Cinéma : ne faites pas votre top 2025 avant d'avoir vu ce film envoûtant récompensé à Cannes
Maximilien Pierrette
Journaliste cinéma - Tombé dans le cinéma quand il était petit, et devenu accro aux séries, fait ses propres cascades et navigue entre époques et genres, de la SF à la comédie (musicale ou non) en passant par le fantastique et l’animation. Il décortique aussi l’actu geek et héroïque dans FanZone.

Passé par le dernier Festival de Cannes, où il a reçu un Prix Spécial, "Résurrection" de Bi Gan sort ce mercredi 10 décembre dans les salles françaises. Et il est plus que conseillé de se plonger dans l'une des expériences majeures de l'année cinéma.

Ça parle de quoi ?

Un jeune homme rêveur se réincarne dans cinq époques. Tandis que le XXè siècle défile, une femme suit sa trace…

Resurrection
Resurrection
Sortie : 10 décembre 2025 | 2h 40min
De Bi Gan
Avec Jackson Yee, Shu Qi, Mark Chao
Presse
3,7
Spectateurs
3,5
Séances (4)

Histoires de cinéma

Difficile de faire plus minimaliste que le synopsis ci-dessus, mais il est finalement raccord avec le film, qui fait partie de ceux qui se vivent plus qu'ils ne se racontent - ce qui ne facilite en aucun cas notre tâche au moment de tenter de vous convaincre, par les mots, de vivre l'expérience Resurrection. Un opus inclassable qu'il est impossible de mettre dans une case, pour la bonne et simple raison qu'il s'amuse à sauter de l'une à l'autre au gré des chapitres de l'odyssée de son personnage principal (Jackson Yee), rebelle rêveur dans une société qui a banni le songes pour garantir à chacun l'immortalité.

Un Rêvoleur, comme on l'appelle dans cet univers, qui se balade d'époque en époque et revisite aussi bien le XXè siècle que l'Histoire du 7ème Art. Si Kaili Blues et - surtout - Un grand voyage vers la nuit avaient prouvé les qualités d'esthètes de Bi Gan, le réalisateur chinois nous le rappelle et enfonce le clou dès le premier segment, d'une beauté et d'une inventivité à tomber, où il rend hommage au cinéma muet et convoque, dans un même élan, les vues des frères Lumière et l'expressionnisme allemand (notamment Le Cabinet du Docteur Caligari, auquel on pense face aux couleurs qui teintent l'image). Tout en jouant avec les conventions, lorsque les décors, lumières et accessoires s'ajustent sous nos yeux.

Les Films du Losange

Rares sont les films, cette année, qui nous auront offert une entrée en matière aussi stupéfiante, et certains pourraient regretter que la suite ne soit pas aussi forte, même si elle reste fascinante (bien aidée par la musique signée par les Français de M83), chaque chapitre renvoyant aussi bien à un sens (la vue est, sans surprise, le premier, le toucher le dernier) qu'à des gens, courants et techniques qui ont mené le medium vers ce qu'il est aujourd'hui pour lui donner l'importance qui est la sienne. Dire que l'on comprend tout serait mentir, mais cela n'empêche pas de se laisser porter par ce voyage épique, pour peu que l'on accepte de lâcher prise, alors que certains éléments nous paraissent plus clairs au second visionnage.

Et pas seulement les références éparpillées au gré des segments (aux Lumière donc, mais également à George Méliès, Orson Welles, Jean-Pierre Melville ou Wong Kar-Wai), dans ce long métrage fleuve qui n'est pas sans faire penser à Holy Motors de Leos Carax qui, en 2012, adoptait une structure proche. A ceci près que la dimension politique est beaucoup plus forte du côté de Resurrection, à une époque où la culture (donc le cinéma) semble plus que jamais menacé, par les différents gouvernements autant que par la santé déclinante des salles, qui ont de nouveau vu leur fréquentation baisser cette année, après un regain d'espoir post-Covid.

Très gros succès en Chine

Un film de cet ampleur et de cette ambition nous rappelle ainsi pourquoi on aime le cinéma, pourquoi il traverse à ce point les époques et les pays, et pourquoi il est plus que jamais important à l'heure où la tentation du conformisme et du populisme vise à empêcher certain(e)s de rêver et de transposer leurs songes sur grand écran, ce que semble dire le dernier plan, assez pessimiste.

Il est bien sûr trop tôt pour savoir quelle trace Resurrection laissera à la postérité, tant il est difficile de prédire le destin d'un opus à ce point inclassable que le jury du dernier Festival de Cannes, où il était présenté en Compétition, a été contraint de lui décerner un prix spécial, qui le définit finalement bien. Mais son excellent démarrage en Chine (2,5 millions de spectateurs en deux jours, soient 15 millions de dollars de recettes, score énorme pour une production indépendante), a de quoi nous rendre optimiste.

Une chose est sûre en attendant : si vous pensez avoir déjà bouclé votre top cinéma de 2025, vous seriez bien avisés de ne pas passer à côté de Resurrection avant d'arrêter le classement, quitte à être frustrés de le voir rebattre les cartes d'un jeu que vous aurez peut-être mis longtemps à établir. Mais, au final, vous nous remercierez sans doute, tout autant que Bi Gan, qui vous offre l'un des plus beaux cadeaux de l'année à quelques jours de Noël.

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