En décembre 2024, dans les pages du magazine Les Années Laser, Florent Emilio-Siri s’est livré avec une sincérité désarmante sur sa carrière, entre succès, rencontres marquantes et occasions manquées. Parmi ses souvenirs les plus précieux : sa collaboration avec Bruce Willis, qui lui a ouvert les portes d’Hollywood. Mais aussi une déception colossale, lorsqu’un blockbuster majeur lui a échappé…
Le parcours de Florent Emilio-Siri commence en 1998 avec Une minute de silence, son premier long-métrage remarqué. Le film, qui raconte l’amitié entre un mineur polonais (Benoît Magimel) et un Italien (Bruno Putzulu), est salué dans plusieurs festivals, dont Namur et Belfort, et lui vaut le Prix Cyril Collard. Depuis, le réalisateur ne se limite pas à un genre : drames intimistes, biopics musicaux ou films d’action, il explore un large éventail de projets.
Un projet qui suscite l’intérêt
Mais c’est vraiment Nid de guêpes (2002) qui attire l’attention de Bruce Willis. Malgré un succès modeste en France (un peu plus de 360 000 spectateurs), le film séduit outre-Atlantique. Florent Emilio-Siri se souvient :
“S’il n’a pas très bien marché dans les salles françaises, il plaît en revanche énormément à l’American Film Market. Des agents m’approchent pour me représenter aux États-Unis, l’un d’eux le fait circuler chez la plupart des studios, puis je reçois un jour sur mon répondeur un message que j’ai soigneusement conservé : ‘Hello Florent, c’est Bruce Willis, j’ai adoré Nid de guêpes, et si vous venez à Los Angeles, j’aimerai beaucoup qu’on se rencontre. J’y suis donc allé.”
La rencontre décisive avec Bruce Willis
Cette rencontre marque un tournant. De nombreuses propositions hollywoodiennes affluent, pour des grandes franchises et même un projet avec Michael Douglas. Mais le réalisateur reste exigeant.
“On me contacte pour Fast & Furious et pour xXx, mais je n’accroche pas. Michael Douglas me propose The Sentinel, mais il s’avère que la Major ne veut pas me confier un film à 50 millions de dollars. Je décline l’offre de John Woo pour diriger un remake du Cercle Rouge, parce que c’est un chef-d’œuvre intouchable. Finalement, je vois Bruce Willis, qui me promet de me rappeler s’il a quelque chose pour moi.”
Metropolitan FilmExport
C’est finalement grâce à Bruce Willis que Florent Emilio-Siri réalise Otage, suite au désistement du réalisateur initialement choisi, Paul McGuigan. Après avoir jugé le scénario initial médiocre, il collabore étroitement avec l’acteur pour le réécrire. Willis utilise son influence pour convaincre un autre studio de financer le projet, puisque Paramount refuse.
“Le problème, c’est que je trouve le scénario très mauvais. Je m’en ouvre à lui, je retourne à Los Angeles, on retravaille le script entièrement ensemble. Il use de tout son pouvoir pour l’emmener chez un autre studio parce que Paramount ne veut pas de moi à la mise en scène. [...] J’ai eu carte blanche pour le tourner, à l’exception de quelques plans jugés trop ‘émotionnels’ que j’ai retirés à l’issue des projections tests.”
Metropolitan FilmExport
Le résultat : le réalisateur obtient presque carte blanche, avec quelques ajustements mineurs après les projections tests. Emilio-Siri souligne avec émotion : “D’autres jeunes réalisateurs français auraient peut-être été intimidés par la stature de Bruce Willis, mais moi, ce qui m’impressionne, ce ne sont pas les superstars, mais ceux qui travaillent huit heures au fond de leur mine de charbon.”
Entre succès hollywoodiens et occasions manquées
Cependant, Hollywood ne lui a pas toujours souri. Florent Emilio-Siri révèle une anecdote surprenante : il devait à l’origine réaliser Collateral.
“On ne me proposait que des blockbusters d’action très peu excitants. À l’exception de Collateral, que Michael Mann et Tom Cruise ont décidé de faire ensemble le jour-même de la réunion où on aurait dû me le confier.”
Si le film reste un sommet dans la carrière de Mann et un rôle majeur pour Cruise, l’occasion manquée laisse un goût amer au réalisateur français. Une leçon d’Hollywood : entre talent et opportunités, le chemin est souvent semé d’embûches.
Otage, qui réunit Florent Emilio-Siri et Bruce Willis, est à retrouver en VOD ou bien en DVD et Blu-ray.