Considéré comme un classique du cinéma – et noté 4 sur 5 par les spectateurs d’AlloCiné –, Spartacus reste à ce jour l’un des grands rôles de Kirk Douglas et une œuvre emblématique du genre péplum. Pourtant, Stanley Kubrick n’a pas gardé un bon souvenir du film. Le réalisateur, connu pour son perfectionnisme, a fini par désavouer totalement ce projet, car il n’en avait pas le contrôle créatif.
Stanley Kubrick, décédé à l’âge de 70 ans en 1999, n’a réalisé que 13 films en 50 ans de carrière, mais chacun a marqué son époque. Qu’il s’agisse de science-fiction (2001 : L’Odyssée de l’espace), de guerre (Les Sentiers de la gloire, Full Metal Jacket), d’horreur (Shining), de drame historique (Barry Lyndon) ou de comédie noire (Docteur Folamour), il a su imposer sa vision dans tous les genres. Et s’il a signé un unique péplum avec Spartacus, c’est bien celui qu’il regrettera le plus.
Une production chaotique dès le départ
Le projet Spartacus est né d’un roman de Howard Fast, qui a d’abord écrit un premier scénario. Mais celui-ci fut rapidement rejeté par Kirk Douglas, aussi producteur du film, qui le jugeait comme un “véritable désastre”. Le script a alors été confié à Dalton Trumbo, figure majeure d’Hollywood placée sur la tristement célèbre “liste noire” du maccarthysme. Trumbo a dû travailler sous un faux nom, “Sam Jackson”, pendant toute la production, un geste militant (et politique) que Douglas assume totalement.
Côté réalisation, c’était aussi compliqué. Après avoir envisagé Martin Ritt ou David Lean, le studio Universal impose finalement Anthony Mann. Mauvaise pioche : incapable de gérer le tournage, en retard constant, il perd rapidement la confiance de Douglas, qui le remplace après quelques jours à peine par Stanley Kubrick, alors jeune réalisateur de 30 ans, avec qui il avait collaboré sur Les Sentiers de la gloire.
Kubrick sans pouvoir : un cas unique
Ce fut la première – et surtout la dernière fois – que Kubrick accepta de prendre les rênes d’un film sans en avoir le contrôle total. Il entre rapidement en conflit avec Trumbo, notamment sur la caractérisation des personnages, et se heurte aussi au directeur de la photographie Russell Metty. Kubrick voulait tout superviser, y compris les aspects techniques, ce qui irritait profondément Metty. Ironie du sort : ce dernier remportera l’Oscar de la meilleure photographie en 1961, l’un des 4 prix que Spartacus décrochera cette année-là.
Coupes, censure et conflits idéologiques
La tension ne s’est pas arrêtée au tournage. Le film a ensuite été coupé par le studio Universal, qui voulait édulcorer certaines dimensions politiques du récit, au grand dam de Kubrick, Trumbo et Douglas, pour une fois du même côté. Plusieurs scènes, y compris des batailles comme celle de Métaponte, ont été coupées.
Mais la pression est aussi venue de l’extérieur. La National Legion of Decency, une organisation catholique américaine qui se voulait gardienne de la moralité publique et souhaitait “purifier” les productions cinématographiques, a exigé la suppression de certaines scènes jugées trop explicites. Ainsi, la fameuse scène du bain entre Crassus (Laurence Olivier) et son esclave Antonin (Tony Curtis), où l’on devinait une tension homoérotique, a été retirée.
Universal Pictures
En 1991, une version restaurée du film est sortie grâce au travail de Robert Harris, réintégrant 23 minutes de scènes coupées, dont celle du bain. D’autres, en revanche, restent introuvables. Charles Laughton, qui jouait Gracchus, avait d’ailleurs menacé Kirk Douglas de poursuites après avoir découvert que nombre de ses scènes avaient disparu du montage final. Il ne mit jamais sa menace à exécution.
Une œuvre reniée mais immortelle
Malgré le prestige du film, Stanley Kubrick ne reviendra jamais sur Spartacus – et reniera même le long-métrage. Il n’en a jamais proposé de version Director’s Cut, et n’a pas participé à sa restauration. Pour lui, cette œuvre ne lui appartenait pas vraiment. Et pourtant, Spartacus reste un pilier du cinéma hollywoodien. Lors de sa sortie, le film fut un énorme succès, tant critique que commercial. Et en 1998, l’American Film Institute l’a même classé 81e parmi les 100 plus grands films de l’histoire du cinéma américain.
Spartacus est à retrouver en VOD.