En pleine tournée promotionnelle pour son film Kaamelott - Deuxième Volet, Alexandre Astier était récemment l'invité de l'émission En Aparté de Canal+. En un peu plus de 30 min, l'acteur, auteur, réalisateur et compositeur (!) parvient à brasser plutôt large, entre son rapport à la musique au cinéma, la saga Kaamelott bien sûr; évoque Louis de Funès pour qui il a toujours manifesté une grande admiration. Sa découverte des Dents de la mer de Spielberg aussi, forcément traumatisant et vu beaucoup trop tôt... "Je le vois par petits bouts, j'en vois régulièrement" lâche-t-il.
"Je ne suis pas là pour souffrir !"
Et, dans ce registre précis, il revient sur un autre trauma : la découverte, quoique tardive elle, d'un classique absolu de chez Disney. Un certain... Bambi.
"Je vais vous dire mon traumatisme, parce que mon père m'emmenait voir des films qu'il aimait, lui, et parce qu'on voulait passer un bon moment ensemble. C'est pas un truc où il emmenait son gamin voir un film pour lequel il se faisait chier, et je le remercie d'ailleurs beaucoup pour ça. Parce que du coup, on a passé des moments où on allait voir un film nous deux.
Mon traumatisme, c'est Bambi. Parce que j'ai vu un Disney beaucoup plus tard, que j'ai vu ces trucs-là, les Star Wars et autres, parce que je ne voyais pas de Disney quand j'étais petit. Bambi, je me suis dit : "mais ca va pas la tête les gars ? Vous êtes complètement marteau, non ? Et le chasseur, et la maman ? Attendez, je ne suis pas là pour souffrir ! Je préfère voir Robert Shaw qui se fait couper en deux [NDR : dans Les dents de la mer] par un requin en carton que d'aller voir Bambi qui perd sa mère. Vous êtes zinzins !"
Walt Disney Pictures
"Ta mère ne sera plus jamais auprès de toi..."
Premier film de la firme présentant des animaux avec une approche réaliste, Bambi est aussi largement passé à la postérité pour une séquence entrée au Panthéon du 7e Art; une des morts les plus tragiques et bouleversantes qui soit : la mère de Bambi, victime d'un chasseur.
"Maman... ?" lâche le jeune faon désormais orphelin, avec une voix chevrotante... Avant que le grand prince de la forêt, et ses bois magnifiques, ne surgisse et lui dise : "Ta mère ne sera plus jamais auprès de toi..."
Que ceux et celles qui n'ont pas, enfants ou adultes, versé un torrent de larmes durant cette scène traumatisante, lèvent le doigt. Les spectateurs du Radio City Music Hall de Manhattan, présents le 13 août 1942 à la Première du film, furent horrifiés par la scène.
Une séquence d'autant plus dure émotionnellement que, lorsqu'on est tout jeune enfant, on imagine encore ses parents éternels. D'où l'incompréhension et le choc émotionnel légitime devant une telle scène.
C'est que, jusqu'alors, Disney n'avait réservé un sort funeste qu'aux sorcières et autres personnages ou créatures maléfiques. Si Walt déclara avoir voulu rester fidèle à l'oeuvre de l'auteur Félix Salten, Bambi, l'histoire d'une vie dans les bois, publiée en 1923, il précisera plus tard qu'il ne lui semblait pas utile de "dédramatiser de telles histoires pour les enfants".