Ça parle de quoi ?
Un homme piégé dans un couloir de métro cherche la sortie numéro 8. Pour la trouver, il faut traquer les anomalies. S’il en voit une, il fait demi-tour. S’il n’en voit aucune, il continue. S’il se trompe, il est renvoyé à son point de départ. Parviendra-t-il à sortir de ce couloir sans fin ?
Pas ici la sortie !
Au Japon, "Châtelet-les-Halles" se prononce donc "Exit 8", pour surfer sur cette blague, récurrente sur les réseaux sociaux, qui veut que la célèbre station parisienne forme un incroyable escape game où la recherche d'une sortie peut faire basculer un usager d'un autre dimension. C'est à peu près ce que semble vivre le héros sans nom de ce film (Kazunari Ninomiya), jusqu'à ce qu'il réalise qu'il n'a pas raté une correspondance, mais arpente sans cesse le même couloir et croise les mêmes visages, parfois inquiétants, ce qui ne fait qu'ajouter au côté angoissant de la situation.
Si ce postulat vous paraît familier, c'est que vous avez joué au jeu vidéo du même nom ou regardé Squeezie le faire en ligne, en mars 2024. Et vous pourrez donc constater que l'adaptation signée Genki Kawamura, auteur du drame N'oublie pas les fleurs, est fidèle au matériau d'origine, de son décor à son ambiance en passant par cet homme qui marche et sourit, emblématique du titre.
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S'inspirant aussi bien de longs métrages tels que Les Contes de la lune vague après la pluie ou Shining (une référence incontournable lorsque l'on met un labyrinthe en scène) que des illusions d'optique de l’artiste néerlandais Maurits Cornelis Echer, le metteur en scène signe un film de genre dans lequel on peut facilement se projeter, et qui se révèle à la fois ludique, puisque l'on peut chercher les anomalies qui peuvent aider le héros à avancer, et métaphysique.
Car ce motif de la boucle sans fin n'est évidemment pas anodin au cinéma, et sert notamment à symboliser l'état mental d'un protagoniste incapable de se défaire de ses problèmes et aller de l'avant. Mais pas seulement : "Tout le monde a vécu cette expérience de ne pas pouvoir sortir des couloirs du métro", nous disait le réalisateur à Cannes, où Exit 8 a été présenté en Séance de Minuit au mois de mai. "Le jeu a une règle très simple : s'il y a une anomalie, on fait demi-tour, si non, on continue. C'est comme si on était confronté à un choix de vie."
"Je voulais que ce labyrinthe puisse être un purgatoire qui permet de matérialiser la culpabilité de chacun"
"C'est ce que propose symboliquement ce jeu. Pour transposer un purgatoire dans un décor contemporain, ce couloir de métro me semblait intéressant, parce qu'on est situé dans un espace qui n'est ni en haut ni en bas. Et je pouvais intégrer une histoire dans un décor aussi simple que celui du jeu. Je voulais que ce labyrinthe puisse être un purgatoire qui permet de matérialiser la culpabilité de chacun. Les couloirs du métro, et le métro en général, c'est une miniature de chaque société."
"Tout le monde a déjà vu ou vécu quelque chose de bizarre ou malsain dans le métro. Quand on est confronté à une situation délicate, ce que font les gens c'est scroller sur leur téléphone. Ils font semblant de ne pas voir. Et je pense que ces gens accumulent un sentiment de culpabilité, ce qui rejoignait ce personnage rongé par la culpabilité de ne pas vouloir devenir père. C'est une expérience commune à tout le monde." Soyez donc rassurés si vous n'avez jamais entendu parler du jeu dont Exit 8 s'inspire : il n'est pas nécessaire d'y avoir joué pour être pris par le long métrage, mais vous risquez d'y repenser très fort (et de remettre en question vos choix de vie ?) la prochaine fois que vous vous perdrez dans les couloirs du métro.
Propos recueillis par Mégane Choquet à Cannes le 19 mai 2025