La galaxie parfois tragique du cinéma est hélas constellée d'oeuvres n'ayant pas, ou si peu, rencontré leurs publics. Et largement retombées dans un anonymat complet. Ce constat est encore plus triste lorsqu'il s'agit d'oeuvre qui ont joué un rôle pionnier dans l'histoire des techniques. En l'occurrence ici, dans le domaine des effets visuels. Dans cette perspective, le film d'animation Rock & Rule, une production canadienne sortie en 1983, est le parfait prototype.
Un ovni au style visuel absolument improbable et psychédélique; sorte de croisement entre le Fritz the Cat de Ralph Bakshi qui aurait rencontré Heavy Metal, réalisé par un certain Clive A. Smith, qui a essentiellement travaillé sur des séries animées dans les années 80 et 90,. Comme celle consacrée aux Ewoks de Star Wars en 1985-1986 le temps de 26 épisodes, ou Les Aventures de Tintin en 1991-1992, sur près de 40 épisodes.
Des animaux mutants qui chantent dans un New York post-apo
Rock & Rule ? C'est l'histoire d'Angel, membre d'un groupe de punk rock dans un futur apocalyptique. Un jour, elle est kidnappée par un dénommé Mok, un rocker légendaire. Obsédé par une sombre expérience, Mok prévoit d'utiliser la voix d'Angel pour invoquer un démon d'une autre dimension. Le reste du groupe suit Mok à Nuke York (oui oui, pas New York, admirez le jeu de mots...) pour tenter de sauver Angel...
On se pince un peu lorsqu'on regarde la liste des collaborations musicales de ce film d'animation : Iggy Pop, Lou Reed, Debbie Harry, Earth, Wind & Fire, le groupe Cheap Trick... A quoi ça ressemble ? A ça !
Peuplé d'une galerie de personnages ayant l'apparence d'animaux ayant mutés à cause des radiations, entre chiens, chats et rats, Rock & Rule fut le premier long métrage d'animation anglophone entièrement réalisé au Canada.
L'animation faisait appel à une grande variété d'effets spéciaux, allant des maquettes aux peintures, en passant par les images de synthèse; utilisées de manière évidemment très limitée et simple pour quelques images du film. Il n'empêche : il s'agit du premier film d'animation à utiliser des CGI. Douze ans avant un certain Toy Story, qui sera quant à lui le premier long métrage d'animation à être 100% en images de synthèse.
Anaguel Films
Malheureusement, Rock & Rule n'a pas été exactement reconnu à l'époque pour sa technique pionnière. Très peu distribué, il est logiquement sorti laminé de sa carrière en salle. Alors qu'il avait été budgété de 8 millions de dollars canadiens, il n'en rapporta que... 30379 $ au box office national. C'est dire la violence de la gifle.
Le film semble n'être sorti en France que cinq ans plus tard, en décembre 1988. Mais, là aussi, personne, ou presque, ne s'en souvient... Toujours est-il que cette oeuvre reste totalement inédite sur support physique dans nos contrées.