“Je n’ai jamais vu un personnage comme ça au cinéma” : Hafsia Herzi dévoile son nouveau long-métrage, doublement récompensé au Festival de Cannes
Isaac Barbat
Isaac Barbat
-Rédacteur ciné-séries
Biberonné aux films de genre dès son plus jeune âge, amoureux des monstres et de l'hémoglobine, ses excursions cinématographiques le mènent parfois jusqu'à Truffaut ou Duvivier… pour son plus grand plaisir !

Après le succès de Tu mérites un amour et Bonne mère, Hafsia Herzi revient à la réalisation avec La Petite Dernière, en salle cette semaine. Doublement primé à Cannes, ce portrait subtil et moderne assume autant ses références que son universalité.

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Un portrait de l’ordinaire, authentique et universel…

Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue avec ses sœurs, dans une famille joyeuse et aimante. Bonne élève, elle intègre une fac de philosophie à Paris et découvre un tout nouveau monde. Alors que débute sa vie de jeune femme, elle s’émancipe de sa famille et ses traditions. Fatima se met alors à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants ?

La Petite Dernière
La Petite Dernière
Sortie : 22 octobre 2025 | 1h 48min
De Hafsia Herzi
Avec Nadia Melliti, Ji-Min Park, Amina Ben Mohamed
Presse
3,9
Spectateurs
3,8
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En salle cette semaine, La Petite Dernière est le troisième long-métrage de la cinéaste Hafsia Herzi, rendue célèbre ces vingt dernières années pour sa capacité d’incarnation : La Graine et le mulet, Le Ravissement ou encore Borgo – qui lui permit de décrocher un César de la meilleure actrice en 2024 –, autant de rôles qualifiés de virtuose pour leur capacité à saisir la nature même de l’ordinaire, du naturel, de l’authentique. Cette capacité de représentation, Hafsia Herzi l’assume pleinement dans sa carrière d’actrice, autant que de réalisatrice. “Moi, ce qui me plaît, c’est que le spectateur oublie qu’il voit un film, explique-t-elle. J’aime filmer le quotidien.”

Copyright Ad Vitam

Après Tu mérites un amour et Bonne mère, la cinéaste poursuit son exploration de “la vraie vie” avec un nouveau portrait, moderne et engagé, mais résolument naturaliste, celui d’une jeune femme en quête de son identité. Musulmane pratiquante, élevée dans une famille traditionnelle, Fatima s’amuse avec ses amis du quartier et joue au foot entre les HLM, tout en brillant sur les bancs de l’université où elle étudie la philosophie. Parmi les références qu’elle cultive, les écrits de La Boétie, qui trouvent en la jeune fille un écho particulièrement personnel, et pour cause : attirée par les femmes, Fatima subit elle-même le joug de servitudes volontaires, à la religion et à ses parents, à ses amis et, plus largement, au regard de l’autre. Ainsi, la cellule familiale devient le lieu de secrets et non-dits, le groupe de potes le terrain d’une mascarade où l’identité ne peut s’assumer.

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Pourtant, loin d’être un cas isolé, le portrait de Fatima est celui de tout une génération, selon Hafsia Herzi. “Dans ce milieu, l’homosexualité est souvent traitée du point de vue masculin, et non féminin. De mon expérience de « fille de cité » des quartiers nord de Marseille, c’est en tout cas un personnage que je connais. En cité, il n’est pas toujours évident d’assumer ce qui peut être perçu comme une différence. Les préjugés y sont prégnants et le regard sur soi demeure très fort. Mais attention : ce récit ne saurait être réduit à une seule typologie sociale puisqu’il est totalement universel.”

Un portrait d’autant plus saisissant que le roman dont il est adapté, éponyme, est partiellement autobiographique. Signé Fatima Daas et paru aux éditions Noir sur blanc, ce dernier puise, malgré la présence d’éléments de fiction pure, ses racines dans la jeunesse de l’autrice, renforçant le lien entre l’arche narrative de sa protagoniste et l’impression de réalité suscitée. “C’est par la honte que je suis entrée en écriture”, déclarait Fatima Haas à Libération en 2021, confirmant la réalité vécue par son personnage en même temps que l’effet cathartique de son geste. Et l’autrice de compléter, fière de sa différence : “J’ai décidé de ne renoncer à aucune de mes identités.

… qui brille pourtant d’une énergie extraordinaire

C’est précisément par son naturel, déconcertant, que La Petite Dernière excelle à représenter, telle une fenêtre grande ouverte, le quotidien de ses protagonistes. Nadia Melliti, dans le premier rôle, sidère par la subtilité de son interprétation toute en retenue, dont la finesse a touché le jury de Juliette Binoche au dernier Festival de Cannes et a permis à la jeune comédienne, pourtant inexpérimentée, d’obtenir un Prix d’interprétation féminine plus que mérité. À ses côtés, d’autres visages impressionnent par la sincérité de leurs émotions, notamment Amina Ben Mohamed, infiniment touchante en matriarche aimante, et l’actrice franco-coréenne Park Ji-Min, amante fascinante et insaisissable.

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Porté par cette distribution au diapason, jamais mélo et toujours juste, La Petite Dernière assume pleinement ses références pour constituer un portrait moderne et pragmatique de la réalité vécue par ses personnages. Andrea Arnold (Fish Tank), Ken Loach (The Old Oak), les frères Dardenne (Le Jeune Ahmed)... mais aussi, bien sûr, Abdellatif Kechiche (La Vie d’Adèle). Actrice fétiche du réalisateur, Hafsia Herzi est en effet apparue dans trois de ses longs-métrages (La Graine et le mulet et deux opus de la saga Mektoub, My Love), dont l’esthétique autant que la direction abreuvent nécessairement La Petite Dernière.

Bien sûr, cultivant ses références avec habileté, ce nouveau long-métrage brille de la même authenticité, mais aussi de la même lueur d’espoir. Presque étouffée, parfois lointaine, celle-ci continue, malgré tout, de scintiller dans le quotidien de ces personnages, qui refusent l’abattement.

C’est une jeune femme qui veut vivre sa vie, conclue Hafsia Herzi à propos de Fatima. Sa différence dans le regard des autres ne devrait pas être vécue comme une souffrance. La guérison se fait aussi par le savoir, l’école, l’université, l’instruction et la connaissance du monde… C’est très important les études, surtout quand vous venez d’un milieu où l’égalité des chances n’existe pas…

Doublement primé au Festival de Cannes, La Petite Dernière, de Hafsia Herzi et avec Nadia Melliti, est à découvrir au cinéma dès maintenant.

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