Ça parle de quoi ?
Dans un futur proche, The Running Man est l’émission numéro un à la télévision : un jeu de survie impitoyable où des candidats, appelés les Runners, doivent échapper pendant 30 jours à des tueurs professionnels, sous l'œil avide d’un public captivé. Chaque jour passé augmente la récompense à la clé — et procure une dose d’adrénaline toujours plus intense. Ben Richards, ouvrier désespéré prêt à tout pour sauver sa fille gravement malade, accepte l’impensable : participer à ce show mortel, poussé par Dan Killian, son producteur aussi charismatique que cruel.
Mais personne n’avait prévu que Ben, par sa rage de vivre, son instinct et sa détermination, devienne un véritable héros du peuple… et une menace pour tout le système. Alors que les audiences explosent, le danger monte d’un cran. Ben devra affronter bien plus que les Hunters : il devra faire face à un pays entier accro à le voir tomber.
A star is born to run
En 2021, Edgar Wright nous propulsait avec son héroïne dans le passé grâce à Last Night in Soho. Quatre ans plus tard, c'est au coeur d'un futur proche bien qu'indéterminé qu'il nous convie avec Running Man, dont le titre pourrait vous parler. Autant abréger le suspense au plus vite donc : non, il ne s'agit pas, à proprement parler, d'un remake du film de Paul Michael Glaser (l'interprète de Starsky, oui) porté par Arnold Schwarzenegger en 1987, mais plutôt une nouvelle adaptation du roman signé Stephen King sous le pseudonyme de Richard Bachman en 1982. Et de la concrétisation d'un rêve de longue date pour le réalisateur anglais.
Le 11 mai 2017, quand X s'appelait encore Twitter, un internaute lui pose la question suivante : "Je ne sais pas quelle est votre position sur les remakes, mais si vous deviez en faire un, sans la moindre restriction, quel film vous plairait ?". Réponse du principal intéressé moins de dix minutes plus tard : "Running Man".
"J'ai lu le roman quand j'étais ado", nous dit Edgar Wright lorsque nous revenons avec lui sur cette déclaration, huit ans et demi plus tard. "J'ai commencé à lire du Stephen King à l'âge de 13 ans, et notamment ceux qu'il a écrits sous le nom de Richard Bachman, dont Running Man que j'ai découvert à ce moment-là, avant de voir le film de 1987. J'étais donc bien conscient que les deux étaient très différents l'un de l'autre et, en ayant tout cela en tête, je sentais qu'il y avait de la place pour une nouvelle adaptation du matériau original : le livre n'avait été que très librement adapté avant, et il y avait un tout autre film à en tirer."
"Ce tweet n'était pas la seule fois que j'avais fait part de cette envie, il me semble que je l'avais mentionnée dans plusieurs interviews (rires) Mais ça a attiré l'attention du producteur Simon Kinberg, qui m'a demandé si j'étais vraiment intéressé par Running Man, et je lui ai confirmé que c'était le cas, j'étais content qu'il se tourne vers moi." Après Scott Pilgrim (dont il a également supervisé la relecture sous forme de série animée) et le Tintin de Steven Spielberg dont il n'était "que" co-scénariste, Edgar Wright s'essaye de nouveau à l'exercice difficile de l'adaptation, toujours avec le même état d'esprit.
"Je cherchais à être le plus fidèle possible au livre"
"Dans le cas de celles sur lesquelles j'ai travaillé, l'idée était d'être fidèle au matériau original. C'était le cas sur Scott Pilgrim et ça l'est encore ici, car j'adore le livre, et beaucoup d'oeuvres de Stephen King n'ont jamais été adaptées au cinéma. Je cherchais donc à lui être le plus fidèle possible." Et c'est notamment ce qui a plu à l'auteur, quand le metteur en scène l'a approché pour avoir sa validation : "C'est assez fidèle au livre pour satisfaire les fans, et assez différent pour que je trouve cela stimulant", a-t-il écrit à Edgar Wright dans un message lu par ce dernier à Variety.
Exit le policier accusé à tort qui joue sa possible libération en direct à la télévision ou le spandex de la tenue d'un Arnold Schwarzenegger un peu trop massif pour que l'on tremble lorsque son Ben Richards croise ses assaillants. Dans le Running Man de 2025 (année au cours de laquelle se déroulait le roman original), Ben Richards redevient un monsieur Tout-le-Monde (doté du charisme et de la carrure de Glen Powell, certes) : un ouvrier que la crise économique contraint à participer à l'un des jeux télévisés en vogue, sans savoir qu'il sera sélectionné pour le plus dangereux et mortel d'entre eux, afin de sauver sa fille gravement malade grâce au milliard de dollars promis à celui ou celle qui survivra pendant trente jours.
Paramount Pictures France
Pendant plus de deux heures, Ben Richards va donc courir, tomber, donner quelques coups, en prendre pas mal... Bref, un beau parcours du combattant devant la caméra d'un Edgar Wright qui met son savoir-faire et sa virtuosité au service du rythme et de l'efficacité de ce récit qui mêle action, science-fiction et satire sociale, sans renouer avec le pastiche qui faisait le charme de son cinéma à l'époque de Shaun of the Dead ou Hot Fuzz, pour montrer à quel point, même dans un blockbuster aussi amusant que celui-ci peut l'être, il prend son histoire au sérieux.
Alors que Last Night in Soho pointait du doigts les dangers de la nostalgie, Running Man laisse transparaître un cinéaste inquiet vis-à-vis de notre futur, entre la crise économique et la colère grandissante qu'elle engendre, la télé-réalité qui a de moins en moins de limite, et même la désinformation et la manière dont l'intelligence artificielle peut y participer. A tel point que l'on se demande si Edgar Wright a vraiment pensé l'ensemble comme un pur film d'anticipation ou si nous n'avons pas déjà un pied et demi dans la réalité qu'il dépeint.
"Peut-être que la partie 'fiction' du mot 'science-fiction' est train de s'amenuiser au fil des jours"
"Nous ne sommes effectivement pas si loin de ce qu'il se passe dans le film", nous répond-il. "L'un des buts du genre, au cinéma, est de tendre un miroir déformant de la réalité. Peut-être que la partie 'fiction' du mot 'science-fiction' est train de s'amenuiser au fil des jours (rires) C'est aussi pour cela que je ne précise pas quand le récit se passe : c'est un jeu dangereux que de mettre une année dans un film, car vous risquez d'être démodé vingt ans plus tard. Donc nous avons décidé de nous en passer."
Soyez quand même rassurés : si quelques éléments risquent de vous faire froid dans le dos, vous allez surtout passer un bon moment, trépidant et amusant, devant cette nouvelle version de Running Man. Grâce à ses nombreuses scènes d'action, son humour et la prestation énervée de Glen Powell, chef de file d'un casting dans lequel on retrouve également Josh Brolin, Colman Domingo (également dans Wicked - Partie II ce 19 novembre), Michael Cera, Katy O'Brien ou Lee Pace. Tout semble donc réuni pour vous convaincre d'y aller. En courant ou pas.
Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 3 novembre 2025