"Les gens avaient trop peur de le sortir" : depuis le triomphe de ce grand classique américain il y a 36 ans, ce réalisateur français crie au plagiat
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

Film de Noël culte par excellente, Maman, j'ai raté l'avion aurait été inspiré par une oeuvre française tombée dans l'oubli, sorti quelques mois avant le long-métrage avec Macaulay Culkin. Coïncidence ou plagiat ?

En décembre 1990, Maman, j'ai raté l'avion débarque au cinéma et devient instantanément culte ! 36 ans après, le long-métrage avec Macaulay Culkin est toujours cité parmi les meilleurs films de Noël, les spectateurs n'hésitant pas à transmettre la passion aux générations d'après, à raison.

Maman, j'ai raté l'avion
Maman, j'ai raté l'avion
Sortie : 19 décembre 1990 | 1h 43min
De Chris Columbus
Avec Macaulay Culkin, Catherine O'Hara, Joe Pesci
Spectateurs
3,6
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Cependant, derrière le succès du long-métrage de Chris Columbus se cache peut-être une sombre histoire de plagiat. En effet, en janvier 1990, 3615 Code Père Noël sort sur les écrans français, nous contant une histoire ayant de troublantes similitudes avec le classique américain.

Le réalisateur, René Manzor, a eu l'idée de ce thriller iconoclaste en collaborant avec son fils, Alain Musy, sur Le Passage, son premier long-métrage. "Il avait une puissance d’imaginaire et de jeu formidable et c’est ce qui m’a donné envie d'écrire une histoire centrée sur lui. Et comme il commençait à ne plus croire au Père Noël, je me suis dit que je devais faire un film pour gérer ce deuil", a confié le metteur en scène au micro de BFM TV.

Un papa Noël psychopathe

Le récit suit Thomas de Frémont, âgé de 9 ans. Le garçon nourrit une passion dévorante pour les films d’action. Dans la vaste demeure familiale qu'il connaît par cœur, il a imaginé un véritable terrain de jeu fait de passages secrets et de pièges ingénieux.

Resté seul la nuit de Noël en compagnie de son grand-père, il attend avec impatience la venue du Père Noël. Mais lorsque celui-ci surgit par la cheminée, le rêve vire au cauchemar ! Derrière le costume se cache un dangereux déséquilibré, prêt à faire couler le sang. Commence alors pour Thomas une nuit de terreur où l'ingéniosité sera sa seule chance de survie.

3615 Code Père Noël
3615 Code Père Noël
Sortie : 17 janvier 1990 | 1h 27min
De René Manzor
Avec Alain Musy, Louis Ducreux, Patrick Floersheim
Spectateurs
2,8

Ce pitch devrait évidemment vous rappeler celui de Maman, j'ai raté l'avion, sorti donc près d'un an après 3615 Code Père Noël. Il faut avouer que la ressemblance est troublante ! Inspiration, plagiat ou simple coïncidence ? Pour René Manzor, l'une de ces options est une évidence !

L'oeuvre a été écrite en 1987 et tournée en 1988. Il a ensuite bénéficié d’une sortie très limitée en janvier 1990. "On croyait au film. On se disait qu’on allait faire une projection et qu’on pourrait choisir un distributeur. En fait, il ne correspondait pas à ce qu’on attendait d’un film français et les gens avaient trop peur de le sortir. Ce n’était pas un film pour enfants, mais il y avait le Père Noël. Ils ne savaient pas comment le vendre", analyse René Manzor.

Dans ce film, le Père Noël est une ordure Le Chat qui fume
Dans ce film, le Père Noël est une ordure

Plagiat or not plagiat ?

Cependant, avant de connaître une sortie limitée en France, 3615 Code Père Noël est passé par différent festival, dont Avoriaz (ancêtre de Gérardmer). "Dans la salle, il y avait Ray Bradbury, Roman Polanski et Wes Craven. Les trois se sont levés à la fin de la projection et ont lancé un standing ovation. C’était fou de voir que dans mon propre pays, je ne sortais pas mon film, et qu’il y avait trois maîtres du fantastique debout, en train de lancer un standing ovation. C’était la schizophrénie totale", se souvient le cinéaste.

Le long-métrage est ensuite présenté au festival de Cannes 1989. Là, un certain John Hughes, scénariste de Maman, j'ai raté l'avion, aurait été séduit par ce pitch improbable. Ce dernier, en vacances en France à ce moment-là, serait reparti aux USA avec l'idée d'en faire une oeuvre pour enfants, avec un garçon truffant sa maison de pièges pour échapper à des criminels.

"Maman, j’ai raté l’avion est sorti en novembre 1990. Ma carrière aux Etats-Unis a démarré suite à ce plagiat. Les exécutifs des studios ont vu les dates des copyrights et ils ont compris", soutient René Manzor. Ce dernier a en effet travaillé pour Amblin, la société de Steven Spielberg, en tant que script doctor. Il a aussi mis en scène des épisodes de la série Les Aventures du jeune Indiana Jones.

Maman, j’ai raté l’avion est sorti en novembre 1990. Ma carrière aux Etats-Unis a démarré suite à ce plagiat.

"Même à l’étranger, le film était assez connu, parce que c’était le précurseur de Maman, j’ai raté l’avion. Petit à petit, c’est devenu un peu le film invisible que tout le monde voulait voir et revoir", explique Stéphane Bouyer, co-fondateur des éditions vidéo Le Chat qui fume, qui a sorti 3615 Code Père Noël en Blu-ray.

Alors, coïncidence ou plagiat selon vous ? On vous laisse y réfléchir ! Détail cocasse : René Manzor, de son vrai nom René Lalanne, n'est autre que le frère du chanteur Francis Lalanne, également producteur sur 3615 Code Père Noël.

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