C'est l'une des scènes les plus marquantes du film de Xavier Giannoli, Les Rayons et les Ombres. Celle du réquisitoire du procureur interprété par Philippe Torreton qui recentre les spectateurs sur le rôle joué par Jean Luchaire durant l'Occupation. À travers son monologue, l'avocat rappelle la culpabilité et l'aveuglement du journaliste, accusé de collaboration avec le nazisme.
Si le nom du procureur n'est pas cité dans le film, il s'agit de Raymond Lindon, grand magistrat français, avocat au barreau de Paris, qui avait conduit plusieurs procès après la chute du Troisième Reich. C'est lui qui requiert la peine de mort contre Jean Luchaire. Quelques années avant ce procès, en 1942, Raymond Lindon avait été radié du barreau en application du statut des Juifs.
Comme le rappelle l'émission de France Inter, On aura tout vu, Raymond Lindon est le père de Jérôme Lindon, dirigeant des Éditions de minuit dès 1948, et le grand-père de l'acteur Vincent Lindon. Le comédien a déjà mentionné son grand-père à plusieurs reprises dans des interviews. Toujours sur France Inter, il rappelait que Robert Badinter, ministre de la Justice entre 1981 et 1986, avait plaidé pour la première fois devant Raymond Lindon, alors avocat général.
Le texte du réquisitoire est-il authentique ?
Bien que le procureur n'apparaît que dans une scène, cette apparition marque les esprits. Le réalisateur Xavier Giannoli en parle comme de "l'horizon moral du film", comme il l'explique dans une entrevue accordée à Culturopoing. Il précise notamment que "l'écrasante majorité" du réquisitoire est authentique.
"La colère de Jean Luchaire quand on s’en prend à sa fille est totalement historique aussi, ajoute-t-il. Quand il dit, c’est ignoble ce que vous dites, qu’il se défend. C’est effectivement le texte véridique, aménagé pour le cinéma. Vous savez, un réquisitoire comme ça, devait durer trois ou quatre heures."
Les Rayons et les Ombres, actuellement au cinéma