"Ce désir que j'ai eu, je l'ai jeté dans le cosmos en me disant ça ne se fera jamais." Jean Dujardin nous parle d'une bonne étoile lorsqu'il évoque la possibilité de faire un film comme L'Homme qui rétrécit à l'âge de 53 ans. Réalisé par Jan Kounen, ce long métrage d'aventure et de science-fiction, remake d'un film américain de 1957, marque la première incursion de l'acteur dans le cinéma de genre.
Il y incarne Paul, un homme frappé par un phénomène inexpliqué qui rétrécit sa taille de jour en jour jusqu'à disparaître pour ses proches. Le film prouve que le savoir-faire des effets spéciaux est aussi une affaire française. AlloCiné a rencontré le cinéaste pour en parler.
AlloCiné : Pourquoi pensez-vous qu’il est difficile de faire des films comme L’Homme qui rétrécit en France ?
Jan Kounen, réalisateur : C'est compliqué pour deux choses. Tout d’abord, je pense que les nouvelles générations tentent des choses, il y a ce désir, mais le film de genre n’est pas dans notre ADN. Cela ne fait pas partie de notre architecture et je peux le comprendre parfaitement.
Il y a plusieurs années, je pensais que les choses allaient décoller grâce à Delicatessen et à Luc Besson. C’est à ce moment-là que j'ai pu faire Doberman, puis finalement ça n’a pas forcément pris. Peut-être parce que les films proposés étaient trop particuliers.
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Puis, du point de vue de l’industrie, faire ce type de films coûte beaucoup d’argent, cela demande des budgets vertigineux et des risques importants. Ce n’est pas à notre échelle. C’est un savoir-faire anglo-saxon. Tout ça fait partie d'une équation générale.
Mais évidemment qu'en France on sait faire de la science-fiction et concevoir de très gros films. Beaucoup de productions américaines viennent en France pour leurs effets visuels. L’Homme qui rétrécit est peut-être l'occasion de dire : “Regardez, quand un gros studio d'effets visuels s’occupe d’un projet très ambitieux, on arrive à le faire”.
Vous avez réalisé de nombreux films ambitieux. Pensez-vous que L’Homme qui rétrécit est votre plus grand défi ?
Je dirais que technologiquement et comme projet, oui, clairement. Même si j'ai l'impression d'avoir, deux ou trois fois par le passé, tenté des incursions, des mélanges de genres et des choses où je me suis mis en danger.
Mais ce film, je l’ai plus vécu comme un défi technologique qu'autre chose. Ce n’est pas sur l’histoire ou les personnages. J’ai adapté ma façon de filmer pour que l’on puisse ressentir le film. Je voulais garder la réalité des matières et pour ça, ne pas forcément utiliser de la 3D mais d’autres astuces et c’est là qu’on entre dans le domaine technique.
Nous avions l'ambition de faire des effets visuels à l'ancienne.
Comment avez-vous pensé au décor de la cave en préparant le film ?
Je savais que le décor de la cave allait avoir 15 tailles différentes. Donc j’ai conçu un décor de cave avec de la technologie moderne, en réalité virtuelle, grâce un casque. Le décor a été modélisé de cette manière et je pouvais changer les tailles, à 1 m, puis à 10 cm, à 8, à 3 cm… Je me baladais dans la cave comme ça. En voyant les échelles, je savais les plans que je pouvais faire.
Quelle part des effets visuels ont été faits en numérique et en décor réel ?
On a fait en numérique ce qui était infaisable autrement. Quand les décors le permettent, comme la maison de poupées, c'est fabriqué à grande échelle. Les marches de l’escalier, par exemple, ont été un vrai défi. Celles que vous voyez dans le film sont vraies. Pour placer Jean Dujardin face à cet escalier, nous avons construit la première marche sur 25 mètres autour d’écrans bleus.
Nous avons tourné le plan de cette première marche avec Jean Dujardin. On a détecté le mouvement de la caméra physique, on l'a enregistré et réduit pour assembler ce plan dans celui du vrai escalier. Donc les marches qu'on voit au-dessus de Jean ne sont pas en 3D, c'est du réel. Voilà, ça, c'était l'ambition de faire des effets visuels un peu à l'ancienne.
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L’Homme qui rétrécit rend hommage, entre autres, au maître des effets spéciaux, Georges Méliès. En tant que réalisateur, avez-vous pris du plaisir à jouer avec tous ces outils ?
C'est un jeu intéressant de trouver des tas d'idées pour pouvoir faire les plans, et pour que le plan soit vraiment immersif pour le spectateur. Depuis que je suis jeune, j’ai cette fascination pour les effets visuels, ce tour de magie qu'est le cinéma. Cette idée de composer deux plans dans l’autre comme nous venons de l’expliquer, c’est Georges Méliès ! L’Homme qui rétrécit est un hommage aux films de Ray Harryhausen, aux premiers Star Wars que j’avais découvert adolescents, à tous ces films avec des trucages.
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Paris, le 9 octobre 2025
L'Homme qui rétrécit, actuellement au cinéma