Stanley Kubrick était entre autre réputé pour son perfectionnisme absolu. Totalement obsessionnel même. Les anecdotes ne manquent pas sur ces acteurs ou actrices qui ont craqué au bout de dizaines et dizaines de prises.
La malheureuse Shelley Duvall sur Shining, qui a dû refaire une scène pas moins de 127 fois, jusqu'à ce qu'elle craque. Une autre fameuse séquence du film, celle où Dick Hallorann (Scatman Crothers) explique son don de voyance télépathique au jeune Danny Torrance (Danny Lloyd), a nécessité 148 prises. Ryan O'Neal aussi, sur le tournage de Barry Lyndon. Sur ce film d'ailleurs, Kubrick avait fait faire au compositeur Leonard Rosenman pas moins de 105 prises, alors que selon lui, "la seconde était bonne".
"70, 80, 100 prises étaient tout à fait la norme chez Kubrick. C'était à la fois diablement intéressant et exaspérant au possible" lâchait en 2005 le réalisateur Sydney Pollack, qui avait fait l'acteur dans l'ultime film de Kubrick, Eyes Wide Shut.
Plus perfectionniste que Kubrick ? Voici Charles Chaplin !
Pour autant, Kubrick avait sans doute trouvé son maître en la personne de Charles Chaplin, control freak absolu. On dit d'ailleurs régulièrement qu'il fut le premier et le dernier artiste à Hollywood à avoir un contrôle total sur ses films, depuis ses débuts en 1914 jusqu'à la fin de sa carrière.
Il fut tout à la fois propriétaire de studio (Mutual Films puis fondateur de la United Artists), acteur, réalisateur, chef costumier, monteur, compositeur, scénariste...Ce contrôle absolu sur ses oeuvres eut d'ailleurs un impact réel sur la cadence de ses productions, qui prenaient beaucoup de temps. Ainsi, sur les 81 films qu'il a réalisé, 70 sont des courts.
Ce souci de contrôle sur ses films se doublait d'un perfectionnisme absolu. Un bon exemple se trouve dans le tournage d'une scène du film Les lumières de la ville, en 1931, avec la vendeuse de fleurs aveugle.
D.R.
Lors d'une scène, Chaplin entre et sort d'une luxueuse limousine coincée dans les embouteillages, pour échapper à un motard policier. Il se retrouve face à la vendeuse, qui entend la porte du véhicule claquer, et pense qu'il s'agit d'un millionnaire. Elle lui offre une fleur pour sa boutonnière. La première réaction de Charlot, c'est de flirter avec elle, avant de se rendre compte qu'elle est aveugle. Séduit et ému, il lui donne sa dernière pièce. C'est une scène cruciale du film, parce que la vendeuse doit penser avoir à faire à un homme richissime plutôt qu'à un vagabond.
Cette séquence fut inscrite au Guinness Book : Chaplin passa un an à trouver comment la tourner, et fit pas moins de 342 prises pour cette seule scène ! Hallucinant.
Ci-dessous, d'extraordinaires images de tournage de cette fameuse scène, filmées par un ami de Chaplin de passage sur le tournage. Des images rarissimes, donc précieuses. On peut y voir également Toraichi Kono, le secrétaire de Chaplin.
Envie de voir ou revoir ce chef-d'oeuvre absolu ? Il est disponible en VOD, ainsi qu'en DVD / Blu-ray.