C'est l'une des meilleures scènes finales de tous les temps : il y a 28 ans, elle a retourné le cerveau de millions de spectateurs
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

S'il y a bien une oeuvre dont la conclusion a suscité des débats houleux, c'est celle-ci, sortie en 1997 et mise en scène par David Fincher. Retour sur l'une des fins les plus hallucinantes du 7ème art.

Le 5 novembre 1997, le public français découvrait The Game, nouveau thriller d'un certain David Fincher. Un an et demi après avoir mis une claque aux spectateurs du monde entier avec Seven, le réalisateur était de retour avec cette oeuvre singulière et clivante, portée par un Michael Douglas en état de grâce.

Si le film a beaucoup divisé, c'est notamment en raison de son dénouement, qui nous réserve plusieurs twists hallucinants. Certains crient au génie, d'autres déplorent cette surenchère, mais The Game ne laisse personne indifférent.

The Game
The Game
Sortie : 5 novembre 1997 | 2h 08min
De David Fincher
Avec Michael Douglas, Sean Penn, Deborah Kara Unger
Presse
3,5
Spectateurs
4,0
Disponible sur HBO MAX

Réalité ou fiction ?

L'intrigue nous emmène à San Francisco, où vit Nicholas Van Orton, interprété par Michael Douglas. Homme d'affaires fortuné, froid et solitaire, il s'apprête à fêter son 48ème anniversaire, le même âge que son père quand il s'est suicidé. Rien ne semble pouvoir troubler l'ordre méticuleux de son existence.

Mais c'était sans compter sur son frère cadet, Conrad Van Orton, campé par Sean Penn. C'est un ancien drogué désinvolte, qui mène une vie oisive et insouciante. À l'occasion de cet anniversaire, Conrad lui offre un cadeau énigmatique : la carte de visite d'une mystérieuse société nommée CRS (Conso Récré Services), spécialisée dans l'organisation de "jeux" sur mesure.

Conrad l’assure : il suffit d’un simple appel pour que "le jeu" commence. Piqué par la curiosité, Nicholas se rend dans les bureaux de CRS, étrangement situés à deux pas de sa propre banque. Il y subit une série de tests sans en comprendre le but… jusqu’au moment où sa vie, jusque-là si contrôlée, dérape brutalement.

Durant tout le film, David Fincher mène le spectateur en bateau dans son thriller paranoïaque sous haute tension. Plus les scènes s'enchaînent, plus le récit nous manipule pour mieux nous surprendre, voire nous choquer.

Impérial Michael Douglas

Michael Douglas campe un personnage détestable, imbu de lui-même et calculateur, qui va petit à petit perdre tous ses repères. Sa confusion, de plus en plus importante, va contaminer le spectateur jusqu'à la conclusion finale, d'une intensité ahurissante.

En effet, tout le long du film, Nicholas ne parvient pas vraiment à faire le tri entre la réalité et les moments scénarisés par le jeu auquel il a souscrit. David Fincher a été très malin, créant une confusion mentale totale chez le public, qui arrive complètement démuni à la fin du film, tout comme l'homme d'affaires incarné par Michael Douglas.

À la fin de l'histoire, ce dernier parvient à localiser CSR, la société responsable de ses malheurs. Désemparé, il prend en otage Christine (Deborah Kara Unger), employée de la firme, et monte sur le toit de l'immeuble. Cette dernière tente de le raisonner mais Nicholas ne veut rien entendre.

Arme à la main, il veut découvrir la vérité à tout prix. Sous tension, il pointe alors son pistolet vers la porte du toit, qui s'ouvre d'un coup. Le coup part ! On se rend compte que Nicholas vient de tirer sur Conrad, son propre frère ; ce dernier souhaitait l'accueillir avec une bouteille de champagne pour fêter dignement son anniversaire et mettre fin au jeu.

PolyGram Filmed Entertainment

Twist sur twist

Devant tous ses proches, Nicholas vient donc d'abattre son frère, faisant basculer le récit dans une tragédie déchirante. Bouleversé, incapable de supporter l’horreur de son geste, l'homme se jette dans le vide pour mettre fin à ses jours.

Sauf qu’il atterrit... sur un gigantesque matelas gonflable, installé dans un restaurant chic, sous les yeux incrédules des clients. Et là, surprise ultime : son frère, maculé de faux sang, réapparaît, bien vivant, pour lui souhaiter un joyeux anniversaire. Toute cette épreuve n’était qu’une immense mise en scène orchestrée dans les moindres détails.

Nicholas, sonné, sous le choc, prend alors Conrad dans ses bras, sous les applaudissements nourris de l'assemblée. Ainsi se termine cette histoire complètement folle, tissée par un David Fincher inspiré. Ce twist inattendu est parfaitement orchestré par le cinéaste, qui fait passer le spectateur par toutes les émotions.

Juste au moment où tout semble s’effondrer, le récit opère un virage à 180 degrés. Ce qui paraissait être un drame irréversible se révèle être une immense supercherie, un jeu grandeur nature. Ce retournement est d’autant plus fort qu’il joue avec le ressenti émotionnel du spectateur. En quelques minutes, on passe de la tension extrême à la stupéfaction, puis au soulagement. C’est du grand art dans la manipulation du suspense.

La transformation d'un homme cynique

Toutefois, cette conclusion a suscité de vifs débats chez les fans ; certains trouvaient cela génial, d'autres soulignaient le côté grandiloquent et peu crédible de ce final. De son côté, David Fincher a tranché. Il regrette d'avoir tenté le pari d'un dénouement aussi radical.

"Je voyais ce film comme un épisode de La Quatrième Dimension où une horreur abstraite est vécue par le personnage. Puis, à la fin, il y a une explication simple qui nous dit qu’il s’agissait d’un film dont le spectateur est lui-même le héros et a payé pour ça. Par contre, le héros n’aurait probablement pas dû tomber d’un immeuble aussi haut à la fin. Disons qu’on apprend aussi de ses erreurs", a-t-il confié lors de son passage à la Cinémathèque française en octobre 2023, cité sur Trois Couleurs.

Pourtant, ce final est parfait, tant il met en exergue la transformation radicale de la personnalité de Nicholas. L'homme d'affaires chute, littéralement et symboliquement, pour marquer cette métamorphose.

Au début du film, c’est un homme froid, cynique et replié sur lui-même, sorte de Scrooge moderne. À la fin, toutes ces péripéties font de lui une âme brisée, un être vulnérable, et finalement... humain. Le choc émotionnel qu’il vit est aussi celui du spectateur. Cette fin cristallise une renaissance : celle d’un homme qui, en perdant tout (repères, statut, confort), retrouve l’essentiel.

Si ces quelques lignes vous ont donné de revoir The Game, n'hésitez pas, le long-métrage de David Fincher est disponible sur la plateforme HBO Max.

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