C'est l'un des films les plus forts de la rentrée : comment Léa Drucker est devenue une infirmière dans L'Intérêt d'Adam
Maximilien Pierrette
Journaliste cinéma - Tombé dans le cinéma quand il était petit, et devenu accro aux séries, fait ses propres cascades et navigue entre époques et genres, de la SF à la comédie (musicale ou non) en passant par le fantastique et l’animation. Il décortique aussi l’actu geek et héroïque dans FanZone.

Passé par la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes, dont il a fait l'ouverture, "L'Intérêt d'Adam" nous plonge dans centre de pédiatrie, et offre de très beaux rôles à ses actrices, Léa Drucker en tête.

Ça parle de quoi ?

Face à la détresse d’une jeune mère et son fils, une infirmière décide de tout mettre en œuvre pour les aider, quitte à défier sa hiérarchie.

L’Intérêt d’Adam
L’Intérêt d’Adam
Sortie : 17 septembre 2025 | 1h 18min
De Laura Wandel
Avec Léa Drucker, Anamaria Vartolomei, Jules Delsart
Presse
3,8
Spectateurs
3,3
louer ou acheter

Person of Interest

En juillet 2021, le milieu du cinéma fêtait le grand retour du Festival de Cannes, en plein été, un an après une édition annulée pour cause de Covid. Annette avait ouvert le bal en musique, Titane avait triomphé au palmarès, Wes Anderson nous avait offert le plus beau tapis rouge de cette édition, Sean Baker avait fait ses premiers pas en Compétition et il avait fallu moins de 12 chapitres à Julie pour séduire les festivaliers.

Bref, comme chaque année, valeurs sûres et révélations ont dansé main dans la main pendant moins de deux semaines. Une seconde catégorie dans laquelle Laura Wandel a figuré en bonne place au moment de faire le bilan. Sans aucun prix à Un Certain Regard, pas plus que de Caméra d'Or (remise au meilleur premier long métrage, toutes sections confondues), mais avec un très beau succès d'estime grâce à Un monde, drame sur fond de harcèlement scolaire.

L'heure est donc venue de transformer l'essai pour la réalisatrice belge, et on vous rassure dès maintenant : c'est plus que réussi. Si elle pose ses caméras dans les couloirs du service de pédiatrie d'un hôpital, elle confirme sa volonté de se pencher sur le sujet de l'enfance, le temps d'un récit étouffant, en quasi-temps réel, qui n'aurait pas fait tâche dans une saison d'Hippocrate en termes de qualité et de réalisme. Même s'il compte des visages aussi connus que ceux de Léa Drucker et Anamaria Vartolomei dans son casting, qui pourraient parasiter son aspect proche de celui d'un documentaire.

"Le cinéma de Laura Wandel ne permet pas de repos"

"On s'est posé énormément de questions sur nos personnages", nous explique la seconde au Festival de Cannes, où L'Intérêt d'Adam a fait l'ouverture de la Semaine de la Critique. "J'avais énormément de questionnements et d'incertitudes après avoir lu le scénario, mais j'ai eu l'impression que Laura non plus ne savait pas quels étaient les raisons, les fondements. Elle-même se posait plein de questions et mon personnage s'est aussi dessiné sur le tournage. Et je trouvais ça beau de se lancer dans quelque chose d'inconnu pour voir où ça mène."

"De mon côté, j'ai senti un très grand attachement à ce personne d'infirmière qu'elle a écrit et qui lui a sûrement été inspiré par des rencontres qu'elle a faites pendant qu'elle se documentait pour le scénario, puisqu'elle a fait un travail d'immersion à l'hôpital", ajoute Léa Drucker. "Elle fait preuve d'une très très grande tendresse pour ses personnages, avec une envie de parler de ce métier et de sa difficulté, de la fatigue, de son engagement et de ce qu'il se passe quand surgit une problématique qui résonne fortement pour elle. C'est une infirmière qui fait très bien son travail, qui est très professionnelle et qui a de l'ancienneté, mais qui - et c'est plus fort qu'elle - sort du cadre."

"Ce que j'ai trouvé beau, c'est que Laura n'essayait pas de m'expliquer pourquoi. Elle me laissait l'espace pour me le raconter à moi-même ou pour l'inventer sur le plateau, tout en gardant un peu de mystère sur la relation entre ces deux personnages de mères, qui est assez houleuse et conflictuelle même si un lien finit par se créer. Et j'aimais beaucoup comment elle racontait ça par impressions." Un récit impressionniste et immersif, aussi bien pour le spectateur, qui a le sentiment d'être sur les lieux, aux côtés de ces deux femmes, que pour les comédiennes, Léa Drucker en tête.

Memento

"Il y a eu des rencontres et des conversations, pour apprendre les gestes techniques qui étaient nécessaires, car on les voit dans les scènes. Il n'y a pas de gros plans et je ne les fais pas à la perfection parce que je ne suis pas infirmière, mais j'ai quand même pris beaucoup de soin et d'attention, car je me faisais beaucoup de souci sur la gestuelle. Mon personnage commençait par la gestuelle, donc j'ai eu beaucoup de préparation pour m'entraîner, et il y avait toujours une infirmière ou un infirmier qui était présent quand on tournait les séquences, et je m'appuyais beaucoup sur eux. Tant que je n'avais pas de validation sur la gestuelle, je savais, me concernant, que la scène ne marchait pas."

"Au-delà de l'aspect technique, ce qui a été le plus émouvant pour moi c'était de discuter et d'échanger sur nos métiers respectifs. Le cinéma les intéressait beaucoup, et moi ce qu'ils faisaient m'intéressait aussi donc on a eu beaucoup de conversations sur leur vocation. Nous avons notamment parlé de choses que l'on retrouve dans le film, sur la fatigue ou le temps, les heures de travail, le moment où tu déjeunes et tu te reposes."

"Mon personnage commençait par la gestuelle"

"D'ailleurs il n'y en a pas : il y a trente minutes de temps en temps, avec un sandwich. Mais elles sont toujours debout, en action, donc moi j'avais presque honte avec le tabouret qu'on m'avait donné sur le plateau. Je m'asseyais mais le cinéma de Laura Wandel ne permet pas de repos. Il n'y avait pas d'espace pour râler, car je n'aurais pas assumé par rapport au propos du film, même si je ne suis pas une grande râleuse. Et la fatigue jouait pour le film."

Un film dont on ressort le souffle coupé et auquel on repense longtemps après la fin de la séance, pour son mélange d'humanité et de tension, la justesse de ses actrices et du très jeune Jules Delsart (l'Adam du titre), ainsi que la manière qu'a Laura Wandel de réunir le tout, de nous inclure dans le récit et de confirmer les grands espoirs placés en elle.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Cannes le 14 mai 2025

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