"Même dans la publicité, ils n’ont jamais utilisé le mot zombies !" : ce réalisateur de légende n'a pas du tout aimé World War Z avec Brad Pitt sorti il y a 13 ans
Olivier Pallaruelo
Olivier Pallaruelo
-Journaliste cinéma / Responsable éditorial Jeux vidéo
Biberonné par la VHS et les films de genres, il délaisse volontiers la fiction pour se plonger dans le réel avec les documentaires et les sujets d'actualité. Amoureux transi du support physique, il passe aussi beaucoup de temps devant les jeux vidéo depuis sa plus tendre enfance.

En 2014, le réalisateur George A. Romero avait accordé un long entretien au magazine "Sight & Sound". L'occasion de se montrer très critique sur l'évolution des films de zombies, qu'il a largement initié, et de tacler "World War Z" avec Brad Pitt...

Figure de proue du film de morts-vivants, genre qu’il a créé en 1968 avec le chef-d’œuvre La Nuit des Morts Vivants, George A. Romero a profondément marqué le cinéma d’horreur au fer rouge, en le modernisant et en l’accompagnant à travers la révolution du Nouvel Hollywood.

Avec cette oeuvre séminale, véritable métaphore d'une Amérique en pleine déliquescence et devenue ultra sécuritaire, Romero propulsait le film d'horreur sur un terrain éminemment politique, contestataire. Une veine qu'il continua à creuser avec ses films suivants; symbole aussi d'un désenchantement qui ne cessera d'irriguer sa carrière.

"Je ne délivre pas un message aussi profondément anarchique que John Carpenter par exemple, qui rêve toujours de tout foutre en l'air. Mais je suis plus un témoin qu'un militant ou un activiste" avait commenté le cinéaste, dans un entretien qu'il avait accordé à Jean-Baptiste Thoret en décembre 2001.

"C'était mon petit trésor personnel..."

En 2014, le maître avait accordé un long entretien au magazine Sight & Sound. L'occasion pour lui de balayer évidemment sa carrière, et de s'y montrer aussi peiné par l'évolution d'un genre qu'il avait impulsé des décennies plus tôt. Un genre "devenu bondé" selon ses propres termes. Et d'adresser un tacle au film sorti un peu avant, énième variation du genre et porté par Brad Pitt : World War Z.

"Désormais, on ne peut pas vendre un film de zombies sans promettre de dépenser beaucoup d’argent. Je pense que ça devrait rester à une échelle plus petite, plus intime. Je ne pense certainement pas qu’on ait besoin de World War Z du tout. Je connais Max Brooks, qui a écrit le livre, et il ne l’a pas du tout aimé. Moi non plus, je ne l’ai pas aimé quand je l’ai vu pour la première fois.

Au début, "J’étais simplement le seul dans le coup, et c’était mon petit trésor personnel. Je pouvais sortir les zombies quand je voulais et en faire quelque chose qui avait peut-être quelque chose à dire. Et puis, du jour au lendemain, ça s’est transformé en une créature comme les autres" commente Romero.

Et en gros, c’est devenu un jeu de tir à la première personne… Je pense que la popularité vient des jeux vidéo, pas des films, parce qu’avant Zombieland, il n’y avait pas de film qui avait rapporté plus de 100 millions de dollars. Le remake de Dawn [NDR : fait par Zack Snyder] a fait 75 millions. Hollywood ne va pas s’y intéresser particulièrement à ce niveau-là.

Et puis, tout à coup, je crois que c’est Brad Pitt qui s’est lancé sur Z, et il a en quelque sorte convaincu le studio de dépenser une somme exorbitante – inutilement". Il est vrai que le film de Pitt avait coûté la bagatelle de 190 millions de dollars à l'époque, ce qui correspondrait aujourd'hui à près de 270 millions $ si l'on ajuste à l'inflation.

Bac Films

"Même dans la publicité, ils n’ont jamais utilisé le mot zombies"

Romero poursuit sa charge contre le film de Marc Forster, vidé selon lui de toute substance politique : " je ne vois rien. C’est un film catastrophe. Ils évitaient même soigneusement le mot. Il fallait le déduire de Z. Les gens qui ne connaissaient pas le livre pourraient penser que World War Z signifie la guerre mondiale finale. Ils sont enfin arrivés à la lettre Z ! Même dans la publicité, ils n’ont jamais utilisé le mot zombies ; ils n’ont jamais montré un plan qui ressemblait à des zombies. On dirait des fourmis soldats, vous savez ?"

Dans cette logique, on imagine aisément que Romero n'aurait pas exactement apprécié la toute récente annonce d'une suite à World War Z, dont on parle d'ailleurs depuis des années. Mais le dieu du dollar a encore parlé...

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