelait les unités narratives non submersibles. Lorsque vous regardez la construction narrative du film, ce que chaque scène accomplit, c'est un modèle de storytelling cinématographique, combiné à ce qui, à l'époque, était une excitation et une attente sans précédents. Puis nos attentes sont dépassées, ce qui en fait un classique instantané, ce que personne n'avait anticipé."
"Aucun réalisateur sur la planète n'aurait pu survivre à ce tournage"
Backgrid USA / Bestimage
Soderbergh revient ensuite sur les difficultés éprouvées par Spielberg et l'équipe sur le tournage, qui étaient connues avant même la sortie du film, et que nous avons détaillé ici, avant de poursuivre plus largement sur le fait que Jaws n'a été un succès que grâce au talent de Spielberg :
"Regardez les nommés [à l'Oscar] du Meilleur film cette année-là : Barry Lyndon, Un après-midi de chien, Les Dents de la mer, Nashville et Vol au-dessus d'un nid de coucou. Tous sont formidables (...), mais à part pour Les Dents de la mer, d'autres réalisateurs auraient pu faire d'autres versions de ces films. Ils n'auraient peut-être pas été aussi bons ou uniques, mais ils auraient pu être faits par d'autres metteurs en scène. Or aucun réalisateur sur la planète n'aurait pu survivre [à ce tournage] et faire Les Dents de la mer."
Plus largement, sur le talent de Spielberg, Soderbergh ne tarit pas d'éloges :
"Si n'importe quel autre cinéaste avait fait l'un des films [de Spielberg], ce serait le meilleur film de sa carrière. Mais Spielberg en a tant réussi qu'on prend [son talent] pour acquis. À ma connaissance, aucun réalisateur n'est en mesure de comprendre ce qu'il a fait sur Ready Player One. Vous réunissez n'importe quel groupe de réalisateurs et ils se disent : "Je ne comprends même pas comment c'est possible, ce qu'il a fait dans ce film." Et ce n'est que l'un des deux films qu'il a réalisés consécutivement [avec Pentagon Papers]. N'importe qui d'autre après cela aurait été alité pendant trois ans."