De quoi ça parle ?
Influenceur beauté fauché, Gabriel Rose rêve de devenir comédien. Mais il n’a ni le talent ni les contacts. Après un énième casting raté, il rencontre Stanislas, un fils à papa de la jeunesse dorée, qui lui propose de lancer une marque de bijoux. Gabriel y voit l’opportunité d’accéder au gotha parisien, où tout semble facile, en apparence… En parallèle, il se lie avec Pauline, une jeune chercheuse en écologie politique. Tiraillé entre deux mondes, Gabriel cherche sa place entre image et réalité, désir d’ascension, et besoin d’amour.
Abraham Wapler, l'une des révélations de La Venue de l'avenir de Cédric Klapisch, sorti l'année dernière, est la tête d'affiche cette semaine de Microstar avec Raïka Hazanavicius et Félix Lefebvre. Ce premier long métrage, écrit et réalisé par un jeune metteur en scène, Léopold Kraus.
Un film frais et moderne, dans la lignée d'un long métrage comme L'amour c'est surcoté. Tous deux ont en commun un propos assez cash et direct sur la jeunesse.
A l'occasion de la sortie de ce film, nous avons pris le temps d'un long entretien avec Abraham Wapler. L'occasion de parler de cette actualité, mais aussi de revenir sur son parcours, sa génération d'acteurs, les talents qui le font rêver et évoquer son passage dans la série Andor ! Rencontre à Paris, au jardin des Tuileries. On vous emmène !
Moonlight Films Distribution
Allociné : Pour présenter Microstar, à ceux qui ne l'ont pas encore vu, quelles influences pourrais tu citer ?
Abraham Wapler : Avec le réalisateur Léopold Kraus, nous partageons un amour inconditionnel pour les grandes comédies américaines : les films de Judd Apatow, les comédies avec Jonah Hill ou Seth Rogen... Nous avons été bercés par ça depuis notre enfance. J'espère donc qu'on retrouve dans notre film ce style de comédie audacieuse et haute en couleur.
Souvent, quand on présente le film, on insiste sur son côté potache. Pourtant, en le visionnant, on est toujours rattrapé par la profondeur du propos. C’est une comédie dramatique, une comédie romantique... il y a un peu de tout. C'est un film qui fait autant rire que pleurer.
Ça parle aussi des galères...
Complètement. Ça parle d'une jeunesse qui se cherche. Comme tout le monde entre 10 et 30 ans, en fait ! Dans le film, Gabriel, Stanislas et Pauline se cherchent, même si Pauline paraît beaucoup plus ancrée dans le réel. C'est vraiment un film pour la jeunesse. Qui sait, Léopold Kraus est peut-être le prochain Klapisch, et Microstar son Auberge Espagnole !
"Léopold Kraus est peut-être le prochain Klapisch, et Microstar son Auberge Espagnole !"
Après, des comédies françaises comme Five nous ont aussi beaucoup nourris. Des acteurs comme François Civil ou Pierre Niney nous ont inspirés par leur humour. Je pense qu’on y retrouve cette même légèreté, ce sens du collectif. Il y a aussi du Manu Payet, du Radiostars... D'ailleurs, à chaque fois que je pense à Microstar, j'ai envie de dire Radio Stars !
De Radiostars (le premier film avec Abraham Wapler) à Microstar, la boucle est bouclée !
De Radiostars à Microstar, c'est parfait ! Ce sera le titre de mon livre. (Rires)
Est-ce que cela change quelque chose de tourner avec une équipe aussi jeune, du réalisateur aux comédiens ?
Ça change tout, à commencer par le rapport au travail. On partage les mêmes références avec toute l'équipe créative, on aborde les sujets de la même manière. Nos points de vue sont similaires, ce qui permet d'en discuter avec une franchise totale.
Si demain je tournais avec Scorsese, j'aurais un peu plus de mal à l'appeler à 21h30 pour lui dire : « Au fait Martin, ça va ? Je te dérange ? Pour ce rôle, ce serait une bonne idée qu'il prenne la voiture à ce moment-là, non ? ». Alors qu'avec Léopold, on s'appelle constamment, on construit le personnage ensemble. Ça me permettait de lui proposer tout ce qui me passait par la tête.
Beaucoup d'idées sont nées de cette émulation mutuelle. C’était une relation de travail hyper saine et super créative. Même l'équipe technique entrait dans la danse : après une scène, certains nous disaient : « c'est super marrant, j'ai vécu exactement la même chose ! ». On s'en inspirait directement pour injecter de la vérité dans le film.
Pour ce film, tu as tourné avec Raïka Hazanavicius et Félix Lefebvre. Est-ce que tu as l'impression qu'il y a une sorte de nouvelle « bande » ?
Oui, il y a clairement une relève du cinéma qui s'installe, tant chez les acteurs que chez les réalisateurs, comme Léopold Kraus. C’est en travaillant qu’on crée ce groupe. Félix Lefebvre et Raïka Hazanavicius en font partie aujourd'hui, mais j'ai des amis un peu partout, comme Vassili Schneider, Michael Zindel, Anja Verderosa, Ella Pellegrini, Théo Costa-Marini.
C’est une vraie famille de cinéma qui se dessine, des gens avec qui je rêve de tourner parce qu'on se comprend. Après, je rêve aussi de tourner avec des personnes plus mûres, qui ont d'autres histoires à raconter. Mais dans Microstar, l'intérêt est de montrer une jeunesse d'aujourd'hui, racontée et vue par des jeunes.
"C’est un film générationnel, ancré dans l'époque."
Tous les spectateurs nous le disent : ils se reconnaissent. On parle de sexualité, de galères du quotidien, d'histoires qui ressemblent vraiment à nos vies. C’est un film générationnel, ancré dans l'époque.
Pour en revenir à Paris, nous sommes aujourd'hui dans le cadre emblématique des Tuileries, où tu aimais venir quand tu étais gamin. C’est justement un film mettant cette ville en lumière qui t'a révélé au grand public...
Oui, bien sûr, le film de Cédric Klapisch, La Venue de l'avenir. On peut dire que Cédric m’a un peu placé sur la carte. Il a ouvert Google Maps et il a mis un repère sur mon nom ! (Rires) Ça m’a ouvert énormément de portes. Pouvoir défendre un rôle à si grande échelle, pour un tel réalisateur... Je ne le remercierai jamais assez de m'avoir donné cette chance. En plus, j'adore le film.
C’est une immense satisfaction de travailler sur un projet et de tomber amoureux du résultat final. Toute l'équipe de la "famille Klapisch" est extraordinaire, parce que Cédric est un homme d’une intelligence rare et d’une bonté à toute épreuve.
Comment es-tu arrivé sur ce projet ? On a l'impression que ce film a été un coup de projecteur soudain, mais tu avais déjà un joli parcours avant...
Oh oui ! J’avais fait pas mal de choses avant. C’est marrant, parce que les gens disent souvent « révélé par Cédric Klapisch », mais je pense que les réalisateurs et réalisatrices qui m'ont fait confiance sur des courts-métrages ou des séries avant lui doivent se dire : « Bah non, nous on l'avait vu avant ! ».
STUDIOCANAL - COLOURS OF TIME - CE QUI ME MEUT - Emmanuelle Jacobson Roques
Ton tout premier rôle, c'est quoi ?
J’avais 13 ans, j'ai joué une scène dans Radiostars. Je faisais un gamin qui rêvait d'être animateur radio et qui allait voir le personnage de Clovis Cornillac. C'était un ami de mes parents qui réalisait, et il savait que je savais imiter une voix de canard. Dans le générique, il y a carrément écrit : « Enfant voix canard ». (Rires)
"C’est précisément à ce moment-là que je me suis dit : « C'est ce métier que je veux faire. »"
Mais mon premier vrai job, c'est Interrail à 18 ans, un film de Carmen Alessandrin. Une expérience incroyable : on a fait le tour de l’Europe en train avec une bande de jeunes. On tournait vraiment dans les trains-couchettes, en mode galère. L'équipe nous réveillait à 5 heures du matin en disant : « Vite, mets-toi à la fenêtre ! » pour capter la lumière. En termes d'horaires de travail, ce n'était peut-être pas hyper réglementaire, mais on était tellement heureux. C’est précisément à ce moment-là que je me suis dit : « C'est ce métier que je veux faire. »
Apollo Films
Après Interrail, j'ai enchaîné avec un épisode de série sur France 2, puis des rôles plus importants, des projets pour les plateformes, de la pub... Petit à petit, j'ai grimpé les échelons. Le vrai luxe dans ce métier, c’est de pouvoir travailler, car c'est sur le terrain qu'on apprend le mieux. Je crois que c'est Marlène Jobert qui disait que la chance, c’est de rencontrer des metteurs en scène qui t'élèvent et t'emmènent plus loin.
C'est pour ça qu'il faut aussi créer ses propres projets, écrire, faire ses vidéos... Les meilleurs rôles sont souvent ceux qu'on s'offre soi-même. Sauf si Denis Villeneuve m'appelle, bien sûr ! (Rires)
A l'international, tu as justement eu l'opportunité de jouer dans la série Andor dérivée de Star Wars ! Comment ça s'est passé ?
C’est une chance immense, qui a commencé par un casting classique. Un jour, je reçois un mail qui me dit : « Envoyez une démo pour une série anglophone. On ne peut pas vous dire ce que c'est (entre parenthèses : Star Wars) ». Évidemment, sur le coup, tu te dis que c'est impossible. J'étais en tournage au Maroc pour une série TF1, j'ai enregistré ma vidéo un peu à l'arrache dans un couloir d'hôtel.
Contre toute attente, je passe le premier tour, puis quatre ou cinq autres. Pour l'audition finale, on m'a simplement demandé de venir et de pleurer. Ils m'ont dit : « Tu n'es même pas obligé de jouer la scène, on veut juste te voir pleurer ». Tu t'exécutes, tu pleures, ils te disent merci... Et quand l'agent t'appelle pour te dire que tu as le rôle...
...Tu pleures !
Là, tu pleures pour de vrai ! (Rires) Tu n'en reviens pas. J'étais sur le tournage de la saison 2 de Jeune et Golri, d'Agnès Hurstel, quand je l'ai appris. C’était un sentiment très étrange, car le tournage n'avait lieu que des mois plus tard. On a du mal à y croire tant que l'on n'y est pas.
Ça donne envie de poursuivre à l'international ?
Ah oui, bien sûr ! Ça donne envie de travailler en anglais, et pas seulement avec les Américains. J'aimerais tourner avec les Britanniques, les Scandinaves – qui font un cinéma magnifique –, ou les Québécois. J'ai envie d'élargir mon horizon et de ne pas me limiter à la France.
"Alain Chabat. Il a bercé mon enfance, c'est un génie de la comédie et de l'écriture."
Est-ce que tu t'autorises à contacter les gens qui te font rêver ? Par exemple en envoyant des messages sur Instagram ?
C'est un métier de relations, le contact humain est primordial. En revanche, je n'envoie pas de DM sur Instagram, je trouve que ça fait un peu "drague étrange". Par contre, quand je croise quelqu'un que j'admire, je lui dis de vive voix.
C’est arrivé avec Alain Chabat. Il a bercé mon enfance, c'est un génie de la comédie et de l'écriture. Un jour, nous étions à la même soirée. Je me suis dit qu'il fallait absolument que je lui partage mon admiration. Je suis allé le voir, je lui ai simplement dit que je l'aimais à la folie, que j'adorais son travail, et je suis reparti. C'est un peu comme donner son numéro sans attendre celui de l'autre en retour, c'est beaucoup plus sain. Les Nuls, Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre... ce sont des œuvres d'une intelligence rare qui survivront au temps.
Avec quels autres cinéastes ou acteurs rêves-tu de travailler ?
La liste est longue. Sean Baker, Frances McDormand, Meryl Streep... Mais pour être honnête, quand je vois jouer Félix Lefebvre et Raïka Hazanavicius dans Microstar, je me dis qu'il n'y a pas de meilleurs partenaires de jeu. Je souhaite à n'importe quel acteur d'avoir des complices comme eux !
Sinon, j'adorerais tourner pour les frères Coen, avec Vicky Krieps, Florence Pugh, ou encore l'actrice norvégienne Renate Reinsve, qui est pour moi l'une des meilleures actrices du monde en ce moment. Et pour clore la liste : Denis Villeneuve. Pas seulement pour Dune, mais pour toute sa filmographie !
"J'en suis à un stade où je commence enfin à me dire qu'il faut que je me lance dans l'écriture"
Est-ce que toutes ces expériences te donnent envie un jour de passer à l'écriture ou à la réalisation ?
Oui. J'en suis à un stade où je commence enfin à me dire qu'il faut que je me lance. Je note plein d'idées dans mon téléphone, ça se précise. J'aimerais réaliser parce que j'ai souvent une idée très précise de la mise en scène. Ce qui n'est pas forcément une bonne chose quand on est uniquement comédien sur un plateau !
Au début, j'avais tendance à vouloir suggérer des placements de caméra, mais aujourd'hui je me l'interdis pour respecter la vision du réalisateur. Un jour, j'aurai besoin d'imposer ma propre vision, et ça viendra. Mais c'est déjà tellement difficile d'être un bon comédien que je préfère consolider mes bases avant de m'éparpiller.
Ton actualité est très riche, tu es d'ailleurs à l'affiche de deux films simultanément.
Oui, j'ai deux films qui sortent le même jour, le 8 juillet : Microstar et L'Écologie des sentiments. Ce sont deux projets radicalement différents. En plus, le 8 juillet, c'est l'anniversaire de ma mère, donc c'est un très beau cadeau. C'est une chance immense de pouvoir montrer des palettes de jeu aussi variées au même moment.
Et il y a aussi des séries à venir...
Absolument, Paul, une série avec Paul Mirabel qui devrait sortir l'hiver prochain. C'est un projet super drôle sur sa vie et ses galères d'humoriste. J'ai vraiment hâte. En parallèle, je prépare d'autres tournages. Certains films attendent encore de boucler leurs financements. C'est le lot de ce métier : même quand on est pris sur un projet, rien n'est jamais gagné d'avance. C'est une bataille de chaque instant pour voir un film aboutir, mais cela en vaut la peine.
On passe près d'une attraction à sensation à la Fête des Tuileries, là... Est-ce que tu faisais ce genre d'attractions à sensations quand tu étais ado ?
Pas du tout ! (Rires) Je n'étais pas très courageux, mais aujourd'hui, j'essaie justement d'oser. Le métier d'acteur m'aide beaucoup pour ça.
Alors, est-ce qu'on a le temps d'y aller ? J'ai envie et pas envie à la fois... C'est un cauchemar ce truc ! On fait un pari ? Si le film atteint les 100 000 entrées, je fais un saut en parachute. Allez, soyons fous : si on fait 200 000 entrées pour Microstar, je fais un saut en parachute et je mange une glace à l'italienne pendant la chute ! C'est promis, on le fait ensemble, OK ? (Rires) Allez-y, remplissez les salles le 8 juillet !
Propos recueillis par Brigitte Baronnet, à Paris, le 2 juillet 2026.
Une version vidéo de cette interview sera disponible très prochainement.