Génial en Jim Morrison pour Oliver Stone, formidable chez Michael Mann dans Heat, solide dans le western Tombstone ou le film culte d'héroic fantasy Willow, excellent en flic enquêtant dans une réserve indienne dans Coeur de tonnerre, ou encore dans le thriller poisseux Salton Sea hélas trop méconnu... Val Kilmer a évidemment eu une carrière en dents de scie, entre sommets et films bisseux où il courrait le cacheton.
En avril 2025, il nous a hélas quittés à 65 ans, des suites d'une pneumonie. Il souffrait depuis des années d'un cancer de la gorge, qui l'avait privé de l'usage de sa voix. Et c'est forcément avec le coeur serré que l'on revoit depuis son ultime apparition à l'écran dans Top Gun : Maverick, face à celui qui fut son grand rival de l'époque, Tom Cruise.
"Je pense qu'il manquait aussi pas mal d'assurance"
Tout récemment invité dans le cadre du Mediterrane Film Festival à Malte, le réalisateur Renny Harlin a, au cours d'une master class, évoqué sa collaboration avec l'acteur (via Hollywood Reporter), sur un film sorti en 2004 et complètement oublié d'ailleurs, Profession Profiler, dans lequel l'acteur incarnait un personnage chargé d'entraîner et de sélectionner des recrues du FBI.
"Tout est une question de préparation. La préparation ne coûte rien. [...] "J'ai travaillé avec des acteurs vraiment expérimentés et coriaces. C'est comme ça que j'ai su les convaincre, qu'il s'agisse de Sylvester Stallone, de Bruce Willis, de Samuel Jackson, de Sir Ben Kingsley, etc. Ou encore de Val Kilmer, qui avait la réputation de ne pas être des plus faciles.
j’ai toujours réussi à les convaincre grâce au fait que, lorsque j’arrive sur le tournage, je suis bien préparé et qu’ils peuvent me poser n’importe quelle question sur n’importe quel sujet ; je sais exactement comment ces choses-là se font sur le plan technique et comment elles fonctionnent. Je leur explique précisément de quel matériel ils ont besoin, comment ils doivent s'en servir, et je gagne ainsi leur confiance. Ce n'est pas un secret, mais beaucoup d'acteurs manquent d'assurance parce qu'ils s'exposent au regard des autres".
Intermedia Films
Et de raconter comment il a désamorcé une situation tendue avec Val Kilmer sur le tournage de son film en 2004 :
"Val était connu pour toujours mettre les réalisateurs à l'épreuve, car il était membre de Mensa, un homme extrêmement intelligent et très talentueux" commente Harlin. Pour préciser davantage les propos du réalisateur, Mensa est une organisation internationale dont le seul critère d'admissibilité est d'obtenir des résultats, supérieurs à ceux de 98 % de la population, à des tests d'intelligence. Elle fait donc partie de la catégorie des sociétés à QI élevé.
Il poursuit : "Sa méthode consistait à tester le réalisateur suffisamment tôt [dans le projet] pour voir qui était le plus malin dans la pièce. Je pense qu'il manquait aussi pas mal d'assurance et qu'il estimait que s'il ne se sentait pas capable de respecter le réalisateur, il devait alors prendre les rênes, sinon ça allait être un désastre.
Nous avions déjà tourné une scène pendant une journée et tout s’était bien passé. Puis, c’était le deuxième jour de la même séquence et j’étais prêt à dire “action”. [Val] étudiait le scénario, il portait [une paire de lunettes] et regardait le scénario. Le premier assistant réalisateur a dit : “OK, on est prêts, que tout le monde prenne sa place”.
Val se place sur sa marque et la caméra est prête à tourner. Il range son scénario, mais il a toujours ses lunettes sur le nez. Je lui ai dit : “Hé, Val, enlève tes lunettes. On est prêts à tourner". Il m’a regardé et m’a répondu : "Non". Je lui ai dit : "Comment ça, non ?" Il m’a répondu : "Eh bien, j’ai réfléchi à mon personnage hier soir, et c’est vraiment quelqu’un de très studieux. Je pense que c’était une erreur de ne pas avoir mis mes lunettes hier. Alors j’ai acheté ces lunettes ce matin et je vais les porter à partir de maintenant".
Intermedia Films
“Val, enlève ces putains de lunettes tout de suite !”
Harlin lui précise alors qu'ils avaient déjà tourné la moitié de la scène avec lui sans lunettes et que pour des raisons de continuité, il ne pouvait pas se mettre soudainement à porter des lunettes. Ce à quoi Kilmer a répondu : "Bon, je suppose qu'il va falloir refaire ce qu'on a tourné hier, mais je vais porter des lunettes à partir de maintenant".
Le réalisateur n'était évidemment pas d'accord : "Je me suis tout simplement approché de lui devant tout le monde — les caméras étaient prêtes à tourner et toute l’équipe était là —, je l’ai regardé dans les yeux et je lui ai dit : “Val, enlève ces putains de lunettes tout de suite”.
C’était un test, et il m’a regardé très sérieusement tandis que tout le monde était sur des charbons ardents, se demandant si ça allait dégénérer en bagarre ou ce qui allait se passer. Il a enlevé ses lunettes, a affiché ce sourire d’Iceman de Top Gun, et a dit : “Ça valait le coup d’essayer”.