Au cours de sa longue carrière, Fernandel a prêté ses traits à une multitude de personnages devenus célèbres. D’Ignace à Barnabé, en passant par M. Boniface ou encore les héros des adaptations de Marcel Pagnol, l’acteur marseillais a marqué plusieurs générations. Pourtant, un rôle occupait une place toute particulière dans son cœur : celui de Don Camillo.
Une intuition immédiate à la lecture du scénario
Au milieu des années 1950, Fernandel découvre le projet du Petit monde de Don Camillo, adaptation des récits de Giovannino Guareschi. À l’époque, il ne se doute pas encore que ce personnage de prêtre italien va devenir l’un des plus emblématiques de sa filmographie.
Dans un entretien de 1965 disponible sur le site de l’INA, ayant eu lieu alors qu’il tourne Don Camillo en Russie, l’acteur est revenu sur sa première rencontre avec le scénario. Un souvenir resté intact dans sa mémoire :
“La première fois que Duvivier [Julien Duvivier, le réalisateur et co-scénariste du film, NDLR] m’a envoyé le sujet, j’étais à Carry-le-Rouet, près de Marseille, en vacances. Je tournais La Table-aux-crevés [d’Henri Verneuil] et le soir [j’allais] à Carry-le-Rouet (...). Et ce jour-là je me rappelle, avant le dîner (...), j’ai commencé à feuilleter le scénario, et j’ai vu la première scène où Don Camillo parlait à Jésus et j’ai dit à ma femme : ‘Si vraiment, le sujet que je suis en train de lire continue comme il a commencé, je crois que je tiens le rôle de ma vie. C’était exact, et je l’ai fini dans la nuit.”
Convaincu dès les premières pages, Fernandel ne tarde pas à donner sa réponse aux producteurs.
“Le lendemain je télégraphiais à Duvivier et à [Robert] Chabert [le producteur français du film] ‘D’accord’ et j’ai reculé un film pour faire Don Camillo d’abord.”
Un succès qui dépasse toutes les attentes
Le pari s’avère rapidement gagnant. Sorti en 1952, Le Petit monde de Don Camillo rencontre un triomphe exceptionnel. L’histoire met en scène les affrontements, mais aussi les rapprochements inattendus, entre un curé de village italien et un maire communiste.
Le film attire près de 12,8 millions de spectateurs dans les salles françaises et connaît également une belle carrière à l’étranger. Face à cet engouement, une suite est produite sans attendre. Le Retour de Don Camillo, sorti l’année suivante, confirme l’immense popularité de la franchise avec plus de 7 millions d’entrées en France.
Au total, Fernandel interprétera le célèbre ecclésiastique dans cinq longs-métrages tournés entre 1952 et 1965.
Francinex
Un personnage dans lequel il se reconnaissait profondément
Si Don Camillo a tant marqué l’acteur, c’est aussi parce qu’il voyait dans ce personnage bien plus qu’un simple rôle de composition. Sa personnalité, son tempérament et sa manière de s’exprimer lui rappelaient ses propres racines.
Fernandel expliquait : “J’ai trouvé dans le rôle du personnage de Don Camillo quelque chose d’humain, de vrai, de sincère et qui s’adaptait à ma personnalité, car si j’avais dû jouer un curé conventionnel (...), je n’aurais pas accepté le rôle. J’ai accepté parce que c’était un rôle extraordinaire, qui venait en son temps, et que Duvivier avait traité de manière extraordinaire, où c’était pour moi. (...) Il a tellement réussi les scènes avec Jésus que nous sommes arrivés à faire croire au public que je parlais vraiment au Seigneur.”
Ces célèbres dialogues avec Jésus, dont la voix fut successivement assurée par Jean Debucourt, Renzo Ricci puis Jean Topart, sont d’ailleurs devenus l’une des signatures de la saga.
“Don Camillo, c’est Fernandel dans la vie”
Pour l’acteur, le lien entre lui et son personnage allait encore plus loin. Derrière la soutane du prêtre italien, il retrouvait une part de lui-même, de son accent et de son tempérament méridional.
Comme il le résumait avec humour : “Et j’ai retrouvé dans ce personnage un peu de ma nature méridionale, de mon Marseille natal, car après tout Don Camillo, c’est Fernandel dans la vie, avec sa faconde, la soutane en plus.”
Une déclaration qui explique sans doute pourquoi, parmi tous les rôles de sa carrière, Don Camillo est resté celui qu’il considérait comme le plus important.
La saga Don Camillo est aujourd’hui à retrouver en VOD. Certains films sont également disponibles sur la plateforme Molotov TV.
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