On ne va pas vous mentir : quand on annonce 3h15 de film, sans le fameux entracte qui a tant fait parler, on hésite. Et puis The Brutalist démarre, et tout bascule. Cette fresque hallucinante de Brady Corbet, réalisateur quasi inconnu et primé depuis aux Oscars, vous happe dès les premières minutes et ne vous lâche plus. Promis, vous ne verrez pas le temps passer.
Un film qui voit grand (très grand)
The Brutalist raconte le destin de László Toth, architecte juif hongrois rescapé de la Shoah, qui débarque aux États-Unis en 1947 en quête du rêve américain. Incarné par un Adrien Brody habité (qui retrouve l'intensité de son Pianiste), ce génie visionnaire va se retrouver piégé dans un chantier pharaonique : la construction d'un centre culturel pour un millionnaire capricieux, Van Buren, campé par un Guy Pearce parfait en despote.
Brady Corbet ne fait rien à moitié. Son film est structuré comme une cathédrale : une ouverture époustouflante, deux parties massives, un épilogue révélateur. Le tout tourné en VistaVision, ce procédé utilisé par Hitchcock pour Vertigo et Cecil B. DeMille pour Les Dix commandements.
La première scène plante le décor : l'arrivée de László à New York filme les entrailles du paquebot évoquant l'enfer des camps. Mais lorsqu'il découvre la statue de la Liberté, bizarrement, elle a la tête à l'envers. Cette image sous forme de présage devient la pierre angulaire d'un film où tout est à la fois métaphorique et signifiant.
Capture d'écran YouTube
Un tourbillon de scènes inoubliables
The Brutalist se déploie comme une fresque de laquelle on ne peut détacher son regard. Le film traverse trois décennies avec une énergie folle : des accès de fièvre, une nuit d'ivresse, un trip halluciné dans les carrières de marbre de Carrare. Des pics d'adrénaline dont on ne peut jamais prédire la suite.
L'une des scènes les plus bouleversantes ? Celle de László poussant le fauteuil roulant de sa femme Erzsébet (Felicity Jones), trop vite, sur la pente d'une colline où on l'a humilié une fois de plus. Simple, brutale, mémorable.
Un film expérience
Malgré son ancrage dans l'après-guerre, The Brutalist résonne avec notre époque. C'est un film qui regarde l'Amérique droit dans les yeux, qui interroge sur les rapports de pouvoir, qui dénonce un pays au capitalisme brutal et à l'antisémitisme virulent.
On peut parler de The Brutalist comme d'une expérience, une œuvre totale qui défie les codes actuels du cinéma formaté. C'est du cinéma indépendant comme on n'en voit plus si souvent. Spectaculaire. Émouvant.
Alors oui, 3h15, c'est long. Mais c'est un film hors norme, massif et rare. Il se pourrait même qu'à la fin vous en redemandiez encore.
The Brutalist, de Brady Corbet, ce soir à 21h10 sur Canal+ et disponible sur MyCanal.