Curry Barker a 26 ans. Avec un seul long métrage à son actif, Obsession, il est aujourd’hui l’un des talents les plus prometteurs d'Hollywood. Il faut dire que ce tout premier film n’est pas passé inaperçu. Après sa présentation au TIFF (Festival international du film de Toronto), les critiques n’ont pas tari d’éloges et plusieurs gros studios se sont même battus pour l’acheter. En une soirée, sa carrière était lancée.
À l’origine, il y a une chaîne YouTube : that’s a bad idea. Un moyen pour Curry Barker et son meilleur ami, Cooper Tomlinson - qui joue également dans Obsession -, de laisser parler leur créativité à travers des sketchs horrifiques comiques. Si ce premier long métrage devait initialement être un court, les plans ont changé lorsque Curry Barker a été repéré par un producteur.
Ce premier film, Obsession, n’est pas une comédie romantique, loin de là. Pourtant, il commence comme tel. Bear (Michael Johnston) est éperdument amoureux de Nikki (Inde Navarrette) mais n’ose pas lui dire. Alors qu’il recherche un cadeau pour son crush, il découvre un gadget capable d’exaucer son vœu le plus cher. Bear se lance sans réfléchir : il fait le souhait que Nikki l’aime plus que tout au monde. Le tour de magie fonctionne et sa bien-aimée devient soudainement obsédée par lui… jusqu’à transformer sa vie en cauchemar.
AlloCiné a rencontré le jeune réalisateur pour parler de ce film susceptible de devenir un classique de l’horreur dans les années à venir.
AlloCiné : Vous avez créé une chaîne YouTube humoristique il y a 9 ans. Comment pouvez-vous résumer votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?
Curry Barker, scénariste et réalisateur : J'ai eu énormément de chance. En tout cas, assez de chance pour que des gens reconnaissent mon travail et l'apprécient suffisamment pour le montrer à des professionnels du secteur. Il faut persévérer, encore et encore, jusqu'à ce que quelqu'un finisse par vous dire : "Viens faire un film pour moi". Obsession est mon premier gros film. Sans ça, je ferais encore des films avec des budgets allant jusqu'à 2 000 ou 3 000 dollars.
Des films que vous financiez vous-même ?
Oui, c’était mon argent personnel, celui que j’avais mis de côté. J’avais fait un film qui s’appelait The Chair. C’était un court-métrage. Et puis ce producteur, James Harris, est venu me voir et m'a dit : “J'adorerais faire une version longue de ton film.” J’étais évidemment partant mais je lui ai dit que je travaillais sur une idée qui s’appelait Obsession. Une fois que je lui ai présenté le projet, il m'a dit : “Écris un bon scénario et on verra.” Et je me suis dit : “Il faut absolument que j'écrive un scénario de dingue.”
À mesure que les budgets et les ressources augmentent, et que les terrains de jeu s'étendent, je dois me rappeler ce qui est vraiment important pour moi.
Avoir peu de moyens permet aussi de préserver sa créativité et son authenticité. Comment avez-vous fait pour ne pas vous laisser aller à la facilité ?
Il faut se rappeler constamment ce qui t'a permis d'en arriver là, quelle est ta voix et qui tu es. C'est tellement facile de se laisser happer par le système si on se laisse faire… Mais il faut se souvenir de ce qui te rend unique, de ce qui faisait que tu avais quelque chose de spécial. Il faut s'y accrocher précieusement. À mesure que les budgets et les ressources augmentent, et que les terrains de jeu s'étendent, je dois me rappeler ce qui est vraiment important pour moi. C'est un vrai défi, et j'y pense beaucoup.
Continuer de travailler avec votre meilleur ami Cooper Tomlinson permet aussi de ne pas perdre la tête ?
Je travaille avec Cooper parce qu'il est extrêmement talentueux et qu'il apporte quelque chose au projet. Mais en même temps, c'est évidemment très agréable d'avoir cette figure rassurante, qui peut vous rappeler pourquoi vous êtes là et ce que vous faites. La présence de Cooper me donne aussi l'impression de refaire ce qu’on faisait à l'époque, en un peu plus grand.
Le personnage principal du film est très complexe. Il est le héros de cette histoire mais son comportement pose de nombreuses questions morales.
Certains de mes films préférés, ou du moins ceux vers lesquels je me tourne naturellement, n'ont généralement pas de personnages parfaits. Et je trouve que l'histoire est bien plus intéressante quand les personnages sont moralement ambigus et que c'est au public de décider s'il va les apprécier ou non.
Quand on fait un film, on veut que l'histoire soit universelle, que tout le monde puisse s'identifier à ce sentiment d'avoir le béguin pour une fille ou un garçon, de ne pas ressentir les mêmes sentiments et de souhaiter désespérément qu'ils soient réciproques.
Ce film s'adresse un peu aux spectateurs pour leur demander : “Que feriez-vous dans cette situation ? Si vous aviez l'opportunité d'obtenir ce que vous voulez sans le mériter…” C'est un film qui parle de l'amour, qui se mérite. Et les limites que l’on doit se fixer… ou pas.
Le Pacte
Le film est très violent. Avez-vous subi des pressions pour réduire cette violence à l’écran ?
J'ai subi un peu de pression au début de l'écriture du film pour couper certaines choses, mais pas celles auxquelles je m’attendais. Donc il y avait de la pression, mais honnêtement, je pense que je m’en suis tiré à bon compte sur ce projet, parce que le studio était très peu impliqué. J'étais juste un gamin qui faisait son film et qui attendait que les adultes se pointent, mais ils ne sont jamais venus (rires). Et je me disait : “Je n'arrive pas à croire que je m'en sorte comme ça !”
Franchement, chaque jour j'attendais que quelqu'un me dise de couper quelque chose. Mais personne n'est jamais venu. Alors j'ai continué à faire le film que je voulais, en espérant et en priant que personne ne m'arrête.
Vous réfléchissez beaucoup à la violence lorsque vous écrivez ?
Oui, je réfléchis jusqu'où je veux aller avec le film. Il aurait facilement pu y avoir une autre version mais je voulais faire de l’horreur et pour que le film devienne horrifique, il faut de la violence. Il faut qu'elle représente une menace pour un personnage. Sinon, il n'y a pas de danger. Et s'il n'y a pas de danger, il n'y a pas de peur. Et donc le public n'aura pas peur.
Il y a également un travail très important sur le son, qui est tout aussi terrifiant que les images. Les spectateurs comprendront pourquoi.
Nous y avons consacré énormément de travail et d'efforts. Je fais du montage depuis l'âge de 10 ans environ, donc c’est une compétence que j'ai vraiment développée au fil des années. Je suis devenu obsédé par la conception sonore très tôt. Je faisais des petits combats chorégraphiés avec mon frère dehors et on les enregistrait par exemple. Ce film d'horreur m'offre l'occasion idéale d'explorer le son en profondeur.
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Suite au succès critique d’Obsession, vous avez été choisi pour réaliser le nouveau Massacre à la tronçonneuse.
J'ai actuellement une tonne de notes sur mon téléphone avec toutes mes idées et tous ces trucs géniaux que je veux faire. Ce Massacre à la tronçonneuse, c'est une opportunité à ne pas manquer, et surtout, il sera très différent d'Obsession, dans le bon sens du terme. Je n'ai pas encore commencé à écrire le scénario, mais j'ai déjà une vision très claire de la direction que je veux lui donner."
J'adore le premier Massacre à la tronçonneuse, son côté brut et tout ce sentiment de malaise autour de la famille, la banalité avec laquelle ils tuent… C'est un peu mon truc, quoi. J'ai vraiment envie d'explorer cette nonchalance avec laquelle la famille prend plaisir à tuer. Leatherface va jouer un rôle important évidemment, mais j'ai aussi envie de me concentrer sur cet aspect.
Propos recueillis par Thomas Desroches, à Paris, le 13 avril 2026
Obsession, actuellement au cinéma